ICTÈRE ET PNEUMONIE
Cependant, d'autres fois c'est par un frisson que la phlegmasie s'annonce, cl la réaction semble celle delà fièvre inflammatoire, pu bien encore, c'est celle de la fièvre bilieuse. Mais ce qui domine de beaucoup, c'est la fièvre adynamique.
Le pouls est peu fréquent, il bat une centaine de fois à la minute ; il est dicrote, dépressible, malgré sa force apparente qu'il doit souvent à l'atbérome des parois.
La température est ordinairement moins élevée que clans la pneumonie franche ; elle reste plus souvent aux alentours de 39 degrés que de 40 degrés, et peut même s'abaisser aux approches de la mort, comme nous l'avons vu chez deux de nos malades.
L'ensemble extérieur est habituellement celui de la stupeur, de l'adynamie ou de l'ataxie, le malade est couché sur le dos, inerte ; de sorte que n'étaient son âge, ses joues plaquées de rouge, d'un côté surtout, une légère dyspnée, on le croirait atteint de fièvre typhoïde. Ce qui vient encore à l'appui de cette première supposition, nosologiquement inexacte, c'est l'état de la langue, qui est aride, sèche, rapidement croûteuse; mais, cliniquement, c'est bien là ou la fièvre putride, ou la fièvre adynamique des anciens, plus une pneumonie.
La diarrhée est fréquente, nous l'avons vu chez nos malades ; et l'ictère est loin d'être rare. L'ictère ! ce n'est assurément pas là un phénomène de voisinage, vous l'avouerez ; attendu que s'il est un lobe pulmonaire qui soit éloigné de la face convexe du foie, c'est à coup sûr celui du sommet, surtout du sommet gauche.
Eh, tenez! puisque je parle d'ictère et de pneumonie, discutons un peu une burlesque théorie mécanicienne de l'ictère dans la pneumonie. Oh, mon Dieu! la chose est bien simple! L'hépatisation a momentanément supprimé la perméabilité d'une portion de poumon ; le champ de la circulation de l'artère pulmonaire est rétréci d'autant; il s'ensuit un obstacle à la déplétion du ventricule droit; les veines caves ne peuvent en conséquence se vider facilement dans ce ventricule encombré ; le sang veineux reflue ou stagne dans les réseaux veineux sushépatiques ; le foie s'hypérémie enfin, et la jaunisse en est le résultat définitif!
. Si cette théorie était aussi vraie qu'elle est fausse, l'ictère serait nécessairement proportionnel à l'étendue de la surface pulmonaire envahie Or, c'est précisément dans la pneumonie du sommet que la lésion pulmonaire est géométriquement le moins considérable. D'ailleurs, l'ictère serait surtout observé lorsque tout un lobe est intéressé, ou que la pneumonie est double , ce qui n'est pas.
Il y a plus; on observerait l'ictère en dehors de la pneumonie, alors que le champ de l'hématose est considérablement amoindri, et quelle que soit la cause physique qui l'a rétréci ; car si l'ictère est d'origine mécanique. Fi gent producteur est indifférent : il doit suffire qu'il y ait obstacle à la circulation de l'artère pulmonaire. Eh bien, il est une affection qui, brusquement, complètement, supprime tout un poumon : je veux parler d'un vaste épanchement pleurétique. A fortiori, la suppression est-elle plus redoutable, et la diminution du champ de l'hématose plus grande encore, au cas d'épanchement double. Or, vit-on jamais l'ictère en pareil cas?
Mais, d'ailleurs, ce n'est pas là l'ictère de l'obstacle à la circulation de la bile, l'ictère intense de l'hypérémie hépatique : c'est un ictère peu foncé, une teinte jaune seulement de la peau; c'est l'ictère de l'état bilieux. Ne voir là que la jaunisse, c'est prendre la partie pour le tout ; elle n'est qu'un élément de la fièvre bilieuse ou, si vous aimez mieux, de l'état bilieux, du mauvais état de l'appareil digestif, dont l'enduit jaune, épais, de la langue, l'anorexie absolue, les nausées, les vomituritions, les vomissements bilieux même sont des éléments bien autrement importants et significatifs. 11 ne s'agit donc pas là d'une pneumonie avec ictère, mais d'une pneumonie avec état bilieux très prononcé, ce qui est loin d'être la même chose.
La doctrine que je développe nous permet de comprendre ces épidémies de pneumonie avec jaunisse ou, bien mieux, de pneumonie bilieuse, qu'il est parfois donné d'observer et qui s'expliquent alors par une constitution médicale saisonnière, mais sont absolument incompréhensibles avec cette théorie de fontaimer
que je combats.
Ce qui est plus grave encore que les troubles digestifs, ce sonl