‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 255 sur 287 · EXPRESSION DE TOUS LES ÉTATS MAUVAIS · texte numérisé non relu

EXPRESSION DE TOUS LES ÉTATS MAUVAIS

j'entends les bons auteurs — que la pneumonie était l'apanage de la vieillesse et des états sénilcs de l'organisme ; que c'était pour ces raisons qu'elle était accompagnée de phénomènes périlleux, dont elle n'était que l'occasion; et voici que cette pneumonie du sommet est également assez fréquente au jeune âge. Qui dit cela? l'observation la plus consciencieuse. Mais de qui le dit-elle? de la population de l'hôpital des Enfants malades. Sur ■1(3 cas de pneumonie observés à cet hôpital par M. Damaschino, 12 fois la lésion siégeait au sommet. Cependant MM. Rilliet et Barthez ont rencontré la pneumonie lobaire plus souvent à la base qu'au sommet chez les enfants. Dans une thèse qui s'inspire desleçons de M. H. Roger, le docteur Gorez rapproche la pneumonie de l'enfant de celle de l'alcoolique et du vieillard, et fait ressortir « la facilité avec laquelle il a vu la maladie survenir sans autre cause appréciable que l'état de faiblesse ; comme cela se voit du reste chez les individus débilités (1). »

11 n'y a donc ici nulle contradiction avec ce que je vous ai dit : la pneumonie du sommet n'est pas la pneumonie de la vieillesse, mais de tous les états mauvais de l'organisme, à tous les âges de la vie : au dernier âge de préférence, parce que l'organisme est usé; au premier âge, lorsque l'organisme est débilité, chez les enfants des pauvres et dans la population de l'hôpital des Enfants (2) ; à l'âge moyen, lorsque l'organisme est altéré par les diathèses, les excès ou les passions; dans tous cas cas, en effet, il y a faiblesse naturelle ou acquise, ou encore mauvaise hygiène. Seulement, chez les enfants, la pneumonie du sommet guérit le plus souvent malgré sa gravité; car la jeunesse est faite pour vivre, tandis que la vieillesse est faite pour mourir.

Si redoutable que soit réellement l'état de l'organisme générateur de la pneumonie du sommet, le malade peut encore en guérir; mais c'est œuvre de labeur et d'expérience : il n'y a pas ici de formule inflexible, c'est affaire d'indication.

(1) A. Gorez, Quelques particularilds delà pneumonie chez les enfants, Utèse (le Paris, 1873.

(2) C'est pour les mêmes raisons que nous avons vu la pleurésie puru- [ènte beaucoup plus fréquente à cet. lidpîtat. — Voir, plus haut, les Pleurdtloues p. 677. '

Tous nos pneumoniques du sommet ne sont pas morts, el voici deux cas entre autres où le traitement n'a peut-être pas été indifférent à la cure.

Le 31 janvier entrait au n° 2 de la salle Sainte-Agathe une pauvre femme de cinquante-trois ans, qui en paraissait bien soixante-cinq : elle était maigre, pâle, chétive, et vivait dans le plus grand dénûment, étant littéralement sans le sou. La prostration des forces était absolue : la malade, couchée sur le dos, n'en bougeait pas; sa face était altérée et d'aspect typhoïde; la joue droite était un peu plus rouge que la gauche ; les lèvres étaient sèches ; la langue très saburrale et tremblotante. Elle toussait et avait rejeté clans la nuit deux ou trois crachats visqueux de couleur jus de pruneau. Elle était oppressée, et se plaignait d'un point de côté à droite.

La maladie avait débuté une huitaine de jours auparavant d'une façon brusque, par des frissons suivis de vomissement. La cause en aurait été un refroidissement.

Les signes physiques étaient les suivants : au sommet droit, matité dans les fosses sus et sous-épineuse avec son skodique en avant; à ce niveau, souille intense sans crépitation, et bronchophonie. A la base, du même côté, matité absolue de trois travers de doigt de hauteur.

Il n'était donc pas douteux qu'il n'y eût une pneumonie du sommet droit à la période d'hépatisation, et qu'il n'y eût en même temps un peu de pleurésie. Quant à l'hépatisation, était-elle grise ou allait-elle le devenir? les crachats jus de pruneau et l'état général faisaient craindre au moins cette dernière éventualité.

En effet, indépendamment des signes extérieurs de l'état typhoïde il y avait une diarrhée abondante avec ballonnement du ventre et gargouillement généralisé. La langue n'était pas seulement très sale, elle était, je le répète à dessein, tremblotante comme dans la dothiénentérie ou les états typhoïdes. Enfin U y avait une anorexie absolue et de fréquentes nausées. Le pouls, à 1 12-120, était dicrote ; la température s élevait à

?9°,2 dans l'aisselle.

La tâche thérapeutique était ici des plus complexes et des plus malaisées : il y avait à soutenir, puis à relever cel organisme- qui

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