‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 257 sur 287 · TRENTE-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-DEUXIÈME LEÇON

Saignée et pneumonie. — Vanité des raisonnements théoriques contre l'utilité de la saignée. — Diminution immédiate de la douleur, de la dyspnée et de la température. — La pneumonie et les pneumoniques. — Pneumonie rhumatismale.

Messieurs,

Vous avez été témoins, hier matin, d'un fait presque monstrueux; vous avez vu saigner un malade dans un service de médecine! C'est que, « par un juste retour des choses d'ici-has » à Paris, cette ville où, il y a un demi-siècle, on versait le sang humain avec une si prodigue complaisance, à Paris la saignée est devenue chose à peu près inconnue. Pourquoi de telles exagérations en sens différent? et les vues théoriques qui motivent l'abstention actuelle sont-elles fondées? C'est ce que nous examinerons tout à l'heure, mais, avant d'aborder le point de doctrine, voyons le fait qui le soulève.

Avant-hier est entré, au n° 19 de la salle Saint-Paul, un jeune homme de dix-neuf ans, garçon de salle, pâle, lymphatique et qui, le soir même de son entrée, parut assez peu malade au chef de clinique. Le lendemain matin, les choses étaient bien changées; le malade était très pâle, mais de la pâleur asphyxique ; ses lèvres violacées ressortaicnt en vigueur sur le fond livide de son visage et le jeu de ses narines indiquait assez, la dyspnée qui

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le suffoquait; en ell'el, il respirait soixante-huit fois par minute. D'ailleurs le pouls battait de 128 à 132 fois dans le môme tem]j>.

Il y avait aussi disproportion évidente entre les mouvements respiratoires et les contractions cardiaques; puisque le rapport entre ceux-là et celles-ci était presque de l à 2 au lieu d'être de 1 à 4, comme il est ordinaire. Le malade, couché sur le côté gauche, était plongé dans une somnolence de mauvais augure, dont nos questions le tiraient à grand'peine. La dyspnée était dune excessive et le péril imminent.

D'un autre côté, on constatait l'existence d'un œdème pâle et non douloureux des malléoles et des paupières de l'œil gauche, surtout de la paupière supérieure. Le malade était-il albuminurique ?

Se trouvait-on, par hasard en présence d'une anasarque scarlatineuse, anasarque consécutive à une de ces scarlatines que laissent méconnues le peu d'intensité des symptômes et l'absence de rougeur à la peau? Mais le malade aurait eu, au moins antérieurement, du mal de gorge et actuellement sa langue aurait présenté cet aspect lisse qui résulte de la desquamation de l'épithélium. Il importait donc de savoir si les urines étaient albumineuses.

Le diagnostic absolu, pathogénique, était, comme vous voyez., assez difficile jusque-là.

Mais si cette partie du problème clinique restait indécise, il n'y avait pas à hésiter quant à l'état grave des fonctions respiratoires. Je dis des fonctions et non des organes, du côté desquels on observait seulement d'abord une diminution générale de la sonorité thoracique , avec submatité plus prononcée vers les bases, et un affaiblissement du murmure respiratoire. Cependant, à force d'investigation, je trouvai au niveau de la région mamelonnaire gauche quelques bulles de raie quasi-crépitant sur une étendue telle que l'oreille la pouvait recouvrir.

11 y avait disproportion évidente entre ces signes et le trouble énorme de la respiration. De sorte qu'on pouvait se demander, en voyant la suffusion œdémateuse des paupières et des extrémités inférieures, s'il n'y avait pas aussi un œdème pulmonaire, œdème assez peu ancien pour n'avoir pas encore donné naissance

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