‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 259 sur 287 · FAUX RAISONNEMENTS THÉORIQUES · texte numérisé non relu

FAUX RAISONNEMENTS THÉORIQUES

tion. A ce seul titre, là saignée pourrait être utile dans la pneumonie.L'argument d'hydraulique invoqué en faveur de la saignée n'est vraiment pas très heureux; car, en admettant avecValenlin que la masse du sang d'un homme adulte soit d'environ 12 kilogrammes, une saignée de 500 grammes diminuant d'un vingtquatrième la masse du liquide en circulation, n'augmente que d'un vingt-quatrième la force de résorption des vaisseaux pulmonaires ; ce qui est un assez mince résultat. Ou bien encore on pourrait dire, toujours dans cette manière de voir que je combats, que la masse du liquide sanguin qui circule étant diminuée d'un vingt-quatrième, l'apport morbide au poumon est diminué d'un vingt-quatrième : ce qui doit produire, si l'arithmétique n'est pas une vaine science ni la logique un vain mot, un vingtquatrième de mieux-être matériel. Or, je le demande à tous ceux qui ont observé un pneumonique après une saignée faite d'une certaine façon que je dirai tout à l'heure, est-ce un aussi piètre résultat qui a été obtenu? Bien au contraire de cette fraction de mieux-être, et de mieux-être nécessairement tardif, que la théorie hydraulico-physiologique permet d'induire, il y a un bienêtre absolu, immédiat. La douleur a diminué ou disparu, la dyspnée a subi les mêmes modifications et la fièvre est moindre en même temps que le pouls moins fréquent, et la température moins élevée. Tel était notre malade, tels ils sont tous après la saignée, en pareil cas.

Mais d'ailleurs est-ce bien de la résorption d'un exsudât pulmonaire qu'il s'agit ici ? Et est-ce cette résorption que se proposaient d'obtenir ceux qui, pour la première fois, saignèrent dans la pneumonie ; eux qui ignoraient non seulement l'existence de cet exsudât, mais à fortiori son siège et sa nature ; qui ignoraient souvent la nature même de l'inflammation? Mais ce qu'ils savaient de science certaine, c'est qu'il y avait là une mala'die inflammatoire,' Ca.r&.GïèYisêè par de la lièvre, de la douleur de côté, de la dyspnée ; que cette maladie siégeait à coup sûr dans la poitrine et que (peut-être?) c'était le poumon qui était affecté ; — car ils ne pouvaient affirmer qu'il y eût pneumonie qu'après avoir constaté l'expectoration. El ils saignaient pour combattre la maladie inflammatoire, parce qu'ils savaient qu'immédiate-

7b2 LES PNEUMONIQUES.

ment après une hémorrhagie la fièvre était toujours moindre et le mieux-être considérable ; qu'une détente générale s'opérait, souvent suivie d'une sueur bienfaisante — et tout cela immédiatement. Et ils savaient encore que ces résultats étaient accompagnés, dans le cas de pneumonie, d'une douleur moindre et d'une moindre dyspnée. Et c'est pour arriver à ces fins qu'ils saignaient, mais non point pour obtenir la résorption d'un exsudât qui n'existe pas encore alors que la fièvre est le plus véhémente, et qui persiste après la cessation de celle-ci, produit plus ou moins tardif de la fièvre ; effet et non point cause ; lésion et non point maladie.

Ils savaient aussi qu'une saignée à large ouverture soulage le mieux et le plus vite, et, depuis Arélée, ils faisaient un précepte formel d'ouvrir largement la veine ; la saignée n'agissant pas seulement par la spoliation de l'organisme, mais aussi par la façon dont celle-ci est faite. Or, au point de vue de l'hydraulique, le fait est indifférent ; ce qui importe, c'est la quantité du liquide tirée. Mais, au point de vue de la clinique, ce qui importe bien davantage, c'est la perturbation qu'on va produire, et plus rapide est la perte de sang, plus brusque est la perturbation, qui peut aller jusqu'à la syncope. Il n'y a pas là d'action directe exercée sur la maladie ni sur la lésion, il y a action indirecte. Ce qu'on a directement et immédiatement amoindri, c'est la vitalité, dans cet être dont brusquement on a fait ainsi baisser le pouls, baisser la respiration, baisser la température ; et c'est indirectement, par l'amoindrissement momentané de sa vitalité, qu'on arrive à l'amoindrissement de sa maladie.

Ou encore, pour parler un langage plus précis et partant plus en rapport avec la science moderne, cette langueur relative, à plus forte raison cet état lipothymique créé par la saignée, qui se traduit par la pâleur de la face et celle des extrémités, ne produit cette pâleur que par un moindre afflux de sang dans ces régions, c'est-à-dire par une diminution du calibre vasculaire. c'est-à-dire enfin par une contracture des parois des petits vaisseaux ; et, comme l'effet de la saignée est général, la même contracture se produit nécessairement du côté des petits vaisseaux du poumon. Il s'ensuit une double cause d'anémie pour l'organe en-

Page 1