FAUX RAISONNEMENTS THÉORIQUES
flammé ; car, d'unepart, la contracture vasculaire ralentit le cours du sang (par résistance à l'ondée cardiaque : le cœur étant alors forcé de se contracter plus violemment le fait avec moins de fréquence dans un temps donné), et, d'autre part, le calibre des petits vaisseaux pulmonaires est amoindri : ainsi, dans l'unité de temps, moins de sang lancé par le cœur entravé, et moins de sang pénétrant dans les petits vaisseaux contracturés : c'està-dire, en d'autres termes, que la saignée coupe les vivres à l'inflammation (1).
Vous verrez plus tard que le même résultat est précisément réalisé par l'effet nauséeux que produit l'émétique, sans spoliation aucune : de part et d'autre, c'est par l'intermédiaire d'une action sur le système nerveux vasculaire qu'on a modifié tous les autres systèmes organiques.
D'ailleurs, et quelle que soit la théorie, qui n'est ici que l'exposition même des faits, l'amélioration est aussi générale que rapide et incontestable après la saignée : seule chose qui nous intéresse. Et ce n'est pas sur la lésion, mais sur la maladie inflammatoire et par une modification de tout l'être, que la saignée exerce son action.
D'un autre côté, on a encore rejeté théoriquement la saignée au nom même du malade. Comme c'est lui qui doit payer les frais de la guerre, on a eu grande compassion du malheureux, et l'on a voulu ne pas l'appauvrir à l'avance par la saignée! Ici il y a encore plus qu'une erreur d'observation — ce qui suffirait contre le raisonnement - il y a une erreur de logique. Le malade n'est-il pas bien autrement affaibli, bien autrement appauvri dans tout son être et par suite dans tout son sang, par la longue persistance de sa fièvre et l'intensité de celle-ci, par la longue persistance de sa douleur et de son insomnie, par la persistance
(1) Ceci a été dit à Paris en 1869 et imprimé en 1873, par moi, alors simple agrège de la Faculté, mais parlant au nom de celte Faculté. Or en 1874 un an plus tard, sir James Pagct, au congrès médical de Norwi'ch tentait larehabililalion de la saignée dans les maladies inflammatoires; et un journal pensuel de Pans, qui n'ignorait pas l'existence de mon livre, dont il avait rendu compte, attribuait à Paget l'honneur de l'initiative de celle croisade en laveur du bon sens et de la saine médecine ; mais quoi! « Nul n'est prophète en son pays l » 1
peter. — Clin. méd. 3? édit, , /)S
7IW LKS PNEUMONIQUES.
et l'aggravation du trouble de son hématose et de celui de toutes ses fonctions, par l'anorexie et l 'inanition, bien autrement affaibli et appauvri, dis-je, qu'il ne l'est par une saignée — qu'on pourra répéter une fois encore au besoin ? Cette perte de sang qui le soulage, qui le mène au bien par le mieux, et de la façon que j'ai essayé d'indiquer, il la réparera plus tard et bien vile à l'aide des aliments.
11 ne faut cependant pas, par une compassion aussi touchante qu'elle est inopportune, et en vue de la réparation future, trop économiser le sang dans le présent ; et parce qu'on a qualifié la pneumonie de cyclique, en empruntant bizarrement le qualificatif au vocabulaire des astronomes, ce n'est pas un sufûsant motif pour en imiter la béate contemplation, et pour observer platoniquement la courbe idéale que décrit la maladie à travers le temps au lieu de la décrire, comme un astre, à travers l'espace. Car enfin, sérieusement, pour que le pneumonique aitle bonheur d'assister à la guérison de sa lésion pulmonaire, encore faut-il qu'il vive aussi longtemps que son poumon, et qu'il ne meure pas au premier période de sa fameuse maladie cyclique.
Mais que parlons-nous ainsi, en général, du traitement de la pneumonie? Il ne s'agit pas de la pneumonie, mais des pneumonies ; et nous n'avons pas à traiter des pneumonies, mais des pneumoniques. Il n'y a rien là de général, tout est particulier; Quelle est la nature de la fièvbe concomitante? Est-elle inflammatoire, bilieuse ou nerveuse? Ou, comme on dit aujourd'hui, y a-t-il état inflammatoire, bilieux ou nerveux? A chacun de ces trois cas un traitement différent convient.
Eh 1 que parlons-nous de pneumonie, en général? Est-elle lobaire ou lobulaire? Lobaire, est-ce le sommet ou un lobe indifférent qu'elle intéresse? Est-elle simple ou rhumatismale. Lobulaire, est-elle catarrhale simple ou catarrhale épidemiqueî Eh! que parlons-nous de pneumoniques, en général ? Le pneumonique est-il jeune ou vieux? riche ou pauvre? sam ou malsain? homme ou femme? Femme, en étal de vacuité, de gesU* tion ou de puerpéralilé?
Ainsi l'étude approfondie de la question, loin de la simplifier, vous fait entrevoir du problème un plus grand nombre de don-