TRENTE -TROISIÈME LEÇON
Pneumonie rhumatismale. — Que la lésion est loin d'être la maladie. — Pneumonie bilieuse. — Pneumonie adynamique. — Triomphe de l'expectation quand la fièvre est légère. — Pneumoniques de l'hôpital et de la ville, de la ville et de la campagne, du Nord et du Midi.
Messieurs,
Depuis quarante-huit heures que je ne vous ai parlé de lui, notre malade du n° 19 a passé par les plus étranges péripéties. Dans le cours de la journée d'hier, il a été pris de frisson ; puis la fièvre est devenue intense et a été accompagnée d'une dyspnée qui s'expliquait par une plus grande abondance de l'épanchement.
Je vous ai dit déjà que ce malade avait eu une congestion rhumatismale du poumon, laquelle avait un instant compromis son existence : vous avez vu là un beau résultat de la saignée et des ventouses opportunément appliquées, et je vous ai à ce sujet engagés à mettre de côté les idées préconçues et les traitements systématiques.
Vous savez que nous n'obtenons de ce malade des renseignements que par lambeaux; en voici de nouveaux qu'il nous a fournis sur sa vie morbide depuis deux mois. Il a eu, au début de ces deux mois, une première pneumonie pour laquelle il est entré à l'hôpital de la Pitié, dans le service de M. Bernutz. Cette pneumonie, vraisemblablement déjà de nature rhumatismale, n'eut qu'une courte durée, et au bout de quinze jours à peine le malade partait en convalescence à Vincennes. Là, il fut pris d'un rhumatisme articulaire qui porta sur les articulations des membres inférieurs. Retourné chez lui, sans doute prématurément, il fut repris d'un rhumatisme subaigu pour lequel il entra à l'hôpital Beaujon. Sorti encore trop vite de ce dernier asile, il
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nous vint avec cette congestion redoutable qui mit sa vie en péril, et qui aujourd'hui lui laisse la pneumonie et la pleurésie
que vous savez.
Enfin, hier soir, mon chef de clinique lui a trouvé le bruit de souffle de l'endocardite, et a fait appliquer un vésicatoire sur la région du cœur. Ce matin, ce bruit de souffle n'est presque plus perceptible; mais on entend un bruit plus superficiel, qui dénote l'existence d'une lésion commençante du péricarde.
C'est donc bien là une de ces pneumonies rhumatismales que nient certains auteurs, que d'autres admettent au contraire. Suivant ceux-ci, cette pneumonie a pour caractères pnnc.paux : sa courte durée; sa tendance à passer sans cesse d'un endroit à l'autre, et son peu de danger. Vous voyez ce qu'il faut penser de ce dernier point, et combien il importe de ne pas trop généraliser • il est vrai qu'elle dure ordinairement peu; qu'elle n'est que congestive, et non exsudative ou fibrineuse; qu'elle s'arrête en un mot à la période d'engouement. Mais il n'en est pas moins certain que la congestion péripneumonique peut se généraliser, et devenir subitement périlleuse en entravant brusquement le champ de l'hématose. Votre pronostic doit donc être reserve; car si au point de vue anatomique la lésion est insignifiante, au point de vue de l'extension possible le péril peut être parfois excessif. Vous voyez aussi combien la vie d'un rhumatisant peut être étrangement accidentée.
Actuellement, l'épanchement de notre malade s élève jusqu au bord spinal de l'omoplate, où l'on entend de l'égophonie; sous l'aisselle on perçoit de la broncho-égophonie, et enfin, au voisin g t mamelon, de la bronchophonie : il n'y a donc pas eu seulement de la congestion pulmonaire, mais de la pneumonie avec un noyau d'hépatisation. Tout à fait en avant et au somme on obtient par la percussion le son skodique type; un peu plus l s la matité correspond à des râles sous crépitants, signe d X Ingestion péripneumonique. Ainsi, il y a toujours delà pneumoni; ici exsudative, là congestive seulement, avec un ptu^ie concomitante ayant déterminé un épanchement assez
"piment du vésicatoire prescrit hier par M. Dugurfj