INFLUENCE DES MILIEUX
nismes qu'ont délabrés les excès, déprimés les chagrins ou ruinés le rude labeur. Aussi me gardé-je bien de conclure du savetier au financier, de l'homme de l'hôpital à l'homme de la ville, du citadin au paysan. Et si ce que je dis ici du Parisien n'est pas vrai du Bourguignon, ce que je pourrais dire du Bourguignon, buveur de vin, ne sera plus applicable au Normand, buveur de cidre; enfin, même en Bourgogne, ce qui est bon à l'habitant des riches coteaux du Dijonnais ne le saurait être à celui des stériles contrées du Morvan.
Ce que vous apprenez surtout à connaître ici et à constater, c'est la lésion, bien plus que la maladie, qui est à l'organisme ce qu'est la lésion à l'organe; mais, la lésion connue, alors surgissent en foule des questions secondaires en apparence, capitales en réalité : comme celle de savoir ce qu'a été la santé antérieure, quelles ont pu être les causes du mal, ce qu'est actuellement l'état de l'organisme, etc. Vous voyez ainsi que, la lésion déterminée, vous n'avez encore résolu que la plus faible partie du problème, car il vous reste encore à traiter la maladie, et même à la guérir; ce qui vaut bien qu'on y songe.
Je viens de dire que ce qui était vrai de Paris ne l'était pas de Rome; on peut conclure que les statistiques prouvent tout au plus pour un climat spécial, un hôpital particulier, une année déterminée; car il n'est pas jusqu'aux constitutions médicales qui ne changent, si bien que ce qui est vrai statistiquement aujourd'hui pourra ne l'être plus demain, ni peut-être de longtemps.
Or, c'est dans ces conditions d'observation étroite et insuffisante que tous les médecins des hôpitaux ont fait les travaux qu'ils nous ont légués; les uns saignant toujours, les autres émétisant sans cesse; — d'autres, enfin, disant merveille de l'expectation; tandis qu'en un milieu différent les toniques ne connaissaient pas les revers.
Il faudrait cependant distinguer. Je le répéterai à vous en lasser, il y a des pneumonies lobaires ou lobulaires, rhumatismales ou non, bilieuses ou nerveuses. Quelles étaient donc celles qui rentraient dans les séries citées par les saignants, les émétisants, les tonifiants ou les expectants? 11 serait bon de le savoir. Si nous voulions faire une sorte de récapitulation de nos peter.— Clin. mdd. 3' édit. r iQ
770 LES PNHUMONIQUES.
malades depuis que je suis à la Pitié, nous trouverions des pneumonies de toute espèce, Itappelcz-vous d'abord ces deux individus que nous avons vus en môme temps couchés aux n0K 36 et 38 de la salle Saint-Paul. Tous deux avaient une pneumonie grippale : le n° 38, vigoureux et n'ayant jamais fait d'excès, fut bientôt guéri sans autre traitement que les expectorants ; le n° 36, plus jeune, mais déjà miné par l'alcoolisme, guérit également par le même traitement, mais beaucoup plus lentement que l'autre. J'avais essayé d'abord de lui donner une potion alcoo- i lique, mais il ne put la supporter : notez en passant ce fait d'un ivrogne repoussant l'alcool, qu'on doit, en général, libéralement accorder en pareil cas aux individus qui s'en sont fait une triste habitude.
Ainsi, voilà deux individus qui ont guéri par une médication expectorante. C'est là une catégorie de faits simples.
Maintenant, rappelez-vous le malade naguère couché au n° 14 de cette môme salle Saint-Paul ; sa pneumonie était d'un toul autre genre : lobulaire au point de vue anatomique, elle était déterminée non plus par un état grippal, mais par une stase sanguine due à une maladie du cœur. Ce malade périt, malgré nos efforts, malgré les expectorants et les toniques : je crus devoir lui mettre un vésicatoire; le vésicatoire se sphacéla. Voici donc une deuxième catégorie dans les maladies lobulaires, catégorie qui diffère de la première autant par les symptômes que par la cause.
Si les pneumonies lobulaires présentent différentes catégories, les lobaires n'en présentent pas de moins nombreuses.
Les quelques pneumonies lobaires franches que nous avons eues ont guéri sans grand effort thérapeutique.
Au contraire, nous avons eu de nombreuses pneumonies du sommet qui, presque toutes, se sont mal terminées. Je vous ai dit assez longuement, pour n'avoir pas à y insister, que cette sorte de pneumonie, n'était souvent mortelle que parce quelle est le partage des organismes dégradés. Rappelez-vous seulement que nous avons vu mourir ainsi coup sur coup quatre maladequi étaient ruinés physiologiquemcnt, ou par l'âge, ou par l'ivrognerie, ou par la misère et le chagrin reunis.