‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 274 sur 287 · L'ALCOOL ET COMMENT IL AGIT · texte numérisé non relu

L'ALCOOL ET COMMENT IL AGIT

stance si éminemment volatile, comme de toutes les substances de même ordre introduites dans le sang? comme du principe odorant des asperges et de la térébenthine?comme du gaz hydrogène sulfuré, "etc.? et qu'il tende ainsi qu'eux à s'échapper par toutes les surfaces, surface respiratoire et surfaces sécrétantes, où le sang trouve une moindre pression et où l'exosmose peut librement s'effectuer? de telle sorte enfin qu'on le retrouve, ainsi que ces substances volatiles, dans le liquide urinaire comme dans les produits de l'expiration pulmonaire ou de la perspiration cutanée ? Le merveilleux -serait qu'il en fût autrement.

L'objection fondamentale — et elle a été faite en France dès les premiers temps par Baudot (1) — c'est qu'on n'a jamais pu découvrir dans ces produits d'élimination qu'une partie de l'alcool absorbé. Mais le reste, le reste, qu'est-il devenu? Là, en effet, est toute la question.

En conséquence, et malgré le talent des observateurs, comme malgré la valeur de leurs recherches, ilm'estimpossible d'adopter leurs conclusions, à savoir, que « l'alcool se comporte dans l'organisme en véritable agent dynamique, qu'il séjourne en nature dans le sang; que c'est en nature qu'il en est éliminé, et cela parce qu'on ne trouve dans le sang ni dans l'air expiré aucune trace de sa décomposition. « On pourrait objecter l'odeur d'aldéhyde expirée parles ivrognes, mais je crois que les objections de Baudot en France, de Strauch et de Schulinus en Allemagne, c'est-à-dire la non-élimination totale, sont suffisants contre la doctrine, et que celle de Liebig n'en est que momentanément ébranlée.

Il semble d'ailleurs étrange que des substances fixes, telles que les graisses et les sucres, soient assimilées et brûlées dans l'organisme, alors que l'alcool, si éminemment combustible, ne le serait pas. Il y a là unecontraventionévidenteàla loi qui régit les substances hydrocarbonées introduites dans le tourbillon de la matière vivante, au contact de l'oxygène; cette contravention n'est vraisemblablement qu'apparente et tient à ce que l'alcool, étant volatil, une partie s'en échappe des vaisseaux inutilisée encore tandis que le reste s'en va ultérieurement subir la loi des

(I) Baudot, Union médicale-, i8G:t.

700 LES PNEUMON1QUES.

combinaisons définitives et faire de la chaleur en devenant de l'eau et de l'acide carbonique.

Cependant, par une singulière confusion de toutes choses — confusion de l'usage avec l'excès, de l'accoutumance avec l'inhabitude, de l'état physiologique avec l'état pathologique, de l'alimentation avec l'empoisonnement, de l'expérience incontestée des siècles avec l'expérimentation contestable d'hier — on en est arrivé à dire que l'alcool refroidissait. — Ah ! pour le coup, c'est le chaos !

Dans l'expérimentation des substances alcooliques chez les animaux, on n'a pas distingué — ce qui est pourtant élémentaire — les phénomènes physiques des phénomènes physiologiques.

Les premiers sont absolument identiques chez les animaux et chez l'homme ; la matière vivante n'a rien à y voir. Les seconds peuvent différer complètement de l'animal à l'homme.

Le seul phénomène physique quisoitnécessairementidentique, aprèsl'administration des substances alcooliques à un organisme quelconque, est l'évaporation : puisqu'elle est une question de pression et de surface, elle s'opérera aussi bien chez le chien que chez l'homme!

Quant à l'effet physiologique, il n'est pas seulement différent suivant la dose, suivant l'accoutumance, suivant l'âge du sujet, mais aussi suivant la qualité du breuvage. Et c'est là un détail qu'ont absolument négligé ceux qui, dans ces derniers temps, ont voulu déterminer l'action des spiritueux sur l'homme en expérimentant sur les animaux ! L'alcool n'est pas tout dans le vin ni même dans l'eau-de-vie ou le rhum. Le bouquet, l'arôme, y joue un rôle qui n'est pas minime. Le vin blanc ne stimule-t-il pas le système nerveux d'une façon autre et plus grande que le vin rouge; je dis du même terroir et à égalité d'alcool contenu? L'eau de-vie vieille de Cognac n'a ni la même saveur ni le même mode d'action sur l'estomac que la jeune eau-de-vie de même provenance; mais combien différente de ces odieuses mixtures chimico-industrielles, fabriquées de toutes pièces avec l'alcool de grain, de betterave ou de pommes de terre! La quantité d'alcool peut être la même dans chacune d'elles, la qualité y es! absolument dissemblable, el avec la qualité, l'effet.

Page 1