L'ALCOOL, HT OOMMBNT IL AGIT
Ce n'est pas sans raison que la tradition a désigné sous le nom générique do cordiaux ces liqueurs de choix, conservées dans les familles, et qu'on donne avec tant de succès aux malades chez lesquels domine la faiblesse, aux convalescents, aux vieillards : le tokai en Hongrie, l'hydromel en Pologne, le bon vieux vin partout.
On parle toujours d'alcool, comme si c'était d'alcool seulement qu'il s'agisse ! Est-ce donc simplement de l'alcool, plus de l'eau, qu'il y a dans l'eau-de-vic, la vraie eau-de-vie? La chimie aurait beau répondre affirmativement, que l'estomac le nierait. Et le vin, est-ce purement de l'alcool dilué ?
Au mépris de l'observation la plus simple comme de la tradition la plus constante et la plus universelle, on ne veut voir en présence que de l'alcool et de la matière vivante. Mais quel alcool? et n'y a-t-il que de l'alcool? Quelle matière, et sous quelle forme vivante? il n'est pas indifférent, en effet, que la matière organisée vive sous la forme d'un chien, d'un chat, d'un lapin ou d'un homme! Matière humaine, qu'elle soit celle d'un homme, d'une femme ou d'un enfant! Homme, que ce soit un abstème ou un buveur! J'ai déjà dit que la qualité de la substance alcoolique n'était pas sans effet ; que dirai-je de la qualité delà matière vivante et de son mode de réagir contre la substance alcoolique? Les muscles, les tissus peuvent être de même composition anatomique, le fond vivant peut être matériellement identique — ce qui n'est guère démontré — combien la forme sous laquelle vit la matière — forme de lapin ou forme d'homme — forme ! c'est-àdire qualité — combien, dis-je, la forme est-elle ici plus importante que le fond !
Ainsi ni la qualité de la substance alcoolique, ni la qualité de la matière vivante à laquelle on l'ingère ne sont indifférentes; la masse, c'est-à-dire la quantttéâe cette même matière vivante, estelle donc aussi sans importance? C'est ce que nous allons voir :
Parce que, après avoir donné à un lapin, du poids de 2 kilogrammes, 10 grammes d'alcool dilué, on a vu au bout de quinze minutes la température baisser de l degré et davantage, on en a conclu que l'eau-de-vic agissait de môme sorte chez l'homme au cas de phlegmasie, c'est-à-dire refroidissait la fièvre.
Examinons donc si les choses peuvent être comparées :
792 LES PNEUMOMQUES.
La potion de Todd, en la supposant composée de 100 grammes d'eau-de-vie pour 100 grammes de julep (ce qui est une forte dose), est administrée par cuillerée à soupe de "20 grammes, soit 10 grammes d'eau-de-vie à la fois (et, dans l'espèce, d'eau-devie étendue). Or, ces 10 grammes d'eau-de-vie ainsi étendue, pour un homme du poids de 60 kilogrammes, sont à sa masse dans le rapport de 1 à 6 000, tandis que les 10 grammes d'alcool dilué donnés au lapin sont à la masse de celui-ci dans le rapport de 1 à 200.
Pour que l'on pût un instant songer à conclure du lapin à l'homme, il faudrait donc qu'on donnât chaque fois à celui-ci trente fois plus d'eau-de-vie (non étendue), c'est-à-dire 300 grammes ou près d'un tiers de litre !
Vous ne doutez guère que, si vous agissez ainsi, vous ne déterminiez chez l'homme un état d'ivresse des plus graves, une intoxication aiguë. Eh bien, c'est précisément ce que l'on a provoqué chez le lapin en expérience : il est empoisonné par cette dose (énorme par rapport à la masse de son corps, et donnée d'un coup) d'une substance à laquelle il est absolument inhabitué ; et c'est parce qu'il en est empoisonné, parce qu'il est ivre-mort, pour employer une locution aussi expressive qu'elle est vraie, que sa température baisse de 1, 2 et même 3 degrés. 11 n'est pas douteux que les choses s'accompliraient de même sorte chez un homme auquel on donnerait d'emblée un tiers de litre d'eau-devie : lui aussi serait empoisonné, ivre -mort.
Mais est-ce donc ainsi que l'on procède thérapeutiquement? Et si la température baisse et baisse réellement, au moins dans la majorité des cas, chez un phlegmasique traité par l'eau-de-vie, comment cet abaissement se produit-il? Ce qu'on donne au malade sous forme de potion, c'est un grog plus ou moins fort, dans le cours de vingt-quatre heures ; la dose n'est donc pas seulement 30 fois moindre, elle est administrée par fraction ; au lieu d'offenser l'estomac et de sidérer le système nerveux, elle stimule le viscère et soutient l'organisme. Si donc alors il se produit un abaissement de la température fébrile, et non point de la température normale comme tout à l'heure chez le lapin, c'est qu'on a mis l'organisme du fébricitant dans un état plus voisin de la