ÉTAT NAUSÉEUX ET C0NTR0-ST1MUL1SME
procédés routiniers, ot produit enfin un effet aussi bienfaisant et pour le moins aussi durable.
Au fond, ce qui ressort de tout ceci, c'est, d'une part, que le vomissement ou la nausée produit un effet sur le pouls, qui devient petit, et, d'autre part, la cessation des vomissements de sang. N'y a-t-il pas corrélation entre ces faits? Ne peut-on pas croire que s'il nous était donné de tâter le pouls des divisions de l'artère pulmonaire comme nous le pouvons faire aux branches de l'aorte, nous constaterions également une diminution du calibre vasculaire, et qu'ainsi nous verrions que nous avons diminué l'afflux du sang, Yimpetus fluxionnaire et, finalement, coupé les vivres à l'hémorrhagie ?
Maintenant, comment tout ceci a-t-il lieu? Je crois que c'est affaire du grand sympathique. Des filets du plexus solaire sont offensés à l'estomac, et l'effet nauséeux est produit; c'est-à-dire que, l'offense subie par le plexus solaire retentissant sur la totalité du système sympathique, il y a contracture vasculaire, en vertu de cette loi générale que toute sensation se transforme en acte, et que tout acte vital est un mouvement. Or, dans l'espèce, la sensation éprouvée par les filets sympathiques de l'estomac ne produit pas seulement des actes directs dans l'appareil digestif (mouvements antipéristaltiques, suivis de mouvements coordonnés, synergiques et réflexes, des muscles qui concourent à l'effort du vomissement et de la défécation), cette sensation stomacale produit des actes réflexes dans la totalité du système sympathique, des mouvements dans les muscles des vaisseaux ; et ce sont ces mouvements toniques de muscles non soumis à la volonté (qui sont à l'excitation douloureuse d'un des points du système du sympathique ce que sont les mouvements toniques des muscles volontaires à l'excitation douloureuse d'un des points du système cérébrospinal), ce sont, dis-je, ces mouvements toniques des muscles vasculaires qui produisent la diminution du calibre des petits vaisseaux, d'où la pâleur et le refroidissement des tissus, d'où l'hémostase — et cette hémostase par anémie.
Ce ne sont pas là, d'ailleurs, de simples raisonnements : un savant agrégé de Montpellier, le docteur Pécholier, a direc-
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lement démontré, par l'expérimentation sur des lapins, que l'ipécacuanha anémie les poumons (1).
Ainsi, la médication est évidemment générale.
Mais la saignée a le même efl'et : elle est également spoliatrice et perturbatrice. Gomme le vomitif, la saignée diminue l'ampleur du pouls, produit la pâleur du visage et provoque la tendance à la lipothymie. Comme le vomitif, la saignée arrête indirectement l'hémoptysie. Mais quelle différence dans l'action finale sur le malade, si le résultat sur la maladie est identique! La saignée, c'est, en réalité, comme l'amputation d'une partie de la chair coulante, le sang. Et clans quel moment est-elle pratiquée, alors que, par l'hémoptysie, il y a déjà amputation spontanée de cette même chair coulante! de sorte que la perte totale est doublée, et que, quand, après la saignée, l'hémorrhagie étant arrêtée, le malade aura à réparer ses globules, il devra refaire ceux qu'il a spontanément perdus, et ceux que vous lui aurez fait perdre. Au contraire, une fois l'hémoptysie arrêtée par le vomitif, la réparation sera de moindre importance, par conséquent plus rapide, et enfin la dépression générale sera moins durable par le vomitif que par la saignée, d'où il suit que le premier est de beaucoup préférable à la seconde.
11 y a d'ailleurs je ne sais quoi de répugnant à saigner un malade qui déjà perd son sang; et cela rappelle la pratique des médecins dont se raille Bordeu : leurs malades, entourés de bassins pleins de sang, étaient doublement affligés delà maladie et de la médication.
En somme, la méthode médicatrice dont je viens de vous parler n'est que la vérification, dans un cas particulier, de la belle doctrine du contro-stimulisme, imaginée par Rasori, doctrine dans laquelle l'état général prime l'état local, la maladie prime la lésion. Or, je vous l'ai dit assez souvent déjà, nous ne pouvons rien contre la lésion, nous ne pouvons quelque chose que contre
(1) Recherches expérimentales sur l'action physiologique de l'ipécacuanha. Paris, Asselin, 18G2.— Il résulterait des recherches du même auteur (publiées en 1S63) que le tartre stibié n'aurait pas la môme action physiologique sur le poumon. Néanmoins mon observation clinique me porterait h y voir une analogie d'action thérapeutique.