‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 36 sur 287 · ROLE ACTIF DES VAISSEAUX · texte numérisé non relu

ROLE ACTIF DES VAISSEAUX

textuellement l'auteur. Une des conséquences encore de ce que Beau appelle l'asystolie, c'est que «le cœur émet moins de sang qu'il n'en reçoit » .

Nous verrons qu'aucune de ces propositions n'est justifiée, et que, dans tous les cas, c'est envisager d'une façon très incomplète les affections cardiaques arrivées à leur dernière période, c'està-dire à la phase d'altération générale de l'organisme.

Pour Beau, le cœur est tout, et les vaisseaux ne sont rien. C'est là une proposition fondamentalement inexacte. Dans l'acte circulatoire, deux agents interviennent à des titres différents : le cœur, agent moteur, chargé de donner l'impulsion; et les vaisseaux, organes de transport, de régularisation et de distribution. Il est évident que c'est parce que le cœur se contracte que le sang est lancé dans tous les départements du système circulatoire. Mais il est évident aussi que le cœur se contracte d'une façon toujours la môme chez les individus bien portants, et que, néanmoins, certaines modifications se produisent dans le reste de l'organisme, lesquelles sont sous la dépendance de l'action propre des vaisseaux.

Par exemple, n'est-il pas nécessaire que, dans l'acte sécréloire d'une glande, au moment où elle passe de l'état de repos à celui de fonction, il faille à cette glande un apport de sang plus considérable? et n'est-il pas certain que, pour pourvoir à cette sécrétion, le cœur n'a cependant modifié ni le nombre ni l'énergie de ses battements? Ainsi, la glande parotide ne peut fonctionner qu'à la condition de recevoir plus de sang : c'est la congestion sécréloire. Ainsi, enfin, les vaisseaux interviennent par une action indépendante de celle du cœur et, pour ainsi dire, individuellement ; c'est ce que Stahl avait entrevu et ce que Claude Bernard a démontré.

Mais je reprends la série des phénomènes. Le sang arrive plus abondant à la glande parotide ; il a donc fallu que les vaisseaux se dilatassent, pour fournir une masse de sang plus considérable, et cela indépendamment de l'action du cœur. Le rôle des vaisseaux est donc ainsi fonclionnellement manifeste, mais il a été démontré expérimentalement d'une façon telle que le doute soit impossible.

Un physiologiste mort jeune (et précisément d'une affectioq du cœur, provoquée par le chagrin que lui causaient l'insuccès de ses travaux et la réfutation de ses théories), Bezold, avait consacré plusieurs années de sa vie à rechercher l'influence de la moelle sur le cœur et sur la circulation en général. A cet effet, il avait pratiqué des vivisections de la moelle depuis le cervelet jusqu'à la queue de cheval, et il avait étudié l'état de la circulation à la suite de chacune de ces vivisections.

Quand la moelle était coupée au niveau de la région cervicale, il avait constaté que la pression du sang diminuait (et, ici, permettez-moi de vous rappeler que la pression du sang a pour expression la tension artérielle, qui est elle-même le résultat de l'élasticité et de la contractilité des vaisseaux; de sorte qu'on peut considérer l'élasticité artérielle comme un ressort bandé par l'ondée sanguine- lancée par le cœur dans l'artère, et que cette tension est l'expression de la réaction vasculaire).

Gela dit, je reprends l'exposé sommaire des expériences de Bezold. Un manomètre était introduit dans la carotide d'un animal, et la hauteur de la colonne mercurielle indiquait l'état de la pression du sang. Quand la moelle était coupée à une certaine hauteur de la région cervicale, la pression diminuait; Bezold en concluait que la moelle agissait sur le cœur, et que, si le cœur se contractait avec moins de force et si la pression sanguine diminuait, c'est que l'action de la moelle était supprimée. Il fit une expérience inverse de celle-là et qui devait en être la contreépreuve. Lorsque la moelle était coupée et qu'il en excitait le segment inférieur, il constatait une élévation de la colonne mercurielle, et il en concluait que le cœur était excité par l'excitation de la moelle.

Deux expérimentateurs vinrent après lui, Thiry et Ludwig, qui se chargèrent de contrôler ses expériences, et, disons-le de suite, de les infirmer.

Pour démontrer que le cœur n'était pas excité par la moelle, ils coupèrent tous les nerfs aboutissant au cœur, de manière à l'isoler des centres nerveux.

11 est évident que, le cœur continuant à battre en vertu de la force automotrice qu'il doit aux ganglions intracardiaques, la

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