ROLE! DES NERFS VASCULAIRES
circulation devait continuer, et que toute modification qui pourrait survenir dans la pression du sang, après une section de la moelle, ne pourrait pas être attribuée au cœur, puisque tous les nerfs y aboutissant étaient coupés. Chez les sujets ainsi mutilés, Ludwig cL Thiry coupèrent la moelle à la même hauteur que Bezold, et ils constatèrent alors, comme lui, une diminution de la pression du sang. Or, comme le cœur n'avait été en rien modifié par cette section de la moelle, puisqu'il n'était plus en rapport avec elle, il fallait conclure de l'expérience que la diminution de pression tenait à une altération de la tension vasculaire, et que, par conséquent, c'étaient les vaisseaux et non le cœur qui étaient en rapport avec la moelle.
Mais est-ce la moelle ou le sympathique qui préside à l'action des vaisseaux? Alors intervinrent des expériences directes. Ils coupèrent un des nerfs splanchniques (qui président à l'innervation vasculaire), et aussitôt la colonne mercurielle baissa de 30 millimètres ; par conséquent, il était évident que c'étaient les splanchniques qui agissaient sur les vaisseaux par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs, et que la pression du sang était due à la contractilité vasculaire. Ils coupèrent sur le même animal l'autre splanchnique, et la colonne mercurielle ne s'abaissa que de 5 millimètres par la section du second nerf splanchnique. Ainsi, voilà qui est évident : la contractilité vasculaire exerce une action incontestable sur la pression du sang, et cette contractilité est sous la dépendance du sympathique.
Une expérience réciproque fut instituée parles mêmes expérimentateurs, c'est-à-dire qu'ils excitèrent les splanchniques et déterminèrent une augmentation de la pression du sang, par conséquent, de la contractilité vasculaire.
Maintenant je dois vous parler en peu de mots d'une expérience très concluante relativement à l'action du cœur sur les vaisseaux et des vaisseaux sur le cœur.
Un physiologiste, M. Cyon, rechercha quelle était l'action des différents nerfs du cœur. Il les incisa tous les uns après les autres, de façon à procéder d'une façon très analytique. Enfin il en coupa un qui depuis porte le nom de nerf sensitif du cœur, ou nerf de Cyon, et ce nerf, qui naît, d'une pari, du laryngé supé-
rieur et, d'autre pari, du pneumogastrique, étant coupé, voici ce que Cyon constata :
Quand il irritait le bout périphérique, celui qui tenait au cœur, nulle action n'était produite. Quand il irritait le bout central, celui qui tenait à l'encéphale, l'animal poussait un cri. Mais voici ce qui se passaiL ensuite, et ce qui est pour nous la chose importante : il y avait diminution dans la pression du sang. Par conséquent, il est probable que, dans l'état normal, l'irritation agit sur les splanchniques par action réflexe de la façon suivante : l'irritation se transmet au cerveau, d'où elle se réfléchit sur la moelle, puis de la moelle sur le grand sympathique, puis du grand sympathique sur les splanchniques et des splanchniques sur les parois vasculaires. De sorte que, si la pression est modifiée par l'élasticité et la contractilité vasculaires, elle modifie ipso facto les contractions du cœur parla réaction qui en résulte sur cet organe ; et, d'autre part, lorsqu'une pression ou une modification quelconque est exercée d'une façon excentrique sur la paroi interne du cœur, celui-ci réagit sur les vaisseaux par le système d'actions réflexes dont je viens de vous parler, et il y a^ainsi une action réciproque du cœur sur les vaisseaux et des vaisseaux sur le cœur.
On voit ainsi combien la théorie de Vasysiolie est physiologiquement incomplète, puisqu'elle ne tient compte que de la contraction du cœur et ne considère les tubes vasculaires que comme des tuyaux inertes, qui reçoivent et ne réagissent pas.
En réalité, le système circulatoire est composé de deux éléments contractiles : d'une part, le cœur ; de l'autre, l'ensemble des muscles vasculaires; le cœur qui met en branle la circulation, et les muscles vasculaires qui la régissent, suivant les besoins et l'état fonctionnel des organes auxquels ils distribuent le sang. On pourrait môme dire que la contraction vasculaire a une énergie plus grande et une fonction plus importante que celles du cœur, attendu que le cœur distribue le sang d'une façon pour ainsi dire aveugle et sans contrôle, tandis que les vaisseaux le répartissent d'une façon clairvoyante à chacun des organes, suivant ses besoins.
Il ne saurait donc rester de doute sur l'action des vaisseaux