QU'IL N'Y A PAS ASYST0L1E
dans l'acte circulatoire. Par conséquent et à priori, la doctrine de Vasyslolie donne une idée très inexacte des phénomènes infiniment complexes dont nous allons lout à l'heure étudier la pathogénie.
Mais cette doctrine est également insuffisante au double point de vue de la clinique et de Fanatomie pathologique.
Si, comme le dit Beau, tout le mal dont souffre celui qui va succomber à une maladie du cœur consisle dans l'asystolie, il est évident qu'il doit y avoir un (rop-plein de sang dans tous les organes par le fait d'une stase sanguine nécessaire, puisque c'est l'affaiblissement de la circulation qui provoque les accidents. Eh bien, voici des pièces qui vont démontrer surabondamment le mal-fondé de la théorie. Loin de rencontrer une hypérémie générale et une hypertrophie, nous allons trouver au contraire l'atrophie des organes. Voici des pièces anatomiqu.es qui proviennent d'une malade autrefois couchée au n° 9 de la salle Saint- Charles, et que plusieurs d'entre vous ont pu voir. Au premier abord, elle aurait pu être considérée comme un type d'asystolie; c'était une femme de soixante-douze ans, profondément affaiblie, dont la figure altérée présentait les signes non douteux d'une anémie profonde ; le contour de ses joues était pâle, tandis que les pommettes et les lèvres étaient cyanosées. Le refroidissement de ses extrémités annonçait l'abaissement de la force de calorification. Elle était en proie à la dyspnée; les battements de son cœur, très perceptibles d'ailleurs, étaient fréquents, de même que les mouvements respiratoires. 11 était évident que deux grandes fonctions, la circulation et la respiration, étaient fortement compromises et que le trouble de l'une réagissait sur l'autre, ou plutôt, que les troubles de toutes deux s'associaient dans une action morbide réciproque Vers la base du cœur, et au premier temps, s'entendait un bruit de souffle, indice certain d'un rétrécissement aortique. Cette femme avait une affection du cœur causée par des rhumatismes antérieurs, rien n'était donc plus classique que la marche de ses accidents. Rhumatismes, maladie du cœur, la chose est assez connue depuis les beaux travaux de M. Boûillaud pour que je n'aie pas à y insister. Elle en était ainsi graduellement arrivée ;\ ce qu'on ap-
pelle Yasystotie. Elle fui trois jours dans nos salles et succomba en réalité à une asphyxie lente.
Comme je ne saurais adopter la doctrine de l'asystolie ; comme ici surtout je voyais non pas de l'asystolie, mais de Yasynergie{&a le prenant dans le sens grec du mot Ipyov, qui veut dire fonction) ; comme enfin pour moi cette femme ne succombait pas aux troubles fonctionnels du cœur, mais à une asynergie générale, je me préoccupai de démontrer pendant la vie le trouble des fonctions, et, à cet effet, je résolus d'examiner les urines non seulement au point de vue de leur qualiLé, mais aussi à celui de leur quantité. Je fis recueillir toutes les urines rendues par la malade dans les vingt-quatre heures ; elle en rendit environ à peine de quoi remplir un verre à bordeaux! Et cette urine qui était si peu abondante était très trouble, fortement chargée de sels et plus fortement encore d'albumine; par conséquent, il y avait altération de la quantité comme de la qualité.
Eh bien, qu'eussiez-vous dit d'un clinicien qui eût prétendu que cette malade ne succombait pas à l'asystolie, mais à Yanurie, et que tous les accidents qu'elle éprouvait provenaient de ce qu'elle ne se débarrassait pas de la quantité d'urine qu'un corps vivant doit expulser, et qu'il y avait urémie chez cette femme? L'auteur d'une pareille théorie eût été aussi complètement dans le faux que celui qui vous eût dit que la malade se mourait d'une asystolie. Et ce n'est pas tout : elle essayait de manger, mais son appétit s'était graduellement perdu et le peu qu'elle mangeait « lui restait sur l'estomac ». Il est évident que, si elle ne pouvait manger ni digérer, c'est qu'il s'était effectué dans les glandules gastriques les mêmes désordres que dans les glandes rénales, c'est-à-dire qu'en même temps qu'il y avait anurie, il y avait apepsie. Il n'y avait donc pas seulement trouble fonctionnel du cœur et des poumons, mais de tous les organes, en raison des altérations matérielles que vous allez pouvoir constater bientôt. Ainsi, la malade succombait non pas à l'asystolie, mais à Yasynergie, et parce qu'il y avait désorganisation universelle.
Alors, et par suite même de cette dégradation organique générale, l'être vivant va se diminuant de plus en plus; jour par jour, lentement, graduellement et parallèlement, ses organes
CE QU'EST L'ASTHÉNIE CARDIO-VASCULAIRE. '■> s'allèrent de telle façon qu'à un moment donné de son existence il a subi la suppression du tiers, puis de la moitié do ses poumons, de son foie, de sa rate; de telle sorte qu'il a en lui une portion de lui-même vivante et l'autre morte C'est ainsi que graduellement, parallèlement, il meurt pièce à pièce, molécule à molécule, à chacun des jours de sa pénible existence; et, quand il à cessé de vivre, il n'a fait en réalité que cesser de mourir.
Pour toutes ces raisons, il m'est impossibe d'adopter la doctrine de l'asystolie, par trop insuffisante ; et j'espère y substituer une théorie plus compréhensive, dont le développement se fera naturellement dans la suite de ces leçons.
Cela dit, pour faire voir le mal-fondé de la doctrine de l'asystolie, et pour démontrer que l'individu qui succombe à une maladie du cœur succombe à une maladie générale et non à une maladie locale ; qu'au début il y a en effet une lésion matérielle qui a pu et dû déterminer des troubles fonctionnels spéciaux dans les fonctions locomotrices du coeur (dont une partie delà force utile se dépense à contre-sens de la circulation) ; mais qu'il se développe plus tard des accidents consécutifs qu'on pourrait pour ainsi dire prévoir et prédire. C'est ce que j'ai essayé de faire dans le tableau schématique ci-contre, que je demande la permission de développer dans une série de propositions.
J'ai dit tout a l'heure que les affections organiques du cœur formaient une espèce de cercle morbide qui commençait et finissait au cœur.
Le point de déparL en est la lésion d'un orifice ou d'une valvule. 11 y a donc lésion d'orifice ou de valvule au début de la maladie du cœur, c'est une lésion matérielle. Que peut produire cette lésion, sinon des troubles matériels?
L'organe qui lance le sang d'une façon aveugle est troublé dans son fonctionnement; la conséquence matérielle et toute physique de cette lésion, c'est un trouble dans la circulation. Il y a donc une première phase de la maladie du cœur, qui est exclusivement physique, et où il n'y a que des troubles de la circulation. Ces troubles physiques ont ultérieurement les conséquences que je vais indiquer; mais, enfin, ce qu'il importe de faire remarquer, c'est que, pendant un très long espace de temps, celui qui a une
maladie du cœur n'éprouve que des [roubles fonctionnels do la circulation, et cela sons l'influence de courses précipitées, ou de l'ascension d'un lieu élevé, dans toutes les circonstances enlin où le cœur doit fonctionner avec une énergie exceptionnelle, Et ce trouble fonctionnel consiste en des palpitations — ainsi troubles de la circulation, palpitations, et palpitations à des moments déterminés; voilà ce que produit pendant longtemps la lésion d'un orifice ou d'une valvule. Mais il est évident que ces troubles physiques doivent finir par déterminer des altérations matérielles et physiques dans les tubes qui reçoivent le sang mal lancé par cet organe altéré.
Eh bien, le premier trouble morbide des vaisseaux, c'est la diminution, et plus tard la perte de l'élasticité artérielle, par distension exagérée; c'est-à-dire qu'à la cause physique vient correspondre une altération physique, la perte de l'élasticité. Par conséquent, dans cette première phase commence et s'achève la perte de l'élasticité des artères ;'et vers la fin de cette phase, à la suite de cette perte de l'élasticité, commence nécessairement celle de la contractilité ; c'est-à-dire que les muscles vasculaircs perdent eux aussi une partie de leur activité fonctionnelle, et
11 en résulte nécessairement une tendance à la congestion.
Or, l'organe qui va être le premier congestionné sera le poumon, par des raisons qui seront développées plus tard, mais quo je vais exposer maintenant en quelques mots. C'est que, la lésion étant ordinairement au cœur gauche, les veines pulmonaires d'abord, puis l'artère pulmonaire se trouvent compromises par le trouble de la circulation du cœur gauche ; d'où il suit que le poumon est le premier organe qui s'engorge. Mais un poumon ne peut être continuellement engorgé, au moins dans sa partie la plus déclive, sans que la fonction de l'hématose soit compromise; de façon qu'une nouvelle phase apparaît, la phase des accidents chimiques, ou phase des troubles de l'oxygénation du sang. Et comme le sang est moinsbien oxygéné, parle l'ail do la lésion du cœur, l'individu est déjà maléflcié dans son organisme; niais comme l'anémie porto sur tous les organes et par suile sur les centres nerveux, il en résulte que ces centres envoient à tous les organes un influx nerveux de moindre qualité, et que par