‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 46 sur 287 · LÉSION DU COEUR PAR LÉSION AORTIQUE · texte numérisé non relu

LÉSION DU COEUR PAR LÉSION AORTIQUE

persistance, me semble avoir été plus ou moins directement liée aux troubles de l'innervation du cœur, troubles symptomatiques eux-mêmes de la lésion du plexus cardiaque au voisinage de la lésion aortique; mais ces troubles de l'innervation du cœur seront l'objet d'une étude plus approfondie quand je m'occuperai spécialement de l'insuffisance aortique (I). Je voulais ici insister seulement sur l'insomnie dans les maladies du cœur ; cet épiphénomène n'ayant guère été signalé, et me paraissant avoir une grave signification.

La seule chose que je veuille ajouter, c'est que ce malade, comme celui du n° I , avait une insuffisance aortique avec lésions profondes de l'aorte.

Cela dit, j'arrive à l'autopsie de notre n° 1. Nous y trouvâmes les lésions cardiaques diagnostiquées : une triple insuffisance valvulaire : sigmoïde, mitrale et triglochine.

Voici les pièces, et je ne vous en signalerai que les particularités les plus intéressantes. Ce qu'il y avait de plus remarquable d'abord, c'est que c'était une endartérite généralisée de l'aorte qui avait donné naissance à la maladie du cœur.

En effet, l'aorte était profondément altérée ; les lésions dont elle était le siège en avaient produit la dilatation; celle-ci avait entraîné la dilatation de l'orifice cardio-aortique et par suite l'insuffisance aortique, laquelle avait ultérieurement provoqué les insuffisances mitrale et triglochine.

Les lésions de l'aorte consistaient en plaques athéromateuses et surtout calcaires, dont les plus larges et les plus profondes se voient à l'origine même de l'aorte, à la courbure de sa crosse et à l'origine du tronc brachio-céphalique, ainsi que de la carotide primitive gauche (v2). Quelques-unes de ces plaques s'exfolient en larges écailles, laissant à nu la tunique 'celluleuse épaissie. Les artères coronaires, dont les orifices sont ossifiés, sont également parsemées de plaques athéromato-calcaires. L'aorte est très dilatée, bosselée et sacciforme en certains points.

(1) Voir, plus loin, la VIII0 leçon.

(2) Voir, pour le lieu d élection des lésions du système artériel, dont ce. fait est un exemple et une vérification, la leçon XV, sur V Endarlërile.

Le cœur est très volumineux. Son tissu musculaire est d'un rouge assez vif. Au microscope, la sLrialion en est moins nette en certains points où se voient des granulations. Ses cavités sont dilatées et remplies des caillots noirs de l'asphyxie.

11 y a : 1° une insuffisance sigmoïde produite par élargissement de l'anneau aortique et par un léger ratatinement athéromatocalcaire des valvules sigmoïdes; 2° une insuffisance mitrale par dilatation de l'orifice ; les lames valvulaires présentent quelques plaques athéromateuses sans ratatinement manifeste ; 3° une insuffisance triglochine également par dilatation de l'orifice ; les lames valvulaires sont saines.

Maintenant, vous vous rappelez que, le dernier jour de la vie du malade, j'avais noté très exactement le point de la paroi thoracique où s'entendait maximum le souffle du premier temps et que j'avais marqué ce point au nitrate d'argent. Eh bien, par ce point, qui était resté ainsi marqué après la mort, j'ai fait pénétrer profondément une brochette de fer, et vous voyez, d'abord, que cette brochette a traversé le ventricule gauche à sa partie moyenne et non pas à sa pointe ; vous voyez ensuite que la tige métallique s'ést engagée à travers les lames des valvules mitrale et triglochine.

C'est là un résultat constant de cette expérience, que j'ai faite pour la première fois en 1SG3, à l'Hôtel-Dieu, alors que j'étais chef de clinique de Trousseau ; toujours, au cas de souffle d'insuffisance mitrale, la brochette, enfoncée au point où ce souffle s'entendait maximum, traverse les lames de la valvule quelquefois à leur point môme d'implantation, plus souvent à leur partie moyenne ; d'autres fois cette pointe s'engage au milieu de leurs cordages tendineux. Il s'ensuit que le souffle de l'insuffisance mitrale ne s'entend pas maximum à la pointe du cœur, comme on vous le dit à tort clans vos livres classiques, mais à la partie moyenne du ventricule, c'est-à-dire en réalité dans la zone valvulaire, là où il se produit; de sorte qu'ici l'expérience esl d'accord avec la théorie : on ne comprend guère, en effet, qu'un bruit qui se fait à la partie moyenne du cœur se perçoive plus intense à la pointe, loin de son lieu de production. Pour éviter foule erreur de langage. et toute discussion puérile de mots, je dis que

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