CAUSES ET PRONOSTIC
maladies du cœur (1), pour entrer dans la phase des troubles chimiques résultant des accidents fonctionnels. Ainsi la maladie du cœur, déjà sérieuse, va devenir ici plus sérieuse encore, et vous voyez que le pronostic se déduit de la notion d'étiologie.
C'est qu'en effet, pour instituer le pronostic d'une maladie du cœur, il importe de tenir grand compte de son origine. A ce sujet, il me faut faire une assez longue digression.
Les affections organiques du cœur sont surtout produites par la vieillesse, l'alcoolisme, le rhumatisme et la goutte ; après quoi vient la syphilis. Ce n'est pas ainsi qu'on groupe habituellement les causes de ces affections du cœur ; et si je place en tête la vieillesse, ce n'est pas seulement parce que cela est vrai, mais parce que cela rend bien compte de l'action pathogénique de l'alcoolisme, de la goutte et du rhumatisme. Vous allez voir, en effet, comment ces causes, en apparence si dissemblables, néanmoins, par des procédés analogues, arrivent à des effets presque identiques.
L'organisme vivant est doué d'une force de réparation spontanée ; ce qui se répare le mieux en lui est ce qui est le mieux organisé, c'est-à-dire ce qui est le plus vivant, le plus différent de la matière inorganique ; et, réciproquement, ce qui est le moins bien organisé est aussi ce qui se répare le moins bien.
Pour cette raison, les tissus épithéliaux s'usent le plus vite et meurent le plus tôt: ainsi, par la suite même des ans, les cheveux blanchissent d'abord, puis tombent, ou tombent même sans blanchir, précédés ou suivis dans leur chute par les dents, cet osléide si voisin des épithéliums. El, parce qu'il est général, ce phénomène cependant si remarquable de la mort par fragments n'étonne aucun de nous.
Or, la calvitie précoce est un accident fréquent chez les rhumatisants, accident qui les rapproche des vieillards, comme les rapproche d'autre part la fréquence de leurs altérations cardio vasculaires.
Comme les cheveux et les dents, les cornées transparentes, autre (I) Voir plus haut, leçon I, p. 8,
tissu épithélial, s'altèrent en s'infiltrant de matière grasse à leur périphérie, c'est là le cercle sénile.
Vous savez, en effet, par les recherches microscopiques de Caron, de His, d'Arnold et de Robin, que le gerontotoxon ou cercle sénile est constitué par des masses graisseuses, qui ont remplacé les cellules cornéennes ainsi que le tissu lamellaire (1).
Or, ce fait, analogue à celui qui s'accomplit dans l'endartère et y produit l'athérome, est prématurément observé chez certains goutteux.
Ainsi, j'ai vu ce cercle sénile, entre autres, chez deux individus, tous deux goutteux, l'un âgé de quarante-deux ans, l'autre de quarante-quatre ans, tous deux déjà presque complètement chauves ; et l'un d'eux, ayant des concrétions tophacées aux oreilles, est atteint d'un rétrécissement commençant de l'orifice aortique, caractérisé par un bruit de souffle, assez sec, à la base du cœur, et par du souffle aortique dans la région sternale supérieure jusque vers la deuxième articulation chondro -sternale droite, en même temps que par des sensations douloureuses rétro-sternales, symptomatiques d'une lésion de toutes les tuniques de l'aorte ascendante. Le pouls est déjà athéromateux.
Ainsi, le cercle sénile, la calvitie précoce, les altérations cardio-vasculaires, sont autant d'analogies qui rapprochent certains goutteux des vieillards.
Eh bien, pour en revenir au cœur, ce qui est ainsi frappé dans cet organe, c'est ce qui est épithélial, l'endocarde ; et ce qui est frappé dans l'endocarde, c'est ce qui est le plus fatigué, les orifices les valvules et leurs cordages (2). Ainsi, la lésion cardiaque d'origine sénile n'est rien de plus que l'usure de tissus bassement organisés, et dont les propriétés vitales, déjà faibles, tendent à s'amoindrir avec l'âge ; d'où la diminution parallèle et simultanée de la résistance à l'usure, et la production des athéromes ou des plaques calcaires dans l'appareil cardiaque des vieillards et par le fait de leur vieillesse.
(1) Voir Traité des maladies des yeux, de Galezowski, p 229.
A Voir plus loin, pour le développement de cette doctrine, les leçons sur rEndarlMte (leçons XV et XVI), celle sur le Rhumalwne (leçon \\ [II), et cellr; sur VEndocardile (leçon XIX •