‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 51 sur 287 · COEUR ET VIEILLESSE. 3ÎS · texte numérisé non relu

COEUR ET VIEILLESSE. 3ÎS

que la vieillesse seule doit être accusée d'avoir produit les altérations rencontrées.

Je vous ai dit tout à l'heure qu'on trouvait presque toujours, sinon toujours, des lésions du cœur chez les vieillards; cependant il faut distinguer entre ces lésions mêmes et les affections organiques du cœur, telles qu'on les comprend habituellement. La lésion ne devient une affection organique que lorsqu'elle est assez considérable pour troubler la fonction.

On trouve donc toujours, ou à peu près, soit des opacités, soit des plaques athéromateuses ou calcaires de l'endocarde; mais il est moins fréquent de trouver ces lésions tellement considérables qu'elles entraînent un rétrécissement d'orifice ou une insuffisance de valvule.

Ainsi, M. Durand-Fardel a rencontré 18 fois des altérations notables des valvules aortiques, dont 8 fois avec des ossifications, et il ne cite que 4 cas de rétrécissement dû à ces lésions. De même il a noté 12 cas d'altération de la valvule mitrale, présentant simultanément de l'athérome et des ossifications, et il ne mentionne que 3 cas de rétrécissement avec insuffisance dû à ces mêmes lésions.

De mon côté, j'ai toujours trouvé des lésions cardio-vasculaires dans mes autopsies de vieillards, et beaucoup moins souvent des rétrécissements ou des insuffisances. Nous verrons tout à l'heure que les signes qui. révèlent ces affections pendant la vie sont moins marqués chez le vieillard que chez l'individu plus jeune, pourquoi ils le sont moins, et le point précis où il faut les aller rechercher.

Tous les observateurs sont d'accord pour signaler Yorifœe et les valvules aortiques comme étant plus fréquemment lésés dans la vieillesse que l'orifice auriculo-ventriculaire gauche ou la valvule mitrale. Et rien n'est plus vrai. Ce résultat se conçoit par ce fait que les valvules sigmoïdes de l'aorte et l'orifice aortique ne sont pas seulement frappés en tant que faisant partie de l'appareil cardiaque, mais en tant que faisant partie de l'appareil aortique ; c'est-à-dire qu'aux lésions d'origine cardiaque, et qui leur sont communes avec la valvule mitrale, s'ajoutent, pour les valvules aortiques, les lésions d'origine artérielle. Cependant il est un

point de la valvule mitrale que j'ai toujours trouvé lésé, et dont on ne recherche peut-ôtre pas suffisamment la lésion : c'est l'angle de jonction de la lame antérieure de la valvule mitrale avec La paroi ventriculaire, au point où cette lame se continue avec la valvule sigmoïde la plus voisine; c'est pour rappeler ces détails que j'appelle cet angle sinus mitro-sigmoïdien. En ce point, où s'arrête le doigt introduit dans le cœur par sa pointe, l'ondée sanguine vient nécessairement se briser, et le choc qui en doit résulter pour le sinus doit être pour celui-ci une cause de fatigue, d'usure plus grande, et finalement de dégénérescence athéromateuse ou calcaire.

Je viens de vous dire que les signes révélateurs des affections cardiaques pendant la vie étaient moins prononcés chez le vieillard que chez l'individu plus jeune ; et il en est ainsi, d'ailleurs, des sensations personnelles ou signes subjectifs que peuvent produire ces lésions, comme aussi des troubles fonctionnels qui en résultent. Eh bien, tout cela dérive de la vieillesse même de l'organe et de celle de l'organisme.

Parce que le cœur est vieux, et bien qu'il soit hypertrophié, l'ondée qu'il lance est faiblement lancée et se heurte moins violemment que chez l'adulte vigoureux contre l'obstacle à son parcours : d'où la faiblesse possible et réelle des bruits de souffle chez le vieillard.

Et cependant cherchez bien ces souffles chez un sujet âgé dont le pouls présente des intermittences, et vous finirez habituellement par les découvrir à la base du cœur, où cela offre ordinairement moins de difficulté que vers la pointe : aussi les bruits de l'insuffisance mitrale sont-ils souvent méconnus. Mais là où j'ai le plus fréquemment perçu les bruits de souffle au premier temps chez les vieillards, c'est exactement au quatrième espace intercostal gauche, au voisinage de la jonction du cinquième cartilage costal et du sternum. Or, en enfonçant une brochette de bois en ce point, comme je l'ai fait devant vous, j'ai constaté qu'il correspondait (pour un cœur dont l'hypertrophie trop considérable n'avait pas modifié les rapports, ainsi que je vous le dirai plus tard), qu'il correspondait, dis-je, au sinus mitro-sigmoïdien (à 8 millimétrés de l'orifice aortique et un peu au-dessus

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