‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 52 sur 287 · COEUR ET VIEILLESSE. A · texte numérisé non relu

COEUR ET VIEILLESSE. A

du bord libre do La valvule mitrale, juste au point où elle se continue avec la valvule sigmoïde voisine) ; et comme ce sinus était alors rétréci et induré par des plaques calcaires, je me suis demandé si le souffle perçu en ce point n'était pas l'indice de cette lésion, qui serait une espèce de rétrécissement sous-aortique ou sous-siymoïdien ( I ).

J'ajoute que, si le cœur est hypertrophié, néanmoins il est en voie de dégénérescence graisseuse ou granulo-graisseuse, et sa vigueur en est amoindrie d'autant : de sorte que l'hypertrophie est, ici comme ailleurs, loin d'être compensatrice (2). D'ailleurs, par suite même de cet état graisseux, les contractions du cœur sont moins énergiques et ne soulèvent pas la paroi, thoracique comme le feraient celles d'un cœur hypertrophié au môme degré, mais dont la fibre serait restée saine. De sorte que ce signe de l'hypertrophie du cœur, l'ébranlement de la paroi thoracique, fait habituellement défaut chez le vieillard.

Parce que l'organisme est vieux et que les sensations y sont plus obtuses, les palpitations, ce symptôme si pénible des affections du cœur, ou ne se produisent pas, ou ne sont pas ressenties. Ainsi, j'ai vu des vieillards atteints des affections cardiaques les plus nettement caractérisées, avec désordre tumultueux des pulsations artérielles, nier toute espèce de palpitation ; et, en effet, leur paroi thoracique était mollement soulevée par les contractions de leur cœur malade.

Et c'est probablement parce que leurs sensations sont obtuses, que j'ai également vu des vieillards n'avoir conscience ni de l'intermittence de leur pouls, ni de la suspension momentanée des contractions cardiaques, véritables faux pas du cœur, qui déterminent une si notable angoisse dans l'état normal de la vie et que signalent si bien les adultes vigoureux.

C'est encore parce que l'organisme est vieux et que les besoins y sont moins impérieux, que les troubles fonctionnels et géné-

(1) Avant moi, mais a mon insu, M. Vulpian a signale'' ce rétrécissement qu'il appelle rétrécissement sous-aortique (voir les communications faites à la Sociélé de biologie par M. Liouville : Gazelle médicale, 18C9). Seulement, je no crois pas que le savant professeur ait indiqué, comme je le fais ici, le signo clinique de cette lésion anatomique.

(2) Voir, sur l'hypertrophie dite compensatrice, les leçons VII et VIII,

raux des affections cardiaques y sont beaucoup moins marqués. Le vieillard marche à pas lents, et c'est aussi « à pas lents » que se font ses mouvements organiques, que marchent ses poumons, son foie, ses reins et le reste de ses viscères. De sorte que, si faible que soit l'offre faite à l'organisme par le cœur malade, comme la demande de l'organisme au cœur s'y fait presque aussi petite, c'est très lentement et presque inconsciemment que s'effectuent ces engorgements viscéraux, si rapides parfois et toujours si périlleux chez l'adulte. Cependant cherchez bien à la base du thorax et en arrière, et vous percevrez chez ces vieillards des râles fins, indice d'une congestion œdémateuse permanente, démontrant que le quart ou le tiers postérieur des poumons est désormais perdu pour l'hématose; examinez les malléoles, et vous les trouverez œdémateuses.

Ainsi, en résumé, les maladies du cœur, si fréquentes dans la vieillesse, y sont souvent méconnues en raison : 1° de la faiblesse des signes, due à la faiblesse des contractions du cœur ; 2° de la faiblesse des symptômes, due à la faiblesse des sensations ; 3° de la faiblesse des troubles généraux, due à la faible demande de l'organisme. — Notre malade du n° 28 de la salle Saint-Paul en est précisément un exemple.

II ne faudrait pas cependant que vous crussiez que les affections du cœur n'entraînent pas chez les vieillards de congestions viscérales multiples; quand les lésions cardiaques y sont suffisamment intenses, ces congestions apparaissent également, mais plus lentement que chez l'adulte.

Les désordres que la vieillesse produit dans le cœur par une usure naturelle et lente, Yalcoolisme les produit plus promptcment par une usure artificielle et rapide ; l'alcoolisme n'étant au fond qu'une sénilité anticipée, avec son tremblement, ses athéromes et son altération générale de l'organisme (I).

Budd a signalé la fréquence des maladies du cœur chez les buveurs ; et vous avez pu voir, par nos nombreuses autopsies

(1) Dans une discussion sur l'alcoolisme à l'Académie de médecine, M. Gosselin a dit qu'il produisait une sénilité précoce, et Uéhier que ses lésions étaient une sléatose généralisée.

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