COEUR ET IVROGNERIE
d'ivrognes, que leur cœur est toujours frappé, et le plus gravement d'habitude, comme chez les vieillards, à l'orifice et aux valvules aortiques. Quant à la fréquence de l'endartérite, généralisée à tout le système aortiquo et le plus intense dès la naissance de l'aorte, vous avez pu voir aussi combien elle est grande par les nombreux exemples que je vous en ai montrés; le fait le plus remarquable a été celui du malade du n° I de la salle Saint-Paul, dont je vous ai entretenus longuement dans ma seconde leçon.
A côté de l'alcoolisme, je signalerai le tabagisme, ou dégradation organique par l'abus du tabac et surtout du tabac à fumer, qui produit les maladies du cœur et des gros vaisseaux, comme le fait l'alcoolisme, par un mécanisme à peu près identique et que je développerai plus tard (I).
La goutte, elle aussi, engendre les maladies du cœur, mais elle les engendre avec une moins grande fréquence que le rhumatisme et, par contre, produit plus fréquemment que lui les lésions vasculaires.
La syphilis constitutionnelle peut aussi frapper le cœur, mais la paroi musculaire plus souvent que l'endocarde. Cependant, celui-ci est loin d'être habituellement respecté. Ainsi, dans un cas observé par Virchow, et où il y avait une myocardite gommeuse du cœur droit et une myocardite simple du cœur gauche, on trouvait les deux muscles papillaires de la valvule mitrale presque complètement ratatinés et transformés en cordons durs et aplatis ; les fibres tendineuses étaient raccourcies et un peu épaissies. Sur presque toute l'étendue du ventricule, l'endocarde, d'un aspect terne, était épaissi, inégal, mamelonné (2).
Ainsi encore, chez un homme à l'autopsie duquel Lancereaux trouva des exostoses, une perforation des os du crâne, un foie parsemé de dépressions et de sillons cicatriciels, il existait en môme temps un épaississement semblable de la valvule tricuspide,
(1) Voir plus loin la leçon VI 11 sur {'Insuffisance aorlique el la leçon XXIV sur ['Angine de poitrine.
(2) Virchow, Syphilis constilulionnelle, p. 111.
HQ LES MALADIES DU COKUll.
perforée dans l'étendue de près d'un centimètre à sa partie moyenne ; les cordages tendineux aboutissant à cette valvule étaient atrophiés (l). Ces lésions cardiaques de la syphilis, pour Olrc rares, ne sauraient être révoquées en doute, et je crois qu'on les trouverait plus fréquentes, si l'on auscultait avec plus de soin les individus atteints de syphilis grave, et si l'on faisait attentivement les rares autopsies qui s'en présentent.
C'est ainsi que, d'analogie en analogie, nous arrivons à trouver une relation pathologique entre les différentes causes qui engendrent les maladies du cœur.
Ce que produisent chroniquement la vieillesse et l'alcoolisme, mais l'alcoolisme avec plus de rapidité et d'intensité que la vieillesse, le rhumatisme le produit d'une façon aiguB, en frappant surtout les tissus les moins vivants, les plus physiques, pour ainsi dire, ainsi que je vous l'expliquerai quand je vous parlerai plus spécialement du rhumatisme (2); et en frappant parmi ces tissus presque physiques les portions les plus fatiguées; par exemple, dans le cœur, cet appareil d'hydraulique, les valvules, et la valvule mitrale plus fréquemment et plus fortement que les valvules sigmoïdes, parce que l'ondée sanguine lancée par le ventricule s'en vient battre d'un choc plus considérable sur les lames de la valvule mitrale que ne le fait la colonne sanguine aortique sur les valvules sigmoïdes (cette colonne liquide ne pesant sur les valvules que par le fait de la réaction élastique de l'aorte, à coup sûr moins énergique que la contraction musculaire du ventricule); le rhumatisme frappant encore dans les articulations, ce système de leviers coudés, les jointures qui fonctionnent le plus ou supportent le plus grand poids.
Comme corollaire, la chorée, cette maladie dont M. G. Sée a si bien démontré la nature rhumatismale, peut être accompagnée d'endocardite, d'où la production ultérieure d'une affection organique du cœur, ainsi qu'il résulte des recherches très probantes de M. H. Roger.
De môme que je vous ai dit que la vieillesse et l'alcoolisme
(1) Lancereaux, Traité de la syphilis, p. 388.
(2) Voir plus loin la leçon XVIII sur le Rhumatisme,
L'UliUR ET MALADIES AIGUËS.
chronique, par un procédé qui se rapproche de celui de la vieillesse, produisent d'une façon nécessaire la décadence des tissus épithéliaux ; de même que je vous ai dit que le rhumatisme entraîne d'une façon aiguë et accidentelle des conséquences semblables chez des individus que leur faiblesse, originelle ou acquise, prédispose à ces lésions; ainsi, dans l'ordre des affections aiguës, générales et néanmoins tout accidentelles, je vous dirai que les fièvres éruplives, et en particulier la scarlatine (1), la fièvre typhoïde et la fièvre puerpérale, lorsqu'elles sont intenses, peuvent produire les affections du cœur.
En effet, parce qu'elles abaissent momentanément le niveau de la vitalité, ces fièvres frappent dans l'organisme ainsi déprimé les tissus épithéliaux, soit pendant la période d'état, en produisant l'endocardite ou lésion de l'épithélium cardiaque, soit pendant la convalescence, où l'individu semble un vieillard, en produisant la chute des cheveux, si fréquente à la suite de la dothiénentéric, do
(1) Il résulte du beau travail do MM. Desnos et Huchard (Union médicale 1870-1871-, et Des complications cardiaques dans la variole, Delahaye, 1871) que l'endocardite est fréquente dans la variole, surtout dans la variole discrète en corymbe. L'endocardite, varioleuse est ordinairement passagère et disparaît avec la maladie qui l'a engendrée ; cependant, par exception, lorsque la prolifération a été trop considérable, cette endocardite peut devenir le point de départ d'une maladie du cœur. La lésion consiste en un épaississement avec aspect louche et lactescent de la séreuse, prolifération des tissus conjunctif et épithélial au niveau des bords libres des valvules. 11 en résulte une insuffisance valvulaire se traduisant par un bruit de souffle qui ne doit pas être rapporté à l'état fébrile, car MM. Desnos et Huchard l'ont vu apparaître parfois dans la période apyrétique de la maladie.
Mais ce qui est bien autrement fréquent et plus grave dans la variole confluente, c'est la myocardile parenchymatcuse, qui fait peu à peu perdre au muscle cardiaque sa consistance, de façon qu'a un degré ultime la friabilité devient extrême et que le tissu musculaire se laisse aisément pénétrer par le doigt; l'aspect du muscle est terne, pale, ocreux, feuille-morte. A l'examen n.ioroscopique, on trouve à un premier degré que dans les fibres musculaires les strialions pâlissent d'abord, pour disparaîlre complètement; le faisceau musculaire prend un aspect trouble, devient opaque, se gonfle, puis est envahi par une série de granulations disposées plus ou moins régulièrement suivant l'axe longitudinal, comme des séries de perles. Au degré extrême, où les fibres ont perdu leur cohésion, celles-ci sont atrophiées pour la plupart; un grand nombre même peuvent avoir disparu, et l'on ne voit plus a leur place qu'une infiltration graisseuse généralisée.
Les signes les plus habituels comme les plus rationnels sont une diminution d'énergie dans les contractions du cœur: le choc précordial est moins sensible,
4a LES MAUDIES DU COEUR.
l'état puerpéral grave nu des fièvres éruptives, comme en général de toute maladie sérieuse et suffisamment prolongée, sans qu'on puisse invoquer, pour cette calvitie temporaire, les sueurs profuses de la tête. De part et d'autre, c'est donc un épitûélium qui est frappé ; seulement, l'altération de l'épithélium cardiaque est autrement redoutable que celle des produits épithéliaux du cuir chevelu. D'ailleurs, et comme fait fréquemment concomitant, on observe alors une sénilité momentanée de la voix, qui est cassée.
Ce sont là des faits presque constants, d'observation vulgaire, dont personne cependant ne songe à s'étonner, et où personne, que je sache, n'a vu les analogies que je signale, la décadence momentanée des tissus épitkéliaux.
Eh bien, si l'organisme n'est pas primitivement vigoureux ni l'organe valide, la réparation peut ne pas avoir lieu, et Yendocardite d'origine scarlatineuse, ou puerpérale (1), oudothiénentérique,
le pouls moins fort, et il ne tarde pas à se développer un souffle cardiaque, que MM. Desnos et Huchard ont rarement vu manquer et que, pour cette raison, ils considèrent comme un signe important de l'inflammation du myocarde. Ce souffle est doux.parce qu'il est dû a une insuffisance pure et s.mple de la valvule, dont les muscles papillaires sont devenus plus ou moins impuissante Ce souffle est en outre profond, diffus, transitoire et migrateur, à mesure que la lésion s'aggrave dans le cœur gauche et envahit le cœur droit. L'intensité du souffle peut être augmentée par une endocardite concomiUnlc. Elle décroit nécessairement à mesure que la dégénérescence des muscles augmente et se généralise, l'ondée sanguine n'étant plus lancée avec une suffisante énergie. Enfin le choc du cœur peut devenir à peine sensible et n'offrir plus au doigt qu'un frémissement indiqué par Lancisi sous le nom de tremblement
La myocardite est, suivant MM. Desnos et Huchard, nue des principales causes de mort subite dans la variole. Le plus ordinairement les malades succombent rapidement, en proie à des accidents cardiaques, pulmonaires ou
cérébraux. .. . , .,,„
(1) Voici, par exemple, un cas dans lequel une affection card.aque des plus
évidentes me semble être d'origine puerpérale.
M- Jennisson, âgée de soixante et onze ans, pensionnaire de liospioe de Larochefoucauld, vient le 20 mai 1870 me consulter pour des palpitions et do
^C'esfre "emme robuste, bien conservée, chez laquelle l'âge n'a pas encore fortement marqué sou empreinte. Cependant elle a un cercle semle c.rcumcornéen assez prononcé et une artère radiale assez dure : il es dono^rnsembltfble que son endarlèro csl lésé comme sa cornée transparente. A cela pres,