CŒUR ET MALADIES AIGUËS
peut ainsi devenir le point de départ d'une affection organique du cœur.
Tel a été le cas du jeune homme couché au n° 26 de la salle Saint-Paul et dont l'affection cardiaque a été engendrée par la scarlatine.
11 n'est pas douteux, d'ailleurs, que l'endocardite ne soit une conséquence fréquente de la scarlatine (les travaux modernes, et en particulier ceux très consciencieux du docteur Martineau, l'ont suffisamment démontré), de la fièvre puerpérale (cela résulte surtout des belles recherches de MM. Cornil et Ranvier) et de la fièvre typhoïde (je vous ai fréquemment fait entendre dans nos salles les souffles de l'endocardite chez les typhoïdes, et fait voir à l'amphithéâtre la prolifération épithéliale sur les valvules mitrale et sigmoïdes, à la suite et par le fait de la dothiénentérie).
Maintenant, il peut arriver que les affections cardiaques re-
l'aspect extérieur est. satisfaisant; les .dents sont assez bien conservées et les cheveux abondants encore.
Cette femme a des palpitations depuis longtemps ; mais l'essoufflement date de quelques mois seulement.
Je ne doute guère que tout cela ne résulte d'une maladie du cœur et j'ausculte aussitôt cet organe. Or voici ce que je constate : souffle rude, sec, au premier temps du cœur, perceptible dans toute la région précordiale, depuis la troisième articulation chondro-sternale gauche jusqu'à la région sous-mamolonnaire et tout le long du bord gauche, du sternum entre ces deux poinis extrêmes; ayant un maximum sus-mamelonnaire et un autre sous-mamelonnaire; de sorte qu'il n'est pas douteux que cette malade n'ait une lésion aortique, sous aortique et mitrale
Les battements du cœur sont précipités, irréguliers, tumultueux; il y a un faux pas du cœur toutes les huit ou dix pulsations. Le pouls est dur, irrégulier, petit.
L'âge n'est pas assez avancé pour que l'on puisse rattacher cotte affection du cœur à la seule vieillesse. D'ailleurs, la bonne conservation générale ne permet guère de croire à une sénilité anticipée, et portant plus spécialement sur le cœur. Il n'y a jamais eu d'attaque de rhumatisme ni de goutte; mais, à une deuxième couche, cette femme a eu une péritonite puerpérale très aiguë et d'une intensité telle que les accidents consécutifs ont duré trois mois avec fièvre persistante pendant tout ce temps.
Eh bien, si l'on songe, d'une part, que la vieillesse, l'alcoolisme, le rhumatisme et la goutte doivent être mis ici hors de cause; si l'on veut bien se rappeler, d'autre part, que la fièvre puerpérale intense peut engendrer une endocardite et une endartérite aiguës, avec proliférations épithéliales très considérables surtout sur les valvules du cœur; qu'ici les accidents puerpéraux
M LES MALADIES DU COBUll.
tiennent de leur origine spéciale certaine particularité de forme ou de lésion. Mais je m'occupe surtout de la genèse générale de ces affections, ainsi que des analogies par lesquelles les processus pathogéniques se ressemblent.
Ainsi, pour l'indiquer rapidement, les maladies du cœur dues à la seule vieillesse sont beaucoup plus fréquentes à l'orifice aortique, où elles font ordinairement partie d'une dégénérescence générale cardio-aortique ; de plus, le cœur est surchargé de graisse à sa base, dans le sillon des artères coronaires et à sa pointe, (j'ai vu la surcharge de graisse être telle alors que la partie antérieure du ventricule droit était formée de quatre cinquièmes de graisse et d'un cinquième de muscle) ; il y a infiltration de graisse entre les faisceaux et les fibres musculaires, et dégénérescence granulo-graisseuse de celles-ci, qui prennent la teinte de la feuille morte ou de la terre glaise ; à la pointe, la substitution delà graisse au muscle est telle, que parfois le muscle a presque
ont été intenses et prolongés, de telle sorte que les produits de l'endocar lite puerpérale ont pu n'être pas caducs, mais rester persistants, on ne peut guère douter que la fièvre puerpérale n'ait éLé la cause de l'affection cardiaque actuelle.
Ouant à cette endocardite puerpérale, elle a été signalée pour la première lois peut-être par Simpson en Angleterre, vers 1854. Elle a été étudiée eu 1856 par Virchow; en 1857, de Lotz a étudié la coïncidence de l'endocardite avec l'élat puerpéral. Depuis lors, le fait est devenu classique : Grisolle parle de l'endocardite puerpérale dans son livre; Martineau, dans sa thèse de concours, y consacre un chapitre spécial; moi-même,j'en ai cité un bel exemple, en 1807, îi la Société de médecine des hôpitaux, dans la discussion sur le rhumatisme blennorrhagique (Union médicale, 25 janvier 1867, n° 12). En 1868, dans ses leçons de l'Hôtel-Dieu, et en 1869, dans VUnion médicale, Bucquoy, après avoir parlé de l'endocardile puerpérale, ajoute que « souvent des affections du cœur ne reconnaissent pas d'aulre cause que des grossesses répétées» {Union médicale 1869, n<> 10). C'est en cette même année 1869 que j'ai fait à la Pitié celle lecon'où j'indique l'endocardite puerpérale comme cause possible de maladie organique du cœur, ainsi que les autres endocardites secondaires, scarlatineuse ou typhoïde. Mais, dès le mois de décembre 1868, M. Auguste Oliver lisait à la Société de biologie une note qui n'a été publiée qu'en 1870 dans la Gazelle médicale fn° 7, du 12 février), noie intitulée : Sur une cause peu connue des maladies organiques du cœur et sur la palhogénie de Vhémiplégie puerpera.c, el où mon collègue insiste spécialement sur l'influence patttogéniquo de 1 endocardite aiguë ou subaiguë de l'état puerpéral dans le développemenl d une maladie organique du cœur. Ainsi l'opinion que j'ai émise dans celte leçon, et à laquelle j'avais été conduit par les analogies morbides, est loin d elre aventurée,