‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 63 sur 287 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

Affections du cœur et tuberculisation pulmonaire. — Raison matérielle

d'un antagonisme qui n'a rien d'absolu.

Troubles le l'hématose ou troubles de la seconde période des affections du

cœur; lésions secondaires et successives dans la circulation de l'hemalose,

puis dans les organes respiratoires. — Dyspnée et anémie cardiaques. —

Cercle séwle et dégénérescence granulo-graisseuse.

Messie mis,

Vous m'avez vu m'arrêter assez longtemps aujourd'hui auprès de la malade couchée au n° lu delà salle Saint- Charles, et qui est atteinte d'une affection du cœur. Mais ce qui m'arrêtait ainsi, ce n'est pas cette affection par trop évidente, c'est un ensemble de troubles très insolites du côté des voies respiratoires.

S'il est une chose assez rare, c'est l'existence simultanée d'une affection du cœur et de la luberculisation pulmonaire. Pourquoi cet antagonisme dont les faits démontrent l'évidence? En entravant l'hématose, la maladie du cœur entraîne une déchéance organique et devrait ainsi prédisposer l'être à se tuberculiser. Et cependant il n'en est rien. La raison en est bien simple.

D'abord, et une fois pour ton Les, il faut vous dire que les maladies ne sont pas antagonistes comme le seraient des ennemis qui se repoussent. Cette conception ontologique de maladies qui ne sauraient vivre ensemble chez le même individu ne serait pas seulement ridicule, elle serait erronée. Seulement, il arrive que telle affection s'oppose matériellement au développement et à l'apparition de telle autre; c'est ce qui a lieu pour les maladies du cœur par rapport à la tuberculisation pulmonaire, et en ce sens il n'y a pas un antagonisme fondamental et par antipathie, lequel n'existe guère, mais un antagonisme subordonné à certaines conditions matérielles, et qui n'a rien d'absolu.

Voyons donc maintenant s'il est possible de comprendre la

raison palhogénique de cet antagonisme matériel entre lesaffections cardiaques et la tuberculisation pulmonaire.

Celle-ci, vous le savez, débute par les sommets. Et vous saurez bientôt, par tout ce que je vous ferai voir, que les sommets des poumons ne se tuberculisent ainsi, de préférence, que parce qu'ils sont la partie la moins fonctionnante d'un organe que la pauvreté de sa structure et de sa vitalité prédispose entre tous à la déviation tuberculeuse (1). Or, chez les sujets atteints d'affection du cœur, il se fait habituellement vers les bases pulmonaires des congestions passives qui, gênant ou supprimant l'hématose en ces points, forcent les parties supérieures des poumons à fonctionner avec une énergie compensatrice, c'est-à-dire mettent ces • parties des poumons dans les conditions de fonctionnement préservatrices delà tuberculose, ou, en tout cas, peu propices àlson développement. Telle est également la raison pour laquelle les asthmatiques sont si rarement tuberculeux. Telle encore celle qui préserve de tuberculisation un grand nombre ^emphysémateux (2).

Gela dit en général, voyons donc ce que notre malade du n° \ 0 offre de particulier.

Au sommet de la poitrine, à droite et en avant, il y a un peu d'obscurité du son à la percussion, ainsi que de la douleur à la pression ; en arrière, on trouve de la submatité. A gauche, en avant comme en arrière, il y a de la matité et de la douleur à la pression.

Enfin, et la malade est très explicite sur ce point, elle souffre de ses deux sommets depuis six mois.

A droite, et en avant, la respiration est faible ; en arrière, il y a du souffle et de la bronchophonie (mais c'est là qu'est la grosse bronche). A gauche, et en avant, la respiration est un peu saccadée; en arrière, elle est soufflante. Nulle part, d'ailleurs, on n'entend de craquements.

Tous ces signes sont isolément assez peu démonstratifs; mais leur ensemble a quelque signification; ils ne s'observent qu'au

(O Voit- t. II, leçon XLVI, Quels tissus et quels organes se tuberculisent. 2 Voir t. II, leçon XLVIII, les maladies du cœur, Vaslhme et 1 emphysème pulmonaire dans leurs rapports avec la tuberculisation du poumon.

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