HYPÉRÉMIES ET LEURS CONSÉQUENCES
l'autopsie une grave altération du foie, la cirrhose des affections du cœur. EL, en effet, à l'ouverture du corps, qui eut lieu un mois plus tard, indépendamment de l'insuffisance mitrale, sans rétrécissement, produite par « une collerette de petites excroissances autour du bord libre de la valvule auriculo-ventriculaire gauche », on trouva « le foie très petit, déformé, ratatiné, grenu, mamelonné à sa surface, blanc grisâtre et induré. A l'incision, l'organe présentait l'aspect du foie muscade type. »
Après le foie se prend l'appareil gastro-intestinal ; la veine porte étant dépourvue de valvules, la stase sanguine y est chose facile. Puis vient l'hypérémie rénale.
Les extrémités inférieures ne sont pas seulement les plus éloignées du centre d'impulsion, elles sont le point le plus déclive du corps, celui où la pesanteur exerce le plus fortement son action mécanique. Aussi les engorgements de la partie inférieure de la jambe et des malléoles, avec coloration violacée de la peau, dilatation variqueuse des veinules, érythème chronique, ecchymoses, pigmentation par dépôt d'hématine, sont-ils habituellement observés à un moment donné des maladies du cœur. Et cela plus fréquemment et plus tôt aux points que j'ai indiqués qu'aux orteils, qui sont cependant plus déclives et plus éloignés du cœur ; la raison de cette immunité relative et temporaire tient probablement à l'aide qu'apportent à la circulation veineuse la contraction des muscles du pied et les mouvements habituels de la région.
A proprement parler, tout organe est à l'extrémité de la circulation artérielle, c'est-à-dire que cette circulation y est complète et s'y termine, et l'on peut concevoir l'ensemble organique comme sillonné par des cercles vasculaires superposés et de plus en plus excentriques par rapport au cœur; or, de tous les organes, celui où la circulation est le plus excentrique est la peau. Aussi la peau manifeste-t-elle assez vite et assez fortement la gêne circulatoire dans le cœur droit. Le fait se produit en des lieux d'élection, qui sont les parties saillante*, c'est-à-dire celles qui offrent au milieu ambiant une plus large surface pour une moindre épaisseur et qui sont en môme temps dépourvues de plans musculaires sous-jacents, capables d'y entretenir ou d'y
activer la calorifïcation et la circulation languissantes. Ces parties saillantes sont l'extrémité des orteils, des doigts, du nez, le pourtour des oreilles, qui sont froids et dont la peau est violacée ou exsangue; les joues, dont les pommettes sont sillonnées de veinules ou d'artérioles dilatées et tortueuses ; les lèvres, qui sont habituellement purpurines. 11 en résulte une coloration et un aspect particuliers et caractéristiques du visage, qui suffisent à trahir l'affection cardiaque à la phase de retentissement sur le cœur droit ; et cela bien avant que la coloration violacée des lèvres indique enfin l'asphyxie.
Vous pouvez observer tous les faits que je vous signale chez les malades des n°s 17 et 30 de la salle Saint-Charles, 7 et 37 de la salle Saint-Paul. Recherchez donc avec soin le refroidissement et la gêne circulatoire aux points dont je vous parle; car ils indiquent la lésion déjà très prononcée du cœur droit.
Le cerveau est l'organe qui s'hypérémie le dernier — et vous en devinez aisément la raison : il est situé à l'extrémité supérieure du corps, de sorte que la circulation veineuse s'y fait dans le sens de la pesanteur, c'est-à-dire en toute facilité. Aussi les lésions et les troubles cérébraux sont-ils les plus tardifs de tous. Par exemple, ils manquent chez notre malade du n° 20 de la salle des hommes malgré son hypérémie hépatique considérable, chez notre malade du n° 35 de la même salle malgré son hypérémie hépatique et rénale; ils ont longtemps manqué chez notre malade du n° 30 de la salle des femmes, malgré ses hypérémies multiples et ses hydropisies. Aussi, enfin, quand apparaissent ces troubles et ces lésions, le péril est-il grand, à peu près irrémédiable, et le malade est-il arrivé à la période la plus extrême de son affection. C'est ce que je vous ai dit, dans ma Y* leçon, en vous parlant des accidents cérébraux dans les maladies du
' Les conséquences fonctionnelles que je vous ai déjà indiquées pour le foie, les extrémités saillantes et le cerveau, sont, pour l'appareil gastro-intestinal, une anorexie que rien ne peut vaincre'et de la dyspepsie : les malades éprouvent de la pesanteur à l'estomac, une sensation de barre, avec irradiations douloureuses variées, des coliques, de la constipation ou de la diarrhée pal