INSUFFISANCE AORTIQUE ET LÉSIONS DE L'AORTE
Insuffisance aorliquo avec lésions de l'aorte ; c'est de beaucoup le cas le plus habituel.
Ces lésions de l'aorte sont la dégénérescence aihéromateuse ou calcaire — laquelle peut entraîner la déformation du vaisseau et même Vanévrysme aortique — dégénérescence, déformation et anévrysme qui ne sont que les effets consécutifs et successifs d'un seul et môme travail morbide, V inflammation, de proche en proche, de toutes les tuniques de l'aorte.
Il est donc assez peu exact de dire que ces lésions sont des complications de l'insuffisance aortique : puisque la maladie des valvules du vaisseau n'est, comme celle de la paroi interne, que l'effet d'une seule et même chose, Yaortite.
Ce qui en est la complication, ce sont les troubles de voisinage, tels que les douleurs rétro-sternales et Y angine de poitrine, par irradiation au plexus cardiaque; telles encore sont les lésions de nutrition de divers organes par troubles de la circulation interstitielle, résultant de la généralisation de l'altération athéromateuse ou calcaire à tout le système artériel.
En effet, rien n'est plus fréquent, ni plus naturel, que la lésion simultanée de l'endartère dans toute l'étendue du système de l'aorte ; lésion le plus habituelle et le plus grave en des points que je vous indiquerai avec plus de précision, en vous parlant de Yendarlérite, mais que je me contente de signaler seulemen t ici, et qui sont : les points où l'artère est le plus volumineuse, où elle présente des courbures, où elle donne naissance à des branches, où elle subit des tiraillements (I).
Quant à cette généralisation de la lésion à tout le système de l'aorte, elle est la conséquence nécessaire d'une cause morbifique générale, frappant en tous ses points un môme tissu organique, l'endartère. Eh bien, ceLle cause morbifique générale, c'est la vieillesse, Yakoolùme ou la goutte. C'est à l'alcoolisme que nos deux malades des n'* 7 et 44 doivent leur maladie aortique. A ces causes, encore, j'ajouterai le tabagisme, dont les dégradations sont analogues à celles de l'alcoolisme.
Maintenant, vous voyez d'ici pourquoi les auteurs ont pu dire avec vérité que l'angine de poitrine était fréquente chez les vieilli) Voir, plus loin, la leçon XV.
lards et les goutteux; pourquoi ils ont dit avec une égale vérité que la goutte et l'alcoolisme prédisposaient à l'anévrysme de l'aorte. Mais ce qu'ils n'ont peut-être pas aussi bien saisi que vous le pouvez faire maintenant, à l'aide de la classification que je vous propose, c'est la raison palhogénique en vertu de laquelle l'angine de poitrine et l'anévrysme sont engendrés dans ces cas. Cette raison, c'est que la vieillesse, comme la goutte, comme l'alcoolisme, produisent d'abord Vendartériie, puis que celle-ci peut à son tour, et suivant l'intensité de la cause, l'idiosyncrasie de l'individu ou la faible résistance de son aorte, produire l'angine de poitrine ou l'anévrysme.
La classification que je vous soumets a encore cet avantage de vous conduire à des inductions pronostiques importantes : étant démontré que l'insuffisance aortique est d'origine alcoolique ou goutteuse ; que c'est, en ce cas, une maladie artérielle et non pas cardiaque ; que la maladie artérielle doit être généralisée ; qu'elle produit son maximum de lésion aux points d'embranchement ou de courbure ; vous devez songer au système artériel de l'encéphale, où ces conditions matérielles sont réalisées à un si haut degré, et en induire la lésion athéromateuse ou calcaire probable du polygone artériel de Willis, surtout au point de bifurcation de la carotide interne en communicante postérieure, cérébrale moyenne et cérébrale antérieure. Mais, comme une altération de cette nature entraîne habituellement des troubles de la nutrition, vous pourrez en induire le ramollissement ultérieur possible du cerveau ; ou bien encore, comme la rupture vasculaire est une conséquence également possible de cette altération du vaisseau, vous pourrez en redouter la possibilité d'une hémorrhagie future : c'est-à-dire que, dans l'une comme dans l'autre occurrence, le sujet est prédisposé à une attaque d'apoplexie. Ainsi, de proche en proche, l'insuffisance aortique vous a conduits à diagnostiquer une maladie de l'aorte, celle-ci à diagnostiquer une lésion généralisée à tout le système aortique, et cette lésion généralisée à pronostiquer une apoplexie cérébrale possible. Vous voyez maintenant pourquoi la vieillesse, ou l'alcoolisme, ou la goutte prédisposent à l'apoplexie, — c'est une simple affaire d'altération vasculaire;