‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 80 sur 287 · INSUFFISANCE AORTIQUE ET ANGINE DE POITRINE · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE AORTIQUE ET ANGINE DE POITRINE

Vous voyez ainsi combien l'hypertrophie ventriculaire gauche, qu'on observe toujours en pareil cas comme conséquence directe de la lésion aortique, et qu'on a accusée de produire l'apoplexie, est innocente de cet accident.

Il nous reste à chereber maintenant comment on peut connaître la maladie concomitante de l'aorte et la lésion simultanée de tout l'arbre aortique.

Vous aurez une première raison de croire que l'insuffisance aortique est accompagnée d'une maladie de l'aorte quand vous constaterez l'existence de la douleur rélro-stemale. Cette douleur, que mon collègue M. Bucquoy a signalée dans le cas de lésion de l'orifice aortique, et qu'il a très justement rapportée au voisinage du plexus cardiaque, ne tient pas à la lésion de l'orifice du cœur, mais résulte d'une altération concomitante de l'aorte. Elle est vraisemblablement due à la propagation du travail morbide aux filets nerveux que cette artère suppprte.

A plus forte raison devez-vous croire à la lésion de l'aorte et la rechercher avec soin quand, chez un individu atteint d'insuffisance aortique, la douleur rétro-sternaïe prendra les proportions del'angine de poitrine, cetLe névrose n'étant, dans ce cas, que l'exagération du rayonnement morbifique de l'aorte au plexus nerveux circonvoisin.

La coexistence de l'angine de poitrine avec l'insuffisance aortique n'est pas douteuse, et la corrélation causale de celle-ci avec celle-là ne l'est pas davantage. Stokes en mentionne un fort bel exemple à la page 220 de son Traité des maladies du cœur et de l'aorte (traduction de Sénac). Il s'agit d'un jeune homme de vingt-neuf ans qui avait des attaques d'angine de poitrine depuis plus de dix ans! 11 était atteint d'une insuffisance aortique avec hypertrophie considérable du ventricule gauche. Les signes stéthoscopiques étaient les suivants : « En appliquant l'oreille contre le thorax, on percevait une sensation comparable à celle que donnerait un choc sur une vessie pleine de liquide; ce choc s'accompagnait d'un bruit particulier analogue à celui que l'on produit après avoir fermé le méat auriculaire par l'application et la pression du doigt sur le tragus, et qu'on cesse brusquement cette compression; ce bruit se terminait par un bruit de souffle assourdi

Le deuxième bruit du cœur s'accompagnait également d'une impulsion et d'un murmure; mais celui-ci était bien plus net et bien plus bref que le murmure systolique. » En d'autres termes, il y avait un bruit de souffle aux deux temps du cœur; le second bruit était plus intense que le premier ; c'est-à-dire qu'il y avait, classiquement, les signes d'un rétrécissement avec insuffisance aortique. Nous verrons tout à l'beure à quelles lésions correspondaient ces signes.

« Ce malade éprouvait des attaques d'angine de poitrine accompagnées d'accidents et de souffrances qui atteignaient un degré d'intensité extrême.

« Les accès étaient précédés d'un malaise nerveux général ; les palpitations augmentaient jusqu'à devenir tumultueuses; en môme temps les membres supérieurs et inférieurs devenaient douloureux du baut en bas, et il survenait une sensation de lassitude qui faisait désirer au malade de s'asseoir, ce qu'il n'osait faire, dans la crainte de déterminer l'explosion de l'accès. Après un temps variable entre deux et trois heures, pendant lequel on cherchait en vain à l'empêcher, le paroxysme débutait franchement par une sensation de constriction stemale ; il semblait qu'on rapprochât avec force le sternum de la colonne vertébrale, et qu'on arrachât le cœur de la poitrine. A mesure que l'accès marchait, les douleurs gravatives des membres supérieurs étaient remplacées par des douleurs comparées par le malade à celles que produiraient des fils de fer chauffés au rouge et appliqués sur tout le trajet des nerfs cubitaux ; le cœur battait avec une violence extraordinaire, au point d'ébranler le corps entier. Les carotides soulevaient avec force les téguments, et l'on pouvait suivre à la superficie du corps le trajet de toutes les branches artérielles. A chaque battement du cœur, le corps du malade tout entier semblait offrir une expansion générale, comme eût pu le faire un vaste anévrysme.

« Le malade, pour obtenir quelque soulagement, renversait habituellement la tête en arrière, et plaçait la colonne vertébrale dans l'extension, comme dans l'opisthotonos ; les bras, étendus d'abord en bas, étaient ensuite levés autantque possible au-dessus de la tète, afin de donner un point d'attache fixe aux muscles

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