‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 95 sur 287 · THÉORIE ET PRATIQUE · texte numérisé non relu

THÉORIE ET PRATIQUE

capillaire prend facilement, comme chez Mm0 F... et Mme H..., les proportions du catarrhe suffocant, avec ou sans hémoptysie: ainsi l'hypérémie passive des poumons résultant des conditions que j'ai indiquées (augmentation momentanée de la masse du sang, tension artérielle plus considérable, hypertrophie gravide du cœur et insuffisance mitrale préexistante), ainsi l'hypérémie passive prédispose aux bronchites, et, parce que la stase hypérémique est générale, la bronchite peut se généraliser facilement, rapidement, et devenir capillaire. Maintenant, que l'étendue et la gravité de cette bronchite s'exagèrent, ce sera le catarrhe suffocant; que des vaisseaux se rompent, et l'hémoptysie compliquera ce catarrhe. C'est là le péril imminent pour la femme grosse atteinte d'affection du cœur : nos observations le prouvent assez.

Mais ce ne sont pas seulement les poumons qui sont alors compromis, le cœur l'est également. Ce n'est pas impunément que ce cœur malade met en mouvement une masse plus considérable de liquide : sa fatigue s'en augmente, et ses lésions s'en aggravent. Ainsi les deux dames dont je viens de vous parler, et dont les grossesses furent si périlleuses, ignoraient avant celles-ci qu'elles eussent une maladie du cœur, tandis que, depuis lors, elles ne le savent que trop par leurs palpitations et leur dyspnée. Ainsi les intermittences du pouls et du cœur, chez la troisième malade, traduisent manifestement l'adynamie cardiaque commençante ; et les accidents de la troisième période des affections du cœur résultent en toute évidence, pour la quatrième malade, de l'excès de fonctionnement auquel a été soumis son cœur déjà profondémentlésé.

En résumé, la grossesse a pour effet nécessaire d'augmenter la masse du sang à mouvoir et, par suite, d'exiger un surcroît de travail du cœur or, cet effet est fâcheux pour un cœur malade. La grossesse a pour effet non moins nécessaire et subordonné, consécutif au premier, de produire une hypertrophie du cœur, nouvelle condition qui précipite les accidents de la deuxième période des affections du cœur (troubles de l'hématose) et accélère le passage de la seconde à la troisième période de ces affections (troubles de l'hématopoièse). Dans cette réciprocité morbide, la peter. — Clin. méd. 3» édit. T ,,o

19/i LUS MALADIES DU COEUR.

maladie du cœur trouble la grossesse el la grossesse aggrave la maladie du cœur.

A côté des faits que je signale, et qui ont été, je le répète à dessein, complètement méconnus par les auteurs de traités d'obstétrique, je peux en citer trois autres, où la grossesse a encore été, mais par un mécanisme différent, la cause d'accidents chez des femmes atteintes de maladie du cœur.

Ces cas ont été rapportés par le professeur Hecker (de Berlin) et par Putegnat (de Lunéville) . Les voici sommairement :

Le premier cas de Hecker est celui d'une femme de vingtquatre ans, arrivée au neuvième mois de sa grossesse, atteinte d'un léger rétrécissement (sténose) de l'orifice mitral et qui mourut subitement après avoir été pendant deux jours en proie à des symptômes de dyspnée qu'on attribua à un œdème aigu des poumons A l'autopsie, on constata en effet de l'œdème pulmonaire ; lésion qui, dit l'auteur, a été observée plusieurs fois dans la grossesse sans qu'on ait analysé le phénomène comme on verra qu il

l'a fait. r ,

Dans un second cas, il s'agit d'une jeune femme, également âgée de vingt-quatre ans et également au neuvième mois de sa grossesse. Trois semaines avant le terme, elle fut prise de suffocations et, pendant l'accouchement, elle eut une « accélération telle des battements du cœur, qu'on en pouvait craindre la cessation complète. » Après l'accouchement, qui eut lieu sans grands efforts, le pouls radial, presque imperceptible, battit, pendant huit jours, de 160 à 180 fois par minute; enfin la malade succomba, après avoir présenté de l'œdème des extrémités inférieures et de la face, k l'autopsie on trouva des concrétions mi traies et des végétations autour de l'orifice aortique. Les poumons étaient congestionnés, légèrement œdémateux à lu» base, et les tuyaux bronchiques pleins de mucosités sangm-

n°A Tsujet, l'auteur dit que les lésions valvulaires du cœur deviennent infiniment dangereuses pendant la grossesse : 1 ° parce que, mécaniquement, la capacité du thorax estredutte par Le fait seul de la distension de l'abdomen et le refoulement du d aphragme dans les derniers mois de la grossesse; 2° parce que les

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