THÉORIE ET PRATIQUE
efforts de l'acte de l'accouchement exigent un surcroît de travail de la part du cœur (1).
Le cas rapporté par Putegnat est celui d'une jeune femme de vingt-huit ans, atteinte d'insuffisance aortique. Au huitième mois et demi de la grossesse, l'accouchement eut lieu après un travail de quelques heures. « Pendant la première des trois dernières contractions utérines, un râle trachéal est devenu trèsbruyant, » et « après la naissance de l'enfant l'asphyxie de la mère fut portée à un haut degré. » La figure, le cou, les membres étaient cyanosés et couverts de sueur, le nez et les extrémités commençaient à se refroidir; Putegnat, appelé, constate « un râle crépitant humide et quelques bulles de râle muqueux de haut en bas, en arrière et en avant, clans les deux poumons. Les battements du cœur sont si fréquents et si tumultueux, dit ce médecin, et le pouls si petit, mou et inégal, qu'on ne peut les apprécier justement. » Putegnat conseille « une saignée du bras de 350 grammes, des sinapismes aux poignets, l'extraction du délivre, qui est tombé dans le vagin, et l'aération de la chambre. » L'amélioration fut rapide et le lendemain l'accouchée avait repris sa gaieté ; « son visage amaigri présentait encore une nuance de cyanose. » Il n'y avait plus que quelques râles fins et sous-crépitants à la base.
Putegnat croit qu'en pareil cas, en présence de la gêne progressive de la respiration, on aurait dû faire « ou la version podalique dès que l'ouverture de la matrice l'eût permise, ou l'application du forceps. En agissant ainsi, ajoute-t-il, on aurait épargné à la patiente une terrible angoisse, la crainte d'une mort très prochaine et enfin l'aggravation de la maladie du cœur. »
Putegnat déconseilla également toute grossesse ultérieure ; cependant la jeune dame en eut une autre, et accoucha sans accident, mais au huitième mois, il est vrai (2).
Ces faits intéressants montrent une autre face du péril créé par la grossesse au cas de maladie du cœur préexistante et diffèrent complètement des miens : les accidents signalés par Hecker et Putegnat se sont produits à la fin de la grossesse et sont devenus
(1) Klinik der Geburtskunde, p. 173. Leipzig, 1861.
(2) Putegnat (de Lunéville), Quelques faits d'obstélricie, p. 53. Paris, 1871.
rapidement mortels (au moins ceux de Hecker) à ce moment ou à l'occasion de l'accouchement ; les accidents que j'ai observés se sont montrés dans le cours de la grossesse et ont pu être conjurés. (A ce propos disons qu'on ne conçoit guère l'expectation en pareille circonstance. Les deux malades auxquelles Hecker, platoniquement, ne fit rien, moururent; la malade de Putegnat et la mienne, que nous saignâmes, guérirent.)
L'interprétation physiologique des faits de Hecker diffère également en tous points de la mienne : Hecker attribue les accidents pulmonaires, d'une part, à la gêne respiratoire due au refoulement du diaphragme par la masse utérine au terme de la grossesse, et, d'autre part, aux efforts de l'accouchement; tandis que je les attribue à ce que, pour les besoins du fœtus, la tuasse du sang maternel attente, à ceque, la masse du sang étant ains augmentée, le cœur maternel s hypertrophie, et à ce qu'enfin, par le fait de cette double circonstance, la maladie cardiaque se trouve brusquement aggravée; la tension vasculaire croît rapidement dans le système de la petite circulation jusqu'à y créer une pléthore morbide qui s'ajoute à la pléthore physiologique de la grossesse ; d'où les accidents pulmonaires foudroyants et la nécessite d'une intervention médicale dont l'énergie devra être proportionnée à la gravité des accidents.
Maintenant, il est bien évident que la maladie du cceur causera d'autant plus sûrement des accidents, au cas de grossesse, et les entraînera d'autant plus graves qu'elle sera plus ancienne et plus grave elle-même. En vain donc objecterait- on tel cas d une femme atteinte de maladie cardiaque qui a pu néanmoins devenir grosse impunément et mener à bien sa grossesse ; les accidents gravido- cardiaques pourront survenir chez cette même femme dans le cours d'une seconde ou d'une troisième gestation : ainsi qu'il est arrivé aux femmes dont je viens de vous entretenir et qui ont été frappées à leur seconde, troisième et quatrième grossesse. L'affection cardiaque était alors nécessairement plus ancienne et le cœur nécessairement aussi plus fatigXet par sa lutte plus prolongée contre l'obstacle m racar diaque, et par son travail augmenté à chacune des gestations antérieures.