‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 97 sur 287 · AVORTEMENTS DE CAUSE CARDIAQUE · texte numérisé non relu

AVORTEMENTS DE CAUSE CARDIAQUE

D'un autre côté, l'insuffisance aortique,, qui entraîne moins d'accidents pulmonaires et moins rapidement que l'insuffisance mitrale, peut être moins redoutable à la femme grosse, ainsi que l'a fait observer, comme moi, M. le professeur Sée.

Mais il n'y a pas que des accidents maternels possibles, il peut y en avoir de fœtaux : chez la première malade dont je vous ai entretenus, je vous ai dit que l'enfant fut tué par l'asphyxie dans le sein maternel, et que Yavortement en fut la conséquence. Tel est, en effet, le résultat fréquent des accidents gravido-cardiaques.

Depuis que j'ai appelé sur ceux-ci l'attention médicale, les observations se sont accumulées ; ainsi, à propos d'un fait très intéressant, M. Budin a fort bien fait voir l'influence d'une maladie du cœur sur la production et la répétition des avortements; il s'agit d'une femme présentant des symptômes d'insuffisance mitrale et de péricardite sèche au niveau de la base, avec phénomènes d'angine de poitrine symptomatiques ; accidents qui ne se manifestèrent que dans le cours d'une quinzième grossesse. Or, aucune des trois grossesses qui suivirent ne put être conduite à terme ; on vit, dans les trois cas, les accidents s'aggraver à mesure qu'avançait la gestation, et enfin la fausse couche survenir dans le cours du sixième mois.

Dans mon petit service de maternité de l'hôpital Saint-Antoine, il ne se passe pas d'année que je n'observe quelques cas d'avorf.ement par maladie du cœur ; je ne vous en citerai sommairement que deux des plus remarquables : l'un parce que la répétition même des fausses couches me conduisit à soupçonner et à découvrir une affection du cœur jusque-là méconnue ; l'autre parce que, la grossesse étant gémellaire, il y a eu exagération du type des accidents gravido-cardiaques.

Une femme de trente-huit ans entre, le 19 mars 1874, dans mon service pour y accoucher. Elle est grosse pour la huitième fois. Mais cette grossesse n'a pas été heureuse : il y a eu des vomissements répétés pendant les deux premiers mois, des accès d'étouffements dans le cours du troisième. Cependant la grossesse suit son cours, jusqu'au septième mois, où des douleurs utérines se font sentir, à la suite desquelles la femme accouche

lg8 LES MALADIES DU COEUR.

•prématurément d'un enfant vivant, mais très chétif, et qui meurt au bout de deux jours.

Or, cetle femme avait eu, de vingt à trente-deux ans, cinq grossesses successives, qui ne donnèrent lieu à aucun accident et arrivèrent à leur terme naturel, bien que les enfants aient tous succombé du troisième jour à la cinquième année de leur existence. Mais il n'en fut pas ainsi de la sixième ; à partir du milieu du troisième mois, il y eut des palpitations, des accès de suffocation, des quintes de toux et quelques crachements de sang ; accidents qui allèrent en s'aggravant jusqu'au sixième mois, où la malade avorta, et où les accidents cessèrent.

Deux ans plus tard, septième grossesse, se terminant, comme la précédente, par un avortement à cinq mois et demi, avorlement précédé et accompagné des mêmes symptômes cardiacopulmonaires, qui cessent, comme à la sixième grossesse, par le fait de la fausse couche.

Enfin, au mois d'août 1873, huitième gros-esse, qui se termine, comme nous venons de le voir, par un accouchement prématuré au septième mois.

Eh bien, ce fait, que deux fausses couches successives avaient précédé cet accouchement prématuré, et que d'ailleurs aucun accident extérieur ne motivait cette série d'accidents semblables, me fit songer à une lésion possible du cœur, et quoique, à ma visite du matin, la respiration fût facile et le pouls régulier, j'auscultai le cœur et j'y découvris l'existence d'une insuffisance mitrale avec rétrécissement, caractérisée par un souffle rude au premier temps, avec dédoublement très net du deuxième bruit, signes que les élèves du service ont pu constater comme moi.

Les suites de couches furent d'ailleurs très heureuses, et la femme quitta l'hôpital au bout de sept jours.

Voici maintenant le fait lamentable d'une grossesse gémellaire chez une femme atteinte d'insuffisance mitrale avec rétrécissement.

Cette femme était entrée dans ma salle de malades pour la dyspnée à laquelle elle était en proie, et non dans ma salle de maternité, pour y accoucher. Mais notez bien ceci, le fait de celte excessive oppression, allant brusquement jusqu'à l'orthopnée chez

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