‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 106 sur 287 · PNEUMONIES PAR LES BAINS FROIDS. 2B · texte numérisé non relu

PNEUMONIES PAR LES BAINS FROIDS. 2B

dus une demi-journée, puis repris; les mômes accidents se reproduisirent — et le malade mourut (1). »

Ainsi, voilà qui va de soi : congestion pulmonaire, hémoptysie, apoplexie pulmonaire, et cela après le bain froid. Oh! je sais bien l'objection : « Mais la congestion pulmonaire peut être observée en dehors de la méthode de Brand ? » — Assurément,, mais non l'hémoptysie ; et quand on voit toute cette série d'accidents hémorrhagiques que je viens de dire, survenir aussitôt après le bain froid, ne doit-on pas l'en accuser ; surtout quand la pathogénie de ces accidents est si facile à concevoir en raison des réflexes cutanés évoqués par le froid ?

2» Des accidents consécutifs imputables aux bains froids peuvent être observés plus ou moins rapidement après leur emploi. Ainsi ce ne sont pas seulement des faits de congestion pulmonaire mortelle, ce sont des faits de pneumonie, je dis de jineumome lobaire (laquelle est rare dans la fièvre typhoïde), de pneumonie lobaire mortelle, qui ont été observés. A l'hôpital Saint-Antoine, M. Proust, essayant la méthode de Brand, vit se développer coup sur coup, sur deux malades, à la suite des bains froids, une pneumonie lobaire qui fut mortelle chez tous deux. L'autopsie démontra qu'il s'agissait bien d'une pneumonie franche, a frigore, et non d'une pneumonie hypostatique, d'origine simplement typhoïde.

Des faits analogues ont été observés à Lyon par M. Bondet, à Paris par Maurice Raynaud, à Chartres par le docteur Voyet. Ces faits, je les ai signalés en 1877, puis en 1883, à l'Académie de médecine. Or, cette discussion eut cet étrange résultat d'excilor, chez quelques-uns de mes collègues des hôpitaux de Paris, le désir d'une expérimentation nouvelle, et voici ce qui advint. A l'hôpital de la Charité, l'un d'eux appliqua la méthode de Brand (( dans toute sa rigueur », chez quatre typhoïdiques ; deux moururent de pneumonie; il crut bon de s'arrêter là dans son expérimentation renouvelée. Un autre, à son exemple, et dans le même hôpital, employa dans le môme temps la même méthode pour la même maladie. Les deux typhoïdiques sur les-^

(11 Bulletin de VAcadémic de médecine, 1883.

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quels il l'appliqua moururent de pneumonie lobaire. 11 s'arrêta là également ; je crois qu'ils firent bien l'un et l'autre, peut-être auraient-ils fait mieux de ne pas commencer.

11 m'a été donné d'observer également un cas de mort par pneumonie lobaire chez un malade traité par les bains froids suivant la méthode de Brand et en raison d'une hyperthermie persistante, par mon savant ami le docteur Barth. L'administration des bainsfroids avait été pratiquée ici aussi scientifiquement que possible, et par M. Barth, et par moi, et par deux jeunes médecins très distingués de Paris, tous deux anciens internes des hôpitaux.

Un accident presque inconnu dans le cours de la fièvre typhoïde, c'est la pleurésie (et ce n'est pas là un fait propre à la plèvre, les séreuses ne sont pas ordinairement prises dans la dothiénenlérie). Eh bien, depuis l'emploi des bains froids, la pleurésie est devenue fréquente et on l'a vue môme se terminer par vomique. Hier encore, voici le fait lugubre qui m'a été signalé : une jeune fille, atteinte de fièvre typhoïde, à Cologne, y avait été soignée par les bains froids, suivant la méthode de Brand ; elle en contracta une pleurésie qui fut suivie des symptômes de la phthisie pulmonaire, laquelle se compliqua de dégénérescence brightique des reins, et la malade succomba phthisique et brightique à la fois, sans qu'il yeût d'intermission entre les symptômes de sa pleurésie a frigore et ceux des accidents consécutifs dont elle est morte.

J'ai signalé autrefois, d'après la mention qui m'en avait été faite, un cas de péricardiie mortelle également consécutive au bain froid. Voici maintenant un cas à.' endocardite suivie de lésions valvulaires et compliqué de pai'aplégie que j'ai observé avec le docteur Pillon.

En février 1883, ce médecin fut appelé près d'un M. X..., pharmacien russe. Il était atteint, depuis deux ou trois mois environ, d'insuffisance mitrale et de paralysie des membres inférieurs.

Cet homme, âgé de trente-cinq à quarante ans, avait toujours joui d'une excellente santé jusqu'au moment oîi il contracta une fièvre typhoïde grave que l'on traita par la méthode de Brand.

NÉCROSES PAU LES UAINS FHOIDS 261

La fièvre typhoïde guérit, mais la convalescence fut pénible, et le malade présenta bientôt les signes d'une insuffisance mitrale et d'une paraplégie pour lesquelles il dut abandonner son officine. Il vint à Paris chercher une guérison qu'il ne trouvait pas dans son pays. Je fus appelé, ainsi que le professeur Hardy, en consultation auprès de ce malade. En vain, pendant plusieurs mois, on employa les vésicatoires, la cautérisation ponctuée, l'électrisation ; le malade quitta Paris, en proie à des accidents graduellement plus graves et auxquels il a probablement succombé.

3" Les accidents consécutifs tardifs, imputables aux bains froids, sont précisément des accidents que chacun de nous, sans parti pris, a toujours imputés au froid. Ainsi, par exemple, les « douleurs atroces » dans les extrémités, douleurs observées chez des malades dans un service de Lyon, où l'on appliquait consciencieusement la médication, de trois en trois heures, et sous la surveillance d'un interne. Il n'y a pas à dire, d'ailleurs, que ce soit là un fait exceptionnel et dû à une série malheureuse ; car «ces douleurs, dit M. HumbertMollière, peuvent être considérées comme très fréquentes chez les malades traités par les bains froids. Chez un sujet soigné par l'un de nous, ajoute ce môme médecin, elles furent d'une extrême intensité, puis les doigts se cyanosèrent, et l'un d'eux fut atteint d'un panaris qu'il fallut inciser et qui aboutit à la nécrose et à l'expulsion de la phalange entière. En même temps, il se formait un vaste phlegmon du bras correspondant, qui dut être également ouvert au bistouri. Le malade a, du reste, guéri et de sa fièvre et de ses complications (1). ))

M. Bondet a signalé également la fréquence plus grande de la périostite depuis le traitement de la fièvre typhoïde par la méthode de Brand.

La malade dont j'ai parlé tout à l'heure, et qui succomba à une escharre de la région sacrée, eut également, pendant les derniers jours de sa vie, des douleurs violentes dans les

S-) H. Mollièi-e, Rapport sur te traitement de la fièvre typhoïde par ta méthode de Brand. Lyon, 1876, p. 11.

Ui LES TYfllOlDlQUES.

orteils et les doigts, avec refroidissement et cyanose de ceux-ci.

Faut-il donc un grand effort d'imagination pour voir dans ces douleurs périphériques, comme dans ces abcôs multiples, comme dans ces nécroses, une série morbide très naturelle, engendrée par l'action violente et répétée du froid sur un tégument peu résistant, la peau; sur les nerfs sensitifs comme sur les vasomoteurs de ce même tégument-, — s'arrôtant à la peau, chez ceux-ci, pour y produire la douleur ; allant chez ceux-là, jusqu'au tissu cellulaire et en déterminant la mortification sous forme d'escharres; allant plus loin encore chez d'autres et jusqu'aux os, eux aussi frappés alors de nécrose? Comme si cette membrane si sensible, la peau, pouvaitôtre longtemps et impunément brutalisée par le froid !

En résumé : 1° la méthode de Brand ne guérit pas plus de malades que les autres médications, au contraire ; 2» elle expose à des accidents qui lui sont directement imputables : ce sont là deux raisons pour une de ne pas l'appliquer. (Les malades, s'ils avaient voix au chapitre, diraient que la seconde raison suffit.) i

D'ailleurs ce n'est pas moi seul, Français, qui conclut de la sorte. Un Allemand, compatriote de Brand, le docteur Unverricht, est arrivé de son côté à des conclusions identiques aux miennes, et identiques à tous les points de vue.

« i" Les bains froids, dit-il, n'ont pas d'action antipyrétique ; ils n'abaissent pas la température de l'homme fébricitant (1); » — c'est ce que j'ai dit dans tout le cours de mes leçons et avec preuves à l'appui.

« 2° Les médicaments, dits antipyrétiques, ont, en effet, une action antipyrétique, mais ils ne sont pas utiles aux malades, parfois môme ils sont nuisibles ; » — c'est ce que je vous ai dit textuellement dans ma dernière leçon.

« 3" La température élevée dans la fièvre n'est pas un danger pour le malade ; au contraire, c'est elle qui permet de vaincre la maladie. » — C'est ce que je répète à satiété, à savoir que .

(1) Deutsche Med. Woch.,'i881.

CE QUE VALENT RÉELLEMENT LES BAINS FUOIDS. 2f«

l'hyperthermie ne fait pas le danger, que celui-ci peut exister sans hyperthermie, n'exister pas avec liyperLhermie et que, lorsqu'il y a péril avec ou sans hyperthermie, c'est l'ensemble de l'état général qui le constitue et l'engendre, et non les modifications de la température ; qu'ainsi s'évertuer à combattre la chaleur, c'est se donner pour tâche de combattre un des effets du mal et non la cause môme de celui-ci.

Maintenant que je vous ai dit tout le mal q.u'on peut et qu'on doit dire de la médication systématique par le froid, laissez-moi vous dire, moi qui pratique si largement l'hydrothérapie, les indications et les bienfaits de celle-ci dans la fièvre typhoïde.

LES TYPHOIDIQUES.

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