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CENT TROISIÈME LEÇON

Les traitements des typhoïdiciues.

(suite et fin.)

L'hydrothérapie suivant les indications.

L'indication suprême du bain froid est dans l'état grave du système nerveux : adynamie ou ataxie. — L'hyperthermie, souvent concomitante, n'indique pas nécessairement le bain froid. — Ce n'est pas elle qui fait le danger, pas plus que ce n'est l'hypothermie qui réalise le bienfait; preuves îi l'appui.

Messieurs,

L'hydrothérapie n'est pas le traitement par l'eau froide ; c'est le traitement par l'eau, chaude, tiède ou froide. Dans le cas spécial de la fièvre typhoïde, l'eau peut être employée, et avec le plus grand avantage, sous forme de bains, chauds, tièdes ou froids — de ce dernier cas, je vous ai déjà passablement entretenus — ou bien sous forme de lotions ou d'affusions.

Le hâm tî'ède est éminemment sédatif ; il convient de l'employer alors qu'il y a de l'agitation ou une insomnie opiniâtre avec rêvasseries plus ou moins bruyantes ; alors surtout que la peau, chaude et sèche, semble appeler l'eau tiède. Le médecin n'a pas ici à chercher loin l'inspiration ; le recours au bain est dicté par le bon sens.

Vous en avez vu fréquemment les heureux résultats dans mon service.

Quant au bain /"rozc/, ce n'est pas un réfrigérateur, c'est un perturbateur, un perturbateur du système nerveux ; — disons mieux, c'est un équilibmteur , qui relève les déprimés et calme les agités (en les «étonnant», pour ainsi dire); il est donc aussi bien indiqué dans l'adynamie que dans l'alaxie, nous Talions voir. Seulement il doit être donné, non pas d'une façon systématique

ni continue, mais suivant les indications, et d'une façon temporaire.

J'ajoute, une fois encore, et ce ne sera pas la dernière, que ce n'est pas l'hyperthermie qui en indique l'emploi : 1" d'abord parce que ce n'est pas l'hyperthermie qui fait le danger (à preuve les faits observés par Naunyn et Rœhmer; le premier ayant constaté que les ouvriers brasseurs subissent pendant leur travail et longtemps des élévations thermiques de 40 et Ai degrés centigrades, sans conséquences fâcheuses; le second ayant vu le même fait chez les ouvriers du tunnel du mont Genis) ; 2° parce que l'abaissement de la température, après le bain froid, est nul ou insignifiant, tandis que l'amélioration de l'état nerveux est parfois immédiate et se manifeste légère dès le premier bain, ou se montre évidente et profonde après le deuxième et le troisième. Témoin le fait suivant, recueilli en 1882, dans mon service, à l'hôpital de la Charité par mon interne d'alors, M. A. Chaulfard. On y voit le bain froid calmer le délire, bien que la température n'ait été abaissée que du chiffre presque dérisoire de 0°,2 après le premier bain, et ne l'ait pas été du tout après le second.

Une jeune femme de vingt ans, domestique, entre le 21 octobre 1882 à l'hôpital. Grande, robuste, elle habite Paris depuis quatre mois.

Depuis cinq jours, fièvre, céphalée, insomnie; actuellement diarrhée abondante, taches rosées, albuminurie légère, râles sonores disséminés dans les poumons. Pouls à 120; température aux environs de 40 degrés.

La céphalalgie est très intense, bientôt délire nocturne, peu bruyant, monotone.

Traitement: potion de Todd avec extrait de quinquina; lotions vinaigrées, quatre par jour; purgatifs salins.

24 octobre. Délire continuel, soubresauts tendineux, carphologie, sécheresse de la langue et des lèvres, état adynamïque des plus graves.

A 10 heures du matin, bain froid à 18 degrés, de quatre minutes de durée, pouls 120 avant comme après le bain ; température, 40»,4 avant ; 40°,2 après le bain.

A 4 heures et demie, nouveau bain donné dans les mômos

260 LES TYPIIOIDIQUES.

conditions, pas de modification de la température centrale ni du pouls.

25 octobre. Légère amélioration, le délire est moins intense et l'intelligence plus nette.

26 octobre. Pouls à 104, dicrote, petit, irrégulier; lividité do la face, rougeur plaquée des pommettes. On ajoute au traitement deux infections sous-cutanées d'ét/ier, et 250 grammes de caCépai jour.

27 octobre. Mômes enduits fuligineux de la langue et des lèvres, demi-coma vigil ; pouls plus régulier et plus plein à HG. Température toujours au-dessus de 40 degrés.

28 octobre. Raideur de la nuque et de la colonne dorsale, soubresauts tendineux, inconscience aih%o\nQ. Six ventouses scarifiées à la nuque.

31 octobre. Amélioration notable, La malade a repris en partie connaissance, s'intéresse môme à ce qui se passe autour d'elle. Elle peut boire abondamment, ce qui depuis bien des jours lui était impossible.

5 novembre. Nouvelle complication, vomissements aqueux et bilieux, Vépigastre et le tronc du pneumogastrique gauche deviennent très douloureux à la pression. Yésicatoire au creux de l'épigastre.

Pendant les huit jours suivants, malgré la glace à l'intérieur, la révulsion parles pointes de feu et les vésicatoires, l'intolérance gastrique reste absolue; torpeur complète.

Ce n'est que vers le 15 novembre que ces accidents gastriques s'amendent ; et^ dès lors, la convalescence commence, mais lente et toujours incertaine; des vomissements se produisent encore de temps en temps ; la malade est émaciée, hébétée et presque stupide.

Vers le 25 novembre, reprise progressive de l'alimentation. Vers le 15 décembre, la malade peut se lever, et son état s'améliore de jour en jour.

Sortie guérie en janvier 1883.

Vous voyez combien ce cas était grave au triple point de vue de l'encéphale, du bulbe et de la moelle ; puisque, les accidents cérébraux à peine conjurés, il s'en produit dans le reste de l'axe

INDICATIONS DES lîAlNS FROIDS. 267

nerveux. Vous voyez aussi que cette malade a failli succomber aux troubles gastriques, que je dus combattre par les moyens les plus variés. (Je vous fais remarquer, en passant, la douleur à la pression du tronc du pneumogastrique gauche à la région cervicale, que j'ai démontrée exister dans les perturbations graves de l'estomac ou du cœur — de môme que la douleur à la pression du pneumogastrique droit s'observe dans certains désordres hépatiques (1).)

Dans un autre cas, emprunté encore à ma pratique de l'hôpital de la Charité, il s'agissait d'un jeune homme de trente ans; surmené, présentant des accidents nerveux de la nature la plus grave, ataxie avec mutisme absolu, bien qu'il n'y eût pas, à proprement parler, d'hyperthermie (39 degrés à 39°, 4), et chez lequel les résultats du bain froid furent presque merveilleux.

Le premier bain produit un abaissement insignifiant d'tm dixième de degré, sans modifier sensiblement l'état nerveux.

Après le second bain, abaissement de 3 dixièmes de degré; ce n'est qu'après quelques heures qu'on observe une diminution de la roideur de la nuque et un léger retour à l'état cérébral normal.

La température n'est encore abaissée que de 1 dixième après le troisième bain, et cependant les troubles nerveux ont à peu près disparu; il y a une légère congestion pulmonaire à la base droite.

Le quatrième bain abaisse la température de I ; l'amélioration s'accentue.

Dam le cours des deux journées pendant lesquelles les bains ont été admi7iistrés, la température s'est élevée graduellement. Elle était de 38°,6 avant le premier bain, de 39 degrés avant le second, de 39°, 9 avant le troisième et de 40°,7 avant le quatrième.

Au moment oh les phénomènes nerveux s'atténuent et mêjne disparaissent, il y a hyper thermie, 39°,9 et 40°,7, tandis qu'a« rfeôu^, alors qu'il y avait de la roideur, du mutisme, etc., la température était à 39 degrés.

Voici d'ailleurs cette observation, recueillie avec une grande sagacité par mon interne d'alors (1883), M. Martinet, et que je

(1) Voir plus loin, sur ce point de séméiotique, la kçon sur la Recherche de la douleur à la pression des pliréniques, des pneumogastriques et des plexus viscéraux.

268 LUS TYI'HOIDIQUES.

relaie dans tous ces détails, en raison de la valeur de ces détails mômes.

Un ouvrier tailleur, âgé de trente-six ans, entre le 26 mai 1883, ' dans mon service.

Depuis son arrivée à Paris, c'est-à-dire depuis deux mois, ce malade a beaucoup souffert de la misère; il est resté longtemps sans ouvrage ; sa femme ayant fait une maladie assez grave, il a dû lui donner des soins jour et nuit et s'est ainsi fatigué et sur-, mené. Il y a déjà cinq ou six jours qu'il se sentait mal en train, courbatu, sans appétit, avec de la fièvre le soir. Il se plaint maintenant de douleurs de ventre; la pression sur l'abdomen est particulièrement douloureuse dans la fosse iliaque droite, où elle provoque du gargouillement. Il y a quelques taches rosées sur l'abdomen et à la base du thorax, sur les parties latérales. Inappétence, constipation; la langue est tremblante, rouge à la pointe.

Dans les deux poumons, on entend quelques râles sibilants, disséminés. Rien au cœur.

Céphalalgie, pas d'épistaxis.

Il se préoccupe beaucoup de son état. C'est un individu maigre, chétif, pâle, malgré un état fébrile assez marqué. Température : soir, 39%4 ; la peau est sèche.

27 mai. Même état ; taches plus nombreuses. Température : matin, 38 degrés; soir, 39 degrés.

Traitement: purgatif, sulfate de quinine, 0,50, Todd, avec 4 gr. d'extrait de quinquina, lotions. Dans l'après-midi, il commence à délirer, répond de travers aux questions qu'on lui adresse et dit qu'il devient fou.

Le soir, il ref,use de prendre quoi que ce soit, aliment ou médicament.

28 mai. Diarrhée ; de nouvelles taches ont fait leur apparition. Mutisme absolu ; regard fixe, roideur à la nuque ; il s'assied

difficilement sur son lit, et tout d'une pièce; la face est pâle, le pouls fort, plein, à 96. Température: 38»,7. Même état des poumons et du cœur.

Bien quil n'y ait pas hyperthermie (38%7), mais en raison des . troubles nerveux, j'ordonne un bain froid.

On administre le premier bain à iO heures et demie; au mo-

ment d'y entrer, le malade a peur, résiste, s'accroche à tout ce qui se trouve à sa portée. Une fois dans l'eau, il se calme, mais la roideur persiste, la face est toujours pàle; pas de troubles respiratoires ; la température du bain a été de 20 à 22 degrés et sa durée de cinq minutes.

Après la sortie du bain, on observe encore la môme roideur, le môme mutisme, et la même fixité du regard. Le pouls est petit, toujours à 96 ; la face a pris une teinte rosée ; mêmes râles dans les poumons.

La température rectale, prise immédiatement après le bain, est de 38°,6. Il y a donc eu un abaissement de 1 dixième.

Dans l'après-midi, même état; il refuse d'ouvrir la bouche quand on lui présente à boire ; il n'a pas reconnu sa femme et n'a pas voulu lui répondre.

Température à 3 heures : 38°,6.

A 5 heures, la roideur de la nuque est encore plus prononcée ; il se tient dans son lit les jambes fléchies sur les cuisses et les cuisses sur le ventre ; il est insensible à la douleur.

Deuxième bain froid à20 degrés; la température rectale est alors à 39°, 1 et le pouls à 100.

Mêmes craintes et mêmes résistances que le matin ; au bout de cinq minutes, frisson; la figure exprime la souffrance; on le sort, il pousse quelques gémissements et refuse encore de boire.

Température après le bain: 38°, S, abaissement de 3 dixièmes; pouls petit, 92.

29 mai. Dans la nuit, il a cherché à se lever ; pas de délire. Le malin, il est un peu moins roide, il cause un peu. La vessie parait considérablement distendue; on le sonde et on retire un litre et demie d'urines, elles sont un peu albumineuses.

A 10 heures, il répond aux questions et consent à prendre quelques cuillerées de vin de Banyuls. La roideur de la nuque a diminué quelque peu.

On lui demande s'il souffre le long de la colonne vertébrale, il répond négativement ; il n'y a pas d'hyperesthésie cutanée, ni d'exagération des réflexes ; la langue est un peu plus sèche qu'hier et les lèvres sont fuligineuses.

Poumons, môme état, expectoration un peu rosée.

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