LES TYPIIOIDIQUES
Température à 8 heures du malin: 39%3, malgré les deux bains froids,
A a heures, troisième bain froid. Température : SQ^/J ; pouls : 100.
Il entre dans le bain avec assez de plaisir, il s'y trouve bien, il y reste huit minutes; fi la fin, léger frisson ; la température du bain était de 18 degrés.
Après le bain, température: 39", 8, abaissement de 1 dixième.
Le pouls est petit, mais peu fréquent.
Il a toussé à plusieurs reprises pendant qu'il était dans le bain, ainsi que dans l'après-midi. Râles un peu plus nombreux. Température à 3 heures : 40'',o.
A 5 heures, température: 40°, 7 ; pouls: H2, dicrote. La peau est sèche ; les taches sont toujours aussi nombreuses et aussi colorées. L'aspect du malade a changé notablement: plus de roideur, il est un peu abattu, mais il a repris toute sa lucidité d'esprit, il cause. La langue est collante et toujours tremblante. A la base droite, en arrière, râles sous-crépitants, sans souffle, rien à gauche.
Il n'était pas allé à la garde-robe depuis hier ; un lavement a provoqué une selle abondante.
On a pu reprendre le traitement institué au début.
A 6 heures, quatrième bain à 20 degrés, durée iO minutes ; il éprouve un certain plaisir et se frictionne lui-même. Température après le bain : 39°, 6, abaissement de .
Dix minutes après, frisson peu intense.
30 mai. Nuit calme, sommeil; le matin, l'amélioration persiste, la peau est rosée, la langue collante, sans enduit blanchâtre. Température : 39°,4 ; pouls : 108, toujours dicrote.
On supprime les bains, on ne fait même pas de lotion, mais on porte la dose de sulfate de quinine à 75 centigrammes. Il urine spontanément.
Le soir, même état, sueurs abondantes. Température : 39°,7.
31 mai. Température : 38°, 4 ; pouls: 100. Les taches rosées commencent à pâlir. Les râles entendus à la base droite sont moins abondants ; bourdonnements d'oreille.
Un purgatif, donné le matin, a provoqué une diarrhée très
INDICATIONS DES DAINS IMIOIDS. 27t
abondante. Le soir, le malade est un peu abattu. Température: 39%7 ; pouls : 100.
1" juin. L'amélioration continue. Température : malin, 38 degrés ; soir, 39 degrés.
2 juin. Môme état. Température : matin, ^S^S ; soir, 39 degrés.
Du 3 juin au 9 juin, la fièvre diminue graduellement, la diarrhée est peu abondante, les signes tlioraciques disparaissent.
10 juin. Le soir: 37 degrés. Suppression du sulfate do quinine.
13 juin. Le soir: 39°,4, quelques douleurs de ventre ; on avait commencé à l'alimenter légèrement, retour aux bouillons et potages. Purgatif.
16 juin. Plus de fièvre, 37 degrés, le soir. Polyurie.
18 juin. On reprend l'alimentation progressivement, la convalescence s'établit sans accident et le malade est envoyé à Vincennes, à la fin du mois.
En résumé, fièvre typhoïde grave, chez un surmené. Troubles nerveux (délire avec mutisme et extase), sans hyperthermie, ni même température élevée (39 degrés, 39°, 4). Traitement par les bains froids.
Le premier bain produit un abaissement insignifiant de 1 dixième de degré, sans modifier sensiblement l'état nerveux.
Après le second bain, abaissement de 3 dixièmes de degré et ce n'est qu'après quelques heures qu'on observe une diminution de la roideur de la nuque et un léger retour à l'état cérébral normal.
La température n'est encore abaissée que de i dixième après le troisième bain, et cependant les troubles nerveux ont à peu près disparu; il y a une légère congestion pulmonaire à la base droite.
Le quatrième bain abaisse la température de 1°,1; l'amélioration s'accentue.
Dans le cours des deux journées pendant lesquelles les bains ont été administrés, la tejnpérature s'est élevée graduellement. Elle était de 38°, 6 avant le premier bain, de 39 degrés avant le second, de 39°, 9 avant le troisièuie et de 40%7 avant le quatrième. ' Ainsi, au moment où les phénomènes nerveux s'atténuent et
272 LES TYPHOIDIQUlîS.
môme disparaissent, il y a hyperUiermie, 39°,9 et 40»,7, tandis qu'au début, alors qu'il y avait delà roideur, du mutisme, etc., la température était à 39 degrés.
, Enfin malgré la suppression des bains, la température n'a jamais atteint 40 degrés ; trois jours après, elle descendait audessous de 39 degrés, et la fièvre tombait définitivement le vingtsixième jour de la maladie.
Cette observation est la réfutation matérielle et arithmétiquement évidente de deux erreurs doctrinales contemporaines, erreurs que j'ai constamment combattues (à la Société médicale des hôpitaux de Paris, comme à l'Académie de médecine, comme à mon cours de la Faculté), erreurs qu'on pourrait ainsi formuler : 1° l'hypeiHher mie fait le délire; 2" la médication par les bains froids est une médication réfrigérante.
En effet, relativement à la première erreur doctrinale, nous voyons un délire absolu coïncider avec une élévation de température relativement peu considérable (38°,7), et, au contraire, le délire cesser avec une température véritablement hyperthermique (40°, 7), c'est-à-dire qu'auec deux degrés de plus qui chauffaient les circonvolutions cérébrales, celles-ci se refusaient à délirer.
Relativement à la deuxième erreur doctrinale, on voit que la médication par les bains froids est si peu une médication réfrigérante :
1° Que la température du malade ne s'abaissa immédiatement que du chiffre insignifiant de un dixième de degré après le premier bain ; puis de trois dixièmes, puis de un dixième, et enfin de un degré un dixième après le quatrième bain ;
2° Que cette température s'éleva, au contraire, dans l'intervalle de ces bains ;
3° Enfin que l'élévation graduelle de cette température générale finit même par atteindre le chiffre hyperthermique de 40°,7 après le troisième bain.
Cette erreur de l'hypothermisation qui combattrait l'hyperthermie est tellement grossière, que j'ai quelque honte à la réfuter ; cependant, comme sa simplicité même l'a fait accepter par certains esprits chez lesquels la physique a oblitéré la
logique, je suis bien force de vous donner des chiffres, puisqu'il s'agit de physique et d'arithmétique médicales. En voici donc :
Un jeune garçon de quinze ans et demi, de forte constitution, courbatu depuis une dizaine de jours, avec maux de tôte et insomnie, entre dans mon service le S février. Il a des vertiges, répond à peine aux questions qu'on lui pose et a l'aspect manifestement typhoïde. A la visite du soir, on constate 116 pulsations et 40°, 0 de température. Le ventre est ballonné, couvert de taches rosées lenticulaires. Il y a de la douleur dans la fosse iliaque droite, sans gargouillement. La rate est volumineuse et très manifestement douloureuse. Il n'est pas douteux que ce jeune homme n'ait une fièvre typhoïde, pas plus qu'il n'est douteux que cette fièvre typhoïde ne soit grave, en raison de l'aspect rôti de la langue, des fuliginosités des narines, de la trémulation excessive de la langue et des lèvres, et des soubresauts des tendons. Il y a du délire et de l'agitation toute la nuit; le lendemain matin, nous constatons un opisthotonos tel que l'on peut difficilement faire asseoir le malade. Il y a des râles de congestion pulmonaire dans les deux poumons et les urines sont légèrement albumineuses.
En raison de ces symptômes ataxo-adynamiques, je prescris trois bains froids de 2^2 à 24 degrés, dans le cours de la journée, deux lavements frais, 1 gramme de sulfate de quinine, une potion de Todd et un verre d'eau de Sedlitz, à cause de la constipation.
Le premier bain est donné le 6 février, à 11 heures, et pendant huit minutes, à 24 degrés.
Le malade est replacé dans son lit, après avoir été séché dans des couvertures. Frissonnements qui durent un quart d'heure, puis sommeil calme jusqu'à 3 heures; et cela bien que l'abaissement de la température ait été insignifiant, de 0%7, et fugitif (fig. Il, p. 275).
Deuxième bain à 3 heures et demie, dans les mômes conditions ; le malade éprouve un certain bien-être et est plus calme. Troisième bain à 7 heures et demie.
7 février. Nuit plus calme, langue moins sèche ; pouls à 1 00 pulsations. Le ventre paraît moins ballonné.
PiiTuii. — Cliu.méd. ,„ ,x^
274 LES TYPHOIDIQUES.
(Vous voyez, par le tracé thermique (fig. 11, ci-conlre), que le mieux-ôtre nerveux obtenu ne l'a pas été par l'abaiBsemenl de la température générale.)
Quatre bains à 24 degrés, à 11 heures, 3 heures, 7 heures et demie, 10 heures.
Sulfate de quinine et Todd.
8 février. La langue est humide ; la roideur de la nuque a beaucoup diminué. Pouls régulier : 100 pulsations. Rétention d'urine (75 centilitres).
9 février. Quatre bains froids.
État général meilleur ; mais la dyspnée persiste ; soulèvement des narines ; râles fins aux bases.
Quatre ventouses scarifiées à la base du poumon, de chaque côté, et vingt ventouses sèches au-dessus.
Potion de Todd. Quinine.
10 février. État général satisfaisant. Pouls : 96 à 100 pulsations. Mies fins des deux bases très diminués, remplacés par de gros râles de bronchite. Pas de matité. Respiration tranquille ; plus de soulèvement des narines. Ventre non ballonné. Pas de trouble de la miction. Le malade prend son vingtième et dernier bain.
La température, qui était de 38°, 5 après ce bain, remonte, le soir, à 39", 7; mais le pouls reste peu fréquent : 100 pulsations.
Le 11 février, l'amélioration des symptômes nerveux est manifeste. Bon sommeil. La langue est humide ; le ventre n'est pas ballonné ; la peau n'est plus brûlante ni sèche. Enfin, le malade, qui, au début, était dans le décubitus dorsal et prostré» est couché sur le côté et suit des yeux, en s'y intéressant, tout ce qui se fait dans la salle.
L'auscultation des bases pulmonaires décèle des râles souscrépitants, et il y a des râles bronchiques dans le reste de la poitrine. Les respirations sont fréquentes, et l'on remarque encore le battement des narines.
Quarante ventouses sèches.
Potion de Todd avec extrait de quinquina, 4 grammes. 12 février. Nuit calme. Température: 39°, 5 ; pouls: 100, dicrote. Congestion pulmonaire persistante. Ventouses sèches.
Fig. H.
27(5 LES TYPHOIDIQUES.
Urines non albumineuses. Apparition de furoncles en grand nombre.
13 février. L'amélioration des phénomènes nerveux persiste. Le pouls tombe à 96-1 00, bien que la température reste au-dessus de 39 degrés le malin et 39°, 4 le soir.
Le malade a une toux fréquente et, à la percussion, on note une submatité appréciable aux deux bases pulmonaires. Kâles sous-crépitants persistants.
Application de deux vésicaloires, de la dimension de la main, aux deux bases pulmonaires, et en avant, de sorte que le malade, ne se couchant pas sur les vésicatoires, ne peut les ulcérer ; pour les mêmes raisons, c'est-à-dire afin d'éviter l'ulcération possible du derme, je ne laisse les vésicatoires que six heures appliqués chez les typhoïdiques.
14 février. Toux et dyspnée un peu moins accentuées ; gros râles bronchiques dans les deux poumons. État général satisfaisant. Le malade répond nettement à toutes les questions qu'on lui pose.JPouls: 100 ; température : 38°,7, 38°,o.
15 février. Môme état. Température : SB^jG; pouls : 96. Sommeil tranquille. Pas de dyspnée.
L'état général est satisfaisant ; le malade demande à manger, et il y a un amaigrissement rapide et presque subit.
Cet] amaigrissement affirme la convalescence. En effet, pendant la période aiguë de la fièvre, toutes les fonctions vitales sont suspendues : le typhoïdique n'assimile et ne désassimile plus. Dès la restauration des fonctions digestives, comme le malade ne mange pas encore d'aliments, il se mange et maigrit par autophagie.
La convalescence marchait régulièrement, quand nous avons noté une éruption furonculeuse abondante sur les membres, et un commencement d'eschare à la région sacrée. Il faut être rais en garde contre la gravité de ces eschares. L'ulcération des tissus est alors rapidement profonde ; en vingt-quatre à trentesix heures, le sacrum est dénudé, une suppuration intense se fait, i et l'on voit le sacrum se nécroser; de sorte que notre malade,' qui avait guéri de ses accidents nerveux et de ses accidents pulmonaires, aurait pu mourir par ses eschares.
Je l'ai fait immédiatement coucher sur le matelas d'eau.
Je recommande d'éviter la tension trop considérable du matelas; il doit se laisser déprimer et s'adapter à toutes les saillies du corps. De plus, la peau du malade reposera directement sur le caoutchouc ; toute interposition de linge détermine des plis qui peuvent blesser un épiderme fragile.
19 février. Des furoncles, développés en grand nombre aux membres inférieurs, donnent lieu à de petits phlegmons souscutanés qui décollent la peau et forment de petits abcès dont l'évacuation n'est pas spontanée et qu'il faut inciser. Trois ou quatre de ces abcès contiennent une à deux cuillerées de sérosité roussâtre et des débris de tissu cellulaire nécrosé.
IÉtat général satisfaisant, bien que la faiblesse persiste. . Je prescris 100 grammes de viande de mouton crue, par jour, pour relever les forces.
22-23 février. L'induration phlegmoneuse autour de l'eschare sacrée s'étend à 3 ou 4 centimètres, est douloureuse à la pression et donne une fluctuation profonde.
24 février. La sonde cannelée fait reconnaître que le décollement s'étend, en haut, dans une étendue de 5 à 6 centimètres sur le sacrum. Le débridement donne issue à une collection purulente roussâtre, avec eschares de tissu cellulaire. Lavages du foyer et pansement.
La température, qui était montée à 39°, 4, le 24 février, tombe, après l'ouverture du foyer, à 38°, 5, et les jours suivants, à 37 degrés.
27 février. Nouveaux abcès furonculeux aux membres inférieurs. Température: 39 degrés.
28-29 février. Température : 37°, .y, 37", 4, 37°,o. Le malade mange. Viande crue, etc.
mars. Eschare sacrée en voie de cicatrisation rapide ; bon aspect. Bourgeonnement rapide et accolement du foyer de B l'abcès.
I Dans le courant de mars, nouvel abcès ù la partie droite de la
■ région sacrée, qu'on ouvre et qui se cicatrise.
■ ^ Au 14 mars, il n'y a plus d'incident et, vers le cinquanlième
■ iour de la maladie, c'est-à-dire après une durée double de la
278 LKS TYPI101D1QUE8.
durée ordinaire, la guérison n'esl plus douteuse, mais la convalescence sera longue encore (I).
En résumé, ce jeune homme pouvait succomber : 1° parle fait de la gravité de ses accidents nerveux, et nous l'en avons guéri par les bains froids ; 2" par le fait do sa congestion pulmonaire, et nous l'avons guéri par la révulsion sanglante et vésicante ; 3' par le fait de son eschare, et nous l'en avons guéri par le matelas d'eau en caoutchouc.
Ainsi, nous avons dû varier notre médication suivant les inci" dents morbides successifs ; au fond, c'est la médecine du sens commun, sans formule mathématique.
Dans ce cas, les bains froids ont manifestement amené la ces^ sation des accidents nerveux, sans abaisser la température ; ce qui nous montre, une fois de plus, l'erreur singulière des chimiâtres et des mathématiciens contemporains.
On voit, en effet, par la comparaison de l'observation du malade avec le tracé (fig. 11) 1" que l'amélioration de l'état nerveux ne fut ni parallèle ni proportionnelle à l'abaissement de la température ; 2° que cet abaissement, en général peu considérable (variant entre 0'',5 et 1°;5), était fugitif, car cet abaissement était à peine réalisé que l'organisme se hâtait, dans l'intervalle de deux bains, de revenir à la température primitive ; 3° que, pendant cinq jours et malgré yw^^ bains, la température fébrile resta entre 39 degrés et 40 degrés passés ; 4° qu'après vingt bains elle resta encore à 39 degrés, 39°, 5 ; 5° enfin, qu'il n'y eut de grandes oscillations terminales que le trentième jour de la maladie, c'est-à-dire au delà des limites de la durée ordinaire, cette durée étant habituellement d'environ trois septénaires.
"Voici, maintenant, un cas oti les bains froids ont doublement échoué, quant à la température qu'ils n'ont pas abaissée et quant aux accidents nerveux qu'ils n'ont pas fait cesser.
Un homme grand, maigre, mais de bonne santé habituelle, entre, le 14 février, dans mon service ; il n'a pas eu de maladie antérieure qui ait affaibli l'organisme. Pas d'alcoolisme.
Vers la lin de janvier, il perd l'appétit et les forces; il dort
(1) Ce malade est actuellement guéri, cinquante-sept jours après le début de la maladie.
mal ; il a un peu de fièvre le soir. Il prend une purgation le 27 janvier et, depuiSj il a une diarrhée continue.
Il vient à la consultation lo ik'février, titubant, l'air égaré, se plaignant de vertiges, de céphalée, d'insomnie et de diarrhée, avec douleur à la fosse iliaque droite.
Le soir de son entrée, 38", 5 ; pouls : 92.
Le malade n'est pas très abattu, il répond bien aux questions qu'on lui pose, mais il a un tremblement incessant des mains, avec soubresauts de tendons. La langue est trémulante, rôtie, et la parole est tremblotante. Le ventre est légèrement ballonné ; une pression légère de la fosse iliaque droite détermine de la douleur et provoque le gargouillem.ent. Diarrhée (yphique, huit selles. La rate est grosse, sensible à la percussion.
Une ou deux taches rosées lenticulaires sur l'abdomen ; cinq ou six dans le dos.
Légère congestion pulmonaire ; le malade dit tousser depuis le commencement de février et avoir mal à la gorge depuis quatre ou cinq jours, La voix a changé de timbre et est voilée depuis.
Le larynx est sensible à la déglutition.
Potion de Todd. Quinine, 50 centigrammes. Lavements.
10 février. Nuit agitée, rêves. Intelligence intacte. Ventre légèrement ballonné. Soubresauts des tendons, des muscles de la face. Trémulation de la langue.
Température : 39°, 6 ; soir : iO degrés. Pouls dicrote. Sept selles dans la journée.
■16 février. Même état. Toujours soubresauts des tendons. Céphalée.
Je prescris trois lotions fraîches ; l gramme de salicylato de bismuth contre la diarrhée.
La voix est éteinte ; le malade accuse une douleur vivo la palpation du larynx.
On applique un petit vésicaloire à la région antérieure du cou.
Quatre selles dans la journée.
11 février. Trois lotions froides. Salicylate de bismuth.
État intellectuel intact. Les soubresauts des tendons aux avantbras persistent. Langue humide.
Î80 LES TYPHOIDIQUES.
18 février. Môme état général grave. Pouls dicrole. Trois lotions. Aphonie presque complète. Douleur laryngée vive à la pression. Trois selles.
19 février. Tremblement généralisé des muscles des jambes, des avant-bras et de la face. Deux selles. Trois bains frais 4 22 degrés.
20 février. — Cinq bains frais. Pouls dicrote, difficile à compter à cause des soubresauts de tendons. Pas de troubles de l'intelligence.
21 février. — Six bains. Douleur de la fosse iliaque droite assez vive le matin. Ballonnement léger du ventre.
22 février. — Langue assez bonne. Soubresauts de tendons persistants. Mort presque subite, à 8 heures du soir.
(Ici encore, ainsi que dans le cas précédent, on voit, par le tracé thermique (fig. 12), que l'abaissement de la température ne persistait pas d'un bain à l'autre et se surélevait même parfois après le bain.)
A l'autopsie, on trouva que la cause de la mort était une perforation intestinale qui s'était faite à iO centimètres environ de la valvule iléo-csecale et datait au moins d'une trentaine d'heures, car, d'une part, dès le 21 février, il y avait une douleur vive à la fosse iliaque droite et du ballonnement du ventre, mais sans autre signe de péritonite, laquelle fut latente ; et, d'autre part, le petit bassin contenait du pus assez fluide, et, au pourtour de la perforation intestinale, il y avait un commencement d'adhérence entre le péritoine viscéral et le péritoine pariétal. J'appelle votre attention sur cette latence de la perforation, de la péritonite consécutive et de sa tendance à la localisation par des adhérences.
De plus, il y avait un léger degré de néphrite parenchymateuse ; la substance corticale était hypertrophiée et jaunâtre.
Enfin, sur le larynx, très hyperhémié dans toute son étendue, on constatait une ulcération. Cette ulcération allongée, profonde, occupait le tiers postérieur de la corde vocale inférieure droite. Le bord de la corde vocale inférieure gauche offrait un liséré terne, blanchâtre, probablement dû à une nécrose superficielle de l'épiderme muqueux.
Fig. 21.
Î8î LES TYPHOIDIQUES.
De sorte que, si ce malade avait guéri de sa dolliiénenlérie, il aurait pu succomber ullérieurcment soit à une maladie do Bright, soit au laryngo-typhus.
Ce qui fait l'extrôme gravité de la dothiénentérie, c'est qu'elle est non seulement une maladie générale, mais une maladie généralisée. Toutes les maladies sont générales, la pneumonie comme le furoncle, mais elles se localisent. Il en est ainsi des fièvre? éruptives, dont la localisation est cutanée ; tandis que, dans la dothiénentérie, la localisation" se fait partout, ou, en d'autres termes, les déterminations morbides sont généralisées ; car, si la lésion des plaques de Peyer (lésion qui fit périr notre malade) est une signature spécifique de la maladie, il s'en faut bien qu'elle soit la seule : tout l'organisme est touché ; tous les organes sont en processus d'hyperhémie et, de ce fait, en état d'imminence morbide ultérieure, le système nerveux comme l'appareil digestif, l'appareil circulatoire comme le respiratoire, la rate comme les reins, etc. Surveiller chacun de ces organes, empêcher l'hyperhémie de devenir hémorrhagique, phlegmasique ou ulcéreuse, et soutenir l'organisme, telle est la tâcha multiple et délicate qui s'impose au médecin.
C'est vainement qu'on voudrait la simplifier par la formule des bains froids coup sur coup.
Vous venez de me voir encore donner un bain froid à un malade de ma clinique de l'hôpital Necker, atteint de fièvre typhoïde ataxique, et qui n'en a pas moins succombé. Il est mort malgré le bain froid où je l'avais plongé moi-même, mais non par le fait de ce bain. Je l'ai donné parce que l'indication en était for-^ melle ; cet homme avait ce délire intense et persistant qui, suivant moi, motive l'intervention de l'hydrothérapie sous sa forme la plus énergique et la plus salutaire alors, je veux dire le bain froid.
Or, voici ce qui s'est passé : pendant le bain, qui fut prolongé près de cinq minutes à la température de 16 degrés, le malade en ayant 39», 6 avant d'y entrer, soit un écart assez considérable • entre la température du bain et celle du corps, j'ai constamment tenu le pouls du malade, car il l'avait extrêmement fréquent, mais débile, faible et dépressible ; débile, parce que son cœur
l'élail ; — il n'en pas douLer, CG jeune Uommo avait de la myocardite typhoïdique, car, aprfîs le bain, son pouls était bien plus faible qu'avant, les pulsations, à certains moments mômes, faisaient défaut ; — ce malade, sous rinfluenco d'un bain froid trop prolongé ou de la répétition des bains, aurait pu avoir une syncope et en mourir (accident le plus formidable qui puisse survenir par l'administration des bains froids dans les cas mêmes ûîi ils sont le mieux indiqués). La température prise quelques minutes après le bain s'était abaissée de 1°, soit 38°, 6; mais ce faible abaissement (sans bénéfice pour le malade, qui continua à délirer) fut de courte durée ; car, le soir môme, la température s'est surélevée pour arriver à 40°, 6, où elle est restée le lendemain matin ; enfin, le malade est mort le samedi soir, à quatre heures, avec 42 degrés, Et si je n'ai pas répété le bain froid, c'est en raison de l'état du cœur et par crainte de la syncope,
Dans ce cas, le bain froid n'a pas donné ce qu'y cherchent les médecins qui veulent faire de 1' « hypothermie «, et qui visent la seule « hyperthermie », supposant qu'elle seule est le danger que, par les bains froids, ils croient combattre, Mais l'améliora'"tion réalisée immédiatement, ça été que le malade, interrogé à sa sortie du bain, a répondu très nettement aux questions, ce qu'il ne faisait pas auparavant. Malheureusement cette amélioration ne fut que passagère.
Ce n'est pas parce qu'il a pris un bain froid que notre malade est mort ; c'est en raison de l'excessive gravité des troubles ner.veux dont le bain froid n'a pu triompher, pas plus qu'il n'a pu empêcher la température d'atteindre peu après le chiffre excessif de 42 degrés.
Nous n'avons pas pu faire l'autopsie, qui nous aurait permis de voir l'état du myocarde. Le malade est mort avec de la cyanose, une extrême fréquence du pouls, une surélévation de tem« pérature considérable, du délire et des râles plein la poitrine,
Tous ces faits vous démontrent : 1° que je suis loin d'être un adversaire systématique des bains froids, puisque je les emploie ; 2° que ce n'est pas l'hyperthermie qui fait le délire ni le danger, puisque, ainsi que je me plais à le répéter, les troubles nerveux
281 IJCS TYPIIOIDIQUES.
peuvent exister sans hyperlhermie, ou bien ne pas se montrer malgré riiyperthermie ; 3" que l'indication suprôme pour moi des bains froids, c'est la gravité des troubles nerveux et leur persis tance.
Alors vous pouvez et vous devez commencer par employer les lotions frotdes; mais si elles ne réussissent pas, vous devez recourir aux bains froids.
Les affusions employées par Currie et plus tard par Gendrin et Trousseau sont un moyen intermédiaire entre les bains froids et les lotions froides. Vous savez ce qu'est l'affusion; vous mettez le malade dans une baignoire et vous lui jetez avec une certaine force de projection de l'eau à une température déterminée. Il y a là un contact presque brutal; c'est en somme la douche, la douche avec deux chocs successifs, un choc matériel produit par l'eau qui percute le tégument externe et un choc nerveux produit par la réfrigération, qui, de proche en proche, provoque le réflexe que vous savez. La quantité d'eau n'est pas insignifiante : Currie employait deux à trois seaux environ. L'affusion ne dure pas longtemps, une minute à peu près. Vous avez donc une action plus énergique qu'avec les lotions, car il y a la percussion, la quantité d'eau projetée sur l'individu et une certaine durée précise, mais bien moins prolongée que pour le bain froid, qui est de cinq à dix minutes. Vous comprendrez alors que le bain froid ait une action bien autrement énergique et qu'il faut l'employer dans les cas excessifs seulement.
Voilà la gradation, la gamme de l'eau froide dans la fièvre typhoïde, et je dirai ceci — parce que c'est une vérité presque absolue en thérapeutique — que « la tolérance pour un médicament ou une médication est proportionnelle au besoin qu'on en a » ; c'est-à-dire que l'individu supporte d'autant mieux un médicament même à haute dose, comme l'opium ou le chlorhydrate de morphine, que son état nerveux est plus grave. Il en est ainsi de l'eau froide ; on tolère d'autant mieux l'eau froide que l'organisme en a besoin davantage, c'est-à-dire que l'action que vous exercez doit être proportionnée à l'intensité des troubles morbides. Il est bien évident que lorsque le système nerveux