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CENT CINQUIÈME LEÇON

Étade clinique et pathogéniquc de l'épidémie actuelle de grippe (influenza).

Grippe, itifluenza, deugue. — Ce qu'est la grippe classique. — La grippe de 1889-1890 n'a pas été la grippe catarrliale ordinaire; c'a été une maladie surtout infectieuse avec élément catarrhal subordonné. — Même microbe (?) et formes symptomatiques diverses. — Médication révulsive et tonique.

Messieurs,

Je me propose aujourd'hui (janvier 1890) de vous décrire la grippe d'après nature, en analysant devant vous les nombreuses observations que nous avons pu recueillir, depuis ces derniers temps, sur ceux de nos malades qui se sont présentés à nous comme atteints par l'épidémie de grippe ou influenza qui sévit en ce moment, non seulement en France, mais sur la plupart des pays du globe.

Et, tout d'abord, permettez-moi de vous dire en deux mots qu'à mon sens l'épidémie actuelle est bien réellement la grippe,

GRIPPE ET DENOUE.

qui, par définition, est une maladie infectieuse, épidémique, contagieuse, frappant d'élection, d'une part, le système nerveux de la vie de relation (encéphale, bulbe et moelle), et, d'autre part, le système nerveux de la vie végétative (grand sympathique), plus particulièrement l'appareil respiratoire. Mais cette épidémie diffère, par l'intensité et la gravité des phénomènes, de celles que nous observons presque chaque année; il faut remonter jusqu'à 1832 pour trouver l'analogue.

Quelques-uns ont pensé, il est vrai, au début de l'épidémie, qu'il s'agissait de la dengue ; mais cette opinion ne me paraît pas soutenable, et si l'idée a pu en venir à l'esprit de quelques médecins, c'est parce que, contrairement à la logique, ils ont recherché les « analogies » qui pouvaient exister entre les deux maladies, au lieu d'envisager leurs « dissemblances » . Or, ces dernières sont frappantes et des plus caractéristiques ; il me suffira de vous signaler les plus importantes.

La dengue, affection toujours bénigne, attaque de préférence l'appareil digestif; la grippe frappe d'élection l'appareil respiratoire et peut se traduire sur cet appareil par des complications (bronchite, pneumonie, etc.), qui donnent à la maladie un caractère de réelle gravité. La dengue s'accompagne constamment d'une éruption ; dans la grippe, il n'y a pas d'éruption, et celles qui ont été signalées, à titre très exceptionnel, dans l'épidémie actuelle, étaient toujours précédées de sueur, ce qui me permet de les ranger parmi les éruptions sudorales. La dengue est une maladie des pays chauds, et se propage du sud vers le nord ; la grippe est une maladie des pays froids, qui se propage du nordest au sud-ouest. La dengue chemine lentement; la grippe se répand avec une rapidité excessive. La dengue guérit en deux ou trois jours, et la convalescence est courte ; la grippe dure un temps indéterminé, et sa convalescence, très longue, est accompagnée d'accidents nerveux parfois persistants.

Gela dit, j'arrive à la partie véritablement clinique de ma leçon : l'examen des symptômes qui se manifestent pendant la durée de la grippe actuelle.

L'allure de cette maladie — et c'est là un de ses caractères les plus remarquables — est extrêmement variable, suivant les cas.

Si nous procédons du simple au composé, nous voyons que, dans un premier degré, la grippe se manifeste sans lièvre et sans catarrhe.

Les seuls accidents éprouvés par les malades consistent en un certain nombre de troubles du côté du système nerveux : tantôt, c'est l'encéphale qui est plus directement atteint et l'on observe de la céphalalgie persistante, de l'obnubilation des idées avec pensées tristes, de l'inaptitude au travail, de l'alourdissement, de la prostration.

D'autres fois, c'est le bulbe qui est touché de préférence, et il y a surtout des lipothymies et même de véritables syncopes. D'autres fois enfin, c'est la moelle qui est prise, et ce qui domine alors, c'est un lumbago plus ou moins intense, un simple « tour de reins » dans certains cas.

Parfois, ces accidents n'existent pas seuls et les symptômes dont nous venons de parler, au lieu d'être apyrétiques, s'accompagnent d'une fièvre plus ou moins intense. La température atteint parfois 39 et 40 degrés.

Dans d'autres circonstances — et, ici, il s'agit de la grippe classique — aux troubles nerveux s'ajoute le catarrhe, qui peut exister sans fièvre : catarrhe des fosses nasales avec éternuement, catarrhe laryngé, puis trachéal. Une pareille forme n'est guère plus grave que les précédentes ; elle guérit, on peut le dire, « les pieds sur les chenets », c'est-à-dire en gardant la chambre, en se couchant plus tôt que d'habitude, en prenant des boissons chaudes, en particulier des grogs et un peu de quinine, substance qui, dans l'épidémie actuelle, a rendu infiniment plus de services que l'antipyrine.

Lorsqu'à ces symptômes vient s'ajouter la fièvre, on se trouve èn présence de la variété de grippe désignée sous le nom de fièvre calatrhale.La. température, dans ces cas, est toujours modérée, 38 à 39 degrés, jamais 40 degrés, et, lorsque ce dernier chiffre est atteint, vous pouvez affirmer, à peu près à coup sûr, qu'il s'est produit une complication.

Le thermomètre, comme vous voyez, peut être d'un grand secours au médecin qui suit l'évolution d'une grippe ; c'est, on peut le dire, le premier indicateur d'un état qui va devenir grave.

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