‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 114 sur 287 · PLEURÉSIE DIAPHRAQMÂTIQUE ET PNEUMONIE · texte numérisé non relu

PLEURÉSIE DIAPHRAQMÂTIQUE ET PNEUMONIE

Telle est l'allure d'une grippe bénigne. Malheureusement cette maladie ne conserve pas toujours ce caractère.

Parfois elle se complique d'une bronchite, et cette bronchite présente ce caractère particulier qu'elle est purulente d'emblée. Un individu est, depuis quelques jours, atteint des accidents dont nous venons de parler, son état n'a rien d'alarmant, lorsque tout d'un coup il tousse davantage, et ses crachats, jusqu'alors nuls ou exclusivement muqueux, deviennent en quelques heures non pas rauco-purulents, ainsi qu'ils seraient au début des bronchites vulgaires, mais franchement purulents, tels que ceux de cavernes pulmonaires. L'auscultation pratiquée à ce moment révèle très rapidement les signes d'une bronchite généralisée.

Au lieu d'une bronchite, ce peut être une pneumonie qui se déclare. Celle-ci se manifeste presque toujours sur un organisme plus ou moins taré ; et, dans ces conditions, elle est particulièrement redoutable.

Nous avons eu deux de ces pneumonies chez des femmes emphysémateuses, l'une d'entre elles étant on outre tuberculeuse. Cette dernière est morte, et si la première a guéri, c'est, on peut le dire, contre vents et marées, car les accidents qu'elle a présentés ont été des plus intenses. Une énergique médication en a néanmoins triomphé.

(jhez une troisième femme, la pneumonie a eu pour origine une double lésion cardiaque compliquée d'un fibrome utérin hémorrhagique. Cette femme a présenté un phénomène très caractéristique sur lequel je reviendrai, et qu'on n'observe pas dans la pneumonie ordinaire. A un moment donné, la malade était dans une prostration extrême; les crachats rouillés rendus jusqu'alors furent remplacés par une véritable mousse sanglante. La malade ne survécut que peu d'heures après cette expectoration.

Parmi les hommes, nous avons eu une de ces pneumonies chez un chiffonnier : c'était une malheureuse victime de la civilisation contemporaine, présentant les attributs de la plus profonde misère physique et physiologique. La pneumonie évoluant sur un pareil organisme, ce dernier a été impuissant k réagir et le malade est mort.

Dans un second cas, il s'agissait d'un jeune homme. C'était un riche étranger venu depuis quelque temps à Paris avec sa famille. Lancé dans la vie élégante, il se fatiguait depuis longtemps outre mesure par des excès de tout genre. Il contracta la grippe et rentra dans sa famille, qui ne tarda pas à être atteinte par contagion du môme mal. Mais, tandis que cette maladie évoluait sans encombre autour de lui, il eut une pneumonie, puis une pleurésie diaphragmatique. Or, « la pleurésie diaphragmatique, je vous l'ai dit bien souvent, est à la pleurésie ordinaire ce que la pneumonie du sommet est à la pneumonie franche », c'est-à-dire que c'est une pleurésie des plus mauvaises, la pleurésie des organismes débilités, des vieillards, des alcoohques. Ce jeune homme ne tarda pas à succomber. Nul doute pour moi que c'est aux excès antérieurs de ce jeune homme qu'il faut attribuer cette terminaison funeste; ce qui le prouve, c'est que dans sa famille et son nombreux entourage, bien que tout le monde ait gagné la grippe par contagion après l'arrivée du jeune malade, personne ne mourut.

Une de ses sœurs, cependant, avait eu, elle aussi, une pleurésie diaphragmatique avec congestion pulmonaire ; mais, placée dans des conditions hygiéniques excellentes, et menant l'existence d'une jeune fille de son monde, elle guérit.

Son cas n'en fut pas moins très grave, et voici comment on peut expliquer cette gravité, en ce qui la concerne, tout au moins.

Il est vraisemblable que la grippe est une maladie contagieuse et épidémique, qui peut être microbienne (sujet sur lequel j'aurai l'occasion de revenir dans un instant).

Toutefois, le microbe n'est pas toute la maladie ; il n'est, à mon sens, que le colporteur d'une maladie créée par l'organisme vivant dont il émane lui-même.

Il est donc mauvais d'occuper un milieu où évolue un cas aussi grave que celui de ce jeune homme, et la gravité du cas de la sœur vient certainement de ce que le microbe sorti du frère avait acquis dans l'organisme de celui-ci une malignité toute particulière. Le fait est qu'en dépit d'une médication révulsive énergique, on fut obligé de ponctionner la poitrine de cette

CATARRHE SUFFOCANT. aOa

jeune fille ; on retira par la thoracentèse un demi-litre de sérosité purulente. Dix jours plus tardait fallut pratiquei-rempyème ; on fit sortir un paquet de fausses membranes fibrineuses qui entretenaient mécaniquement la fièvre en quelque sorte traumatique, et la malade guérit.

Une autre forme de la grippe, que je considère comme particulièrement dangereuse, est celle qui se complique d'une congestion pulmonaire généralisée, ce que les anciens appelaient lé catarrhe suffocant, et il m'est difficile de ne pas voir là Une parésie du plexus pulmonaù'e. J'en ai observé des exemples remarquables ; mais, comme les précédents, ils l'ont été chez des individus placés sous le coup d'une altération de leur organisme, emphysème, diabète, alcoolisme. Dans cette congestion pulmonaire, l'oppression est excessive, et confine à. la suffocation; le pouls est petit, fréquent, misérable; la température n'est pas très élevée. Comme crachats, nous retrouvons cette mousse sanglante dont je vous parlais tout à l'heure, mousse qui est due au mélange des sécrétions de l'arbre respiratoire et du sang qui s'échappe des vaisseaux en raison de l'énorme congestion dont les poumons sont le siège. Si l'on ausculte ces malades, on entend de nombreux râles sibilants et ronflants à. la partie supérieure de la poitrine, des râles crépitants fins à la partie moyenne, et enfin les signes d'une condensation du parenchyme pulmonaire à la partie déclive.

Cette complication se produit toujours d'une manière plus ou moins brusque. J'ai vu un créole, emphysémateux, il est vrai, qui s'était promené le matin comme d'habitude; il rentre chez lui, se sent mal à l'aise et se couche. Immédiatement apparaît cette terrible mousse sanglante, accompagnée des autres symptômes dont je viens de vous parler. Malgré le traitement le plus énergique : ventouses scarifiées, vésicatoires, injections d'éther, il mourait cinq jours après le début des accidents.

Cette mort, je la prévoyais dès le premier jour, elle n'eut donc rien qui m'étonnât; mais je tiens cependant à vous dire qu'à mon sens elle a été précipitée par une intervention que je considère en l'espèce comme absolument inopportune. Un médecin avait cru devoir donner un vomitif; immédiatement après ce VETm. — Clin. méd. „, .,a

vomitif, le malade tombait dans un coUapsus dont il ne se releva pas. La chose pouvait ûlre prévue. Un vomitif, par lui-même, est un dépresseur du système nerveux ; si vous le donnez danune maladie caractérisée précisément par une dépression notable de ce système, vous ne pouvez qu'aggraver l'état du malade, cl c'est ce qui est arrivé à notre emphysémateux.

Cet accident, vous ai-jedit, atteint encore les diabétiques. J'ai vu, en effet, un homme, robuste d'apparence, mais rendant 30 à 40 grammes de sucre par jour, pour lequel je fus consulté quaranle-huit heures après une atteinte de grippe jusque-là légère. Au moment de ma visite, il avait des râles sous-crépitants généralisés, il rendait cette mousse sanglante, et enfin son abattement était extrême. Il mourut au bout de cinq jours, malgré le traitement le plus énergique.

Les alcooliques paraissent, sous ce rapport, dans la même situation que les diabétiques. J'ai vu un Anglais, grand buveur, qui jusqu'à ces derniers temps prenait, chaque semaine, 1 litre et demi à 2 litres d'eau-de-vie. Son histoire est la môme que celle de nos malades précédents. Une grippe légère se compliqua chez lui d'un catarrhe suffocant, et il mourut en trois jours, avec un délire violent, dû à son alcoolisme. ^

A côté de ces formes que l'on observe encore assez souvent, il en est d'autres plus rares, formes insolites. De ce nombre est la forme syncopale. Si vous vous rappelez que, dans la grippe, il y a fondamentalement une localisation sur le système nerveux, vous ne vous étonnerez pas si, chez certaines personnes, ,, les accidents nerveux se traduisent par une syncope initiale; ;i quelquefois cette syncope peut être « à répétition » et constituer, . i à elle seule, toute la maladie. Voici comment on peut comprendre .■( ces syncopes. Dans la grippe, le pneumogastrique est touché, soit par le fait de l'hyperhémie bulbaire, soit par le fait de l'byperhémie de la muqueuse respiratoire, et dans ce dernier cas, un réflexe peut se produire qui retentit sur le pneumogastrique cardiaque, arrêtant ainsi les contractions du cœur.

J'ai vu en province, à Arras, un malade qui présenta de la j manière la plus nette cette forme de la maladie. Il eut une syncope initiale, et son cœur s'arrêta pendant quelques instants; 1^

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