‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 115 sur 287 · UNITÉ DU MICROBE, VARIÉTÉ DES FORMIÎS CLINIQUES · texte numérisé non relu

UNITÉ DU MICROBE, VARIÉTÉ DES FORMIÎS CLINIQUES

ses extrémités se refroidirent, sa pâleur devint excessive; c'était la mort apparente. Sous rinflucncc d'excitations diverses, le pouls revint, donnantl5 puis 30 pulsations, et enfin le rhythme ordinaire reparut. Le retour à la santé semblait parfait; mais, par la suite, trois nouvelles syncopes se reproduisirent, à ce point que le médecin du malade crut pendant un instant à une affection cérébro-bulbaire. Il n'en était rien cependant, c'était bien là. une grippe infectieuse, avec catarrhe léger, chez un homme déprimé par des préoccupations d'affaires.

Les complications du côté de l'oreille ne sont pas rares non plus, surtout chez les personnes qui, avant l'épidémie, avaient une affection de cet organe.

Mais ce qu'il faut bien savoir, c'est que ces complications auriculaires peuvent s'accompagner de graves accidents cérébraux.

Ainsi en province encore, à Bayeux, j'ai vu une malade atteinte depuis longtemps d'un catarrhe purulent de l'oreille gauche, qui, à la suite de sa grippe, éprouva d'abord des troubles du côté de cette oreille ; puis se déclara une monoplégie brachiale, accompagnée bientôt de paralysie du membre inférieur et finalement d'aphasie. II s'agissait, dans ce cas, d'une méningo- encéphalite localisée, et cette méningo-encéphalite était due manifestement à la grippe qui avait aggravé l'otite primitive, d'oti la propagation aux méninges.

Telles sont les particularités que nous a révélées l'étude des cas de grippe observés pendant l'épidémie actuelle. Quant à l'origine de cette maladie, je vous l'ai déjà dit, c'est une affection contagieuse et épidémique. Les faits de contagion abondent, et, pour ma part, j'en ai observé de nombreux cas ; il me suffira de vous signaler, comme exemple, deux femmes, convalescentes à la suite d'opérations graves. Ces femmes, qui ne quittaient pas leur chambre, restèrent tout d'abord indemnes ; mais le jour où une personne de leur entourage fut atteinte de grippe, elles furent grippées à leur tour. La jeune fille dont je vous parlais tout à l'heure, et qui eut la grippe après que son frère se fût alité pour la même maladie, peut également être regardée comme un exemple de contagion.

Quant à la cause de celle contagion, je vous ai dit qu'il se pourrait que ce fût un microbe, microbe puncliforme que Seil'ert aurait découvert. (Nous avons du reste, sur cette table, une série de préparations de ce môme microbe, et vous pourrez les examiner dans un instant.) Que ce soit ce microbe, sortant d'un individu grippé, qui soit la cause de la grippe, je ne veux pas le nier; je crois qu'il faut toujours quelque chose de matériel pour produire une chose matérielle comme la grippe; mais il n'y a, bactériologiquement parlant, qu'un microcoque, identique à lui-même, pour expliquer la contagion, et cependant, vous venez de le voir, les formes de cette maladie sont extrêmement variées. Dans ces conditions, et quelle que soit l'origine première du mal, il me paraît bien difficile de ne pas voir que c'est, en somme, « le malade qui fait sa maladie »,

Tout récemment, dans des études sur le microbe de la diphthérie, on est arrivé à découvrir que ce microbe fabriquait des alcaloïdes toxiques, et l'on a conclu des expériences faites avec ces alcaloïdes qu'ils étaient la cause première des paralysies diverses qui accompagnent certaines diphthéries.

Mais le microbe est un, et il en est de même de l'alcaloïde qu'il sécrète. Or, comme toutes les personnes qui ont la diphthérie n'ont pas de paralysie, bien loin de là, il faut bien admettre que c'est l'état actuel de l'organisme qui neutralise ou favorise l'action de l'alcaloïde (1). De telle sorte que, pour la diphthérie comme pour la grippe, si le microbe explique la transmission, il ne saurait expliquer les formes du mal ; ces formes ne peuvent se concevoir qu'en admettant que c'est « l'individu malade qui, lui-môme, individualise sa maladie » ; ce qui revient à reconnaître la « spontanéité morbide » .

Ges considérations ne sont pas purement théoriques, elles dominent et inspirent la thérapeutique ; elles vous démontrent' que vous n'avez rien à faire avec ce microbe, et que votre conduite doit être basée sur la forme môme de la maladie.

S'agit-il d'un malade qui a une rachialgie ou une céphalalgie intenses, accidents qui prouvent le retentissement sur le système

11) Voir la leçon ex, p. 309, sur les Paralysies diphthiriques.

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