GRIPPE ET STATISTIQUE
La morlalilé par bronchûe chronique a suivi la môme progression :
5|e semaine do 1889. , 52» tro de isno..
La morlalilé par broncho-pneumonie est fixée par le tableau suivant :
Sio semaine de 1889 • 'iO
iro do 1S90 1ij7
Mais c'est \sl pneumonie qui fournit les chiffres les plus néfastes :
51" semaine de 1889 133
ire de 1890 505
au lieu de 86, chiffre moyen des cinq dernières années.
Yous voyez que la maladie actuelle dépasse en violence le choléra de 1854 et de 1865. La grippe vraie, contagieuse et épidémique (bien différente de ce que le vulgaire appelle «grippe»), est une maladie infectieuse qui frappe surtout les individus surmenés et les sujets tarés (1).
(1) Ce qu'il y a d'inlcressant, c'est de voit- comme on écrit l'histoire; voici pour édifier sur ce sujet de l'épidémie d'influenza de 1890 : « Rapport officiel sur l'épidémie actuelle. — Nous extrayons de l'Officiel et nous donnons plus loin le rapport officiel de M. l'inspecteur général h M. le ministre de l'intérieur sur l'épidémie régnante.
« Nous aurions désiré que ce rapport pût se passer de tout commentaire, et surtout de toute critique; mais tout en faisant la part des difficultés d'ordre administratif qui s'attachent à de pareils documents, plus ou moins do commande et stéréotypés, ce serait faire preuve, en vérité, d'une indifférence ou d'une indulgence indignes autant du devoir de publiciste sérieux, que do la haute autorité de ceux qui ont signé et approuvé ce rapport, que de ne le point trouver, au moins, insuffisant.
« Le public mérite mieux, ce nous semble, que des consolations tirées des analogies historiques; et la science du médecin, voire même de l'hygiéniste,
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Nous commençons mal l'année, mais le chiffre de la mortalité va bientôt diminuer, et vous verrez que la période décennale oii . figurera l'hiver de 1889-1890 ne sera pas plus meurtrière que la période décennale précédente, malgré les cinq mille victimes qu'elle a déjà faites. — Pourquoi? Parce que l'épidémie actuelle opère une véritable sélection; elle tue les faibles et respecte les forts. La grippe, malthusienne sans pitié, balaye les non-valeurs sociales.
quelque modeste qu'elle soit, ne saurait se contenter de ces conseils... bénins et tardifs (puisqu'ils viennent quand on a déjà la maladie).
«... Se vêtir chaudement, dès que l'on est grippé, ne pas s'exposer au froid, « se traiter immédiatement, surveiller sa convalescence... »
«Nous ne pensons pas que l'on puisse apprendre ces choses à ceux qui n'étaient pas capables de le savoir déjà.
« La statistique officielle, de son côté, s'efforce de voiler, autant que possible, la vérité, sous des rapprocliements de chiffres, qui parlent, néanmoins, plus haut qu'une déclaration nette et explicite : « Dans la semaine écoulée, « dit la statistique municipale (52^ semaine), les maladies inflammatoires dés K organes de la respiration ont causé 7/i2 décès, au lieu d'environ 200, qui est « ordinaire en cette saison...
« La congestion et l'apoplexie pulmonaires... méritent cette semaine une « mention spéciale : elles ont causé 140 décès (tandis qu'elles en causaient 74 « pendant l'ensemble du mois de décembre 1S8S).,. »
« Et plus loin, la statistique officielle ajoute :
« Les maladies épidémiques ne méritent guère d'attirer l'attention... n
« Eh bien! et l'épidémie régnante?... et la mortalité presque quadruplée des maladies des organes respiratoires, qui constituent sa complicalion essentielle et grave?... Tout cela n'est rien..., il n'y a pas là de quoi attirer l'attention, en fait d'épidémie?...
« On est vraiment tenlé de se poser la fameuse question : « Qui trompe-t-on « ici..., et pourquoi cherche-t-on à tromper? » Sommes-nous donc destinés à vivre éternellement sous le régime ancien et peu démocratique de « la vérité « et de la lumière sous le boisseau», par la crainte et le prétexte de semer l'alarme dans le public?
« L'alarme en ce cas, c'est-à-dire dans le cas de la vérité, est absolument tutélaire; elle avertit, protège et sauve des imprudences et des catastrophes.
« Ne dites rien, ou dites ce qui est : c'est un devoir sacré, auquel on ne faillit pas sans de graves responsabilités. » {Tribune médicale, 9 janvier 1890.)
HETOUH DE LA GRIPPH.