GRIPPE ET ACCIDENTS BULBAIRES. B
il est lait de une t\ deux piqûres de morphine de 1 centigramme.
« Retour de la campagne à la fin d'octobre; état satisfaisant; accouchement naturel avec anesthésie par le chloroforme, le 10 décembre ; petite fille à terme bien constituée. On profite de ce moment pour priver M""» X... de la morphine, et on y parvient presque sans peine et sans qu'il en résulte rien de fâcheux.
« Cependant, l'épidémie d'influenza de l'année passée recommençait ; or, les jours qui suivent l'accouchement se passent très bien, mais le 2S (neuf jours après l'accouchement), M^^ X..., qui n'avait pas quitté son lit et n'avait pu se refroidir dans une chambre des plus confortables, commence à tousser, sana fièvre ; quelques sibilances des deux côtés.
« Le lendemain, la bronchite est plus accusée, la toux très fréquente, avec un peu d'oppression.
« Le 29, points de côté très violents à droite et à gauche, oppression et angoisse; orlhopnée. Faciès paie, grippé; expectoration sanguinolente ; température à 3d degrés. Rien du côté génito-abdominal ; ventre très peu ballonné, utérus non douloureux, écoulement lochial normal, pas d'oedème des jambes.
« On ne peut donc s'arrêter à l'hypothèse d'une embolie pul^ monaire. La respiration est soufflante dans la fosse sous-épineuse gauche; dans le reste de la poitrine, râles sibilants et muqueux.
« (Sangsues, piqûres de morphine, potions expectorantes, cognac.)
« Le lendemain, souffle aigu à droite dans la fosse sous-épineuse également; foyer de râles crépitants et sous-crépitants disséminés dans les deux poumons, surtout à droite. Expectoration sanguinolente.
« Diagnostic : broncho-pneumonie grippale avec noyaux d'apoplexie pulmonaire.
« On continue la morphine, qui seule peut calmer les douleurs et les accès d'oppression, et on fait une révulsion énergique des deux côtés.
« Pendant une semaine, l'état local reste le mSme; le souffle ët la matité persistent à droite, à la partie moyenne et en bas, avec foyers de râles, plus ou moins nombreux.
« La lièvre reste aux environs de 39 degrés ; les crachats sont toujours liémoptoïques. Douleurs précordiales avec faiblesse du pouls, lipothymies; mais rien à l'auscultation.
« Le 8 janvier 1891, l'état de la malade est considéré comme désespéré, mais grâce aux cordiaux, aux piqûres d'éther, à la morphine, à la spartéine et aux révulsifs, on peut conjurer la crise.
« La fièvre diminue, le souffle et les râles disparaissent presque à gauche ; il n'en est pas de même à droite oîi persistent, dans la fosse sous-épineuse et à la base, du souffle et des râles sou s-crépitants. De temps à autre une fusée de râles s'étend à gauche.
« Les crachats, moins rouges, moins abondants, sont rouilles.
« Ce qui domine, c'est l'état de faiblesse, la pâleur, la décoloration cutanée. Quand on veut examiner la malade, c'est avec les plus grandes précautions qu'on doit le faire, de peur d'une syncope.
« A peine est-elle assise que le pouls faiblit, disparaît et qu'elle perd presque connaissance,
, ■ « Si on lui fait attendre quelques minutes sa piqûre de morphine, elle éprouve du malaise, de l'angoisse précordiale, puis ;\ peine la morphine est-elle absorbée que tout rentre dans l'ordre et que le pouls se relève. L'auscultation du cœur reste négative ; cependant, la malade se plaint de son cœur depuis longtemps.
« L'alimentation est particulièrement difficile ; néanmoins, il y a très peu de vomissements; mais V'arrivée des aliments dans l'estomac provoque tout de suite de l'oppression et de l'angoisse.
« Cet état précaire dure jusqu'à la fin de janvier ; alors, se produit une réelle amélioration. La fièvre a tout à fait disparu ; il n'y a plus rien à gauche ; à droite, un peu de souffle et quelques râles. L'expectoration reste rouillée.
« Les forces sont un peu revenues ; il y a du sommeil ; l'amélioration est telle qu'on autorise le transport de la malade dans son domicile particulier, car, depuis son retour de la campagne, elle était restée à l'hôtel. Ce transport s'effectue le 7 février, dans d'excellentes conditions ; la malade est installée chez elle, dans son lit ; le pouls est excellent ; il n'y a pas d'oppression ni de malaise d'aucune sorte. La malade prend quelques aliments,
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paraît très gaie, très satisfaite, joue avec sa lilletle et, enfin, s'endort vers minuit. A deux heures du matin, elle s'éveille en sursaut, se plaint d'oppression, de faiblesse extrême, se sent mourir; le pouls disparaît, ainsi que le constate la garde, la peau devient froide, et, malgré les piqûres d'éther, les frictions, les boissons stimulantes, la faiblesse est de plus en plus grande et la mort survient.
« A la première alerte, on était accouru me chercher ; mais quand j'arrivai, vers trois heures du matin, la malade venait de rendre le dernier soupir. »
En résumé, attaque d'influenza au 8 décembre 1889: bronchite, congestion pulmonaire, pleurésie diaphragmatique, accidents bulbaires. Nouvelle bronchite en juin 1890. Troisième bronchite en décembre de la même année, dans le cours d'un état puerpéral normal (et pendant la nouvelle épidémie d'influenza de 1890-1891); puis broncho-pneumonie avec apoplexie pulmonaire. Mort par les pneumogastriques en février 1891.
Dans ce cas remarquable, dont j'ai pu suivre, avec Martinet et Labadie-Lagrave, presque toutes les péripéties, les plexus pulmonaire et cardiaque furent frappés (disons « empoisonnés ») par une première attaque d'influenza, à la fin de l'année 1889, et ne se débarrassèrent jamais complètement de celte impression (disons « infection »). Chez cette jeune femme, c'est le bulbe qui fut touché, et, par le bulbe, les pneumogastriques, ainsi que le phrénique, qui naît de la portion de la moelle cervicale, immédiatement contigiië.
Ainsi s'expliquent la série des symptômes et leur enchaînement : par l'infection grippale, parésie du plexus pulmonaire, bronchite généralisée, et, peu après, congestion pulmonaire; ensuite, pleurésie diaphragmatique. Puis, le plexus cardiaque se prend, il y a une véritable attaque d'angine de poitrine, avec ralentissement du pouls et tendance syncopale.
Ici, les accidents sont d'ordre irritatif et, dès qu'elle mange,
la malade éprouve les symptômes plus ou moins accentués de
l'angine de poitrine, par le fait de la mise en activité du plexus
solaire et au moment même de l'ingestion des aliments.
Jamais la guérison du bulbe ne fut complète ; d'où la répéti- Peter. — Clin, niéd. m.— 22
tion des bi-onchiles. Aussi, au retour de l'épidémie d'influenza, en décembre 1890, y eul-il un retour, cette fois formidable, des accidents paralytiques de l'appareil respiratoire, bronchite, congestion pulmonaire, apoplexie pulmonaire également, et aussi accidents cardiaques angoriques, que provoquait toujours l'arrivée, dans l'eslomac, des aliments môme les plus légers, et que calmait seule une injection de morphine; puis, finalement, mort due à une syncope par épuisement de l'innervation bulbaire et impuissance de vivre.
Je dis bien : « impuissance de vivre» ; les trois plexus viscéraux refusaient le service; à peine demandait-on le fonctionnement au plexus solaire par la mise en action de l'estomac, que la synergie fonctionnelle qui relie les trois plexus devenant synergie morbide, les plexus pulmonaire et cardiaque étaient mis en déficit. Il y avait de la dyspnée allant progressivement jusqu'à la suffocation, et de la douleur précordiale allant jusqu'à la lipothymie et la syncope.
Une injection de morphine mettait fin à ces désordres ; mais on voit quelle difficulté pour l'alimentation.
De même pour la respiration : l'hématose n'était pas seulement entravée par la congestion et l'apoplexie pulmonaires résultant de la parésie du plexus ; cette même parésie rendait difflcile l'action de la partie des poumons restée saine. La respiration ne s'accomplissait plus automatiquement, ainsi qu'il est normal ; la malade devait faire intervenir la volonté pour mettre en réquisition toutes les forces inspiratrices. Or, pendant le sommeil, la volonté n'intervenant plus, l'hématose était de plus en plus incomplète et l'angoisse respiratoire provoquait le réveil. C'est ainsi que se passait chaque nuit ; dans celle qui fut la dernière, la malheureuse succomba, moitié asphyxiante et moitié syncopée, paralysée dans ses poumons et dans son cœur.
On avait cependant employé tous les moyens thérapeutiques rationnels : contre la défaillance vitale, les injections d'éther; contre l'angoisse cardiaque et pulmonaire, les injections de morphine, et toujours soulagement.
La congestion pulmonaire avait été combattue par les ventouses sèches et scarifiées et par les vésicaloires; l'hémoptysie,
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par l'ergot de seigle eu nature et les injections d'ergoline, et constamment avec succès. Mais toujours la congestion et l'hémorrliagie renaissaient, par la parésie du plexus pulmonaire.
Le trépied vital (cardiaque, pulmonaire et gastrique) était ainsi sans cesse en équilibre instable ; il devait finir par se ren^verser^ et l'organisme avec lui.
Voici, maintenant, des cas oti le plexus solaire fut plus spécialement toucbé; il s'agit de faits de grippe, en apparence étrange, je veux dire de cas cholériformes. Et cependant ils éclairent les autres par leur étrangeté même; c'est afiaire de plexus. Tels les suivants :
Un jeune homme de vingt-neuf ans, peintre en voitures, entre, le 29 janvier 1891, salle Laënnec, n° 31. Ce jeune homme n'a jamais été malade, mais il abuse un peu des boissons spiritueuses ; il boit un litre de vin par jour, souvent davantage, et un ou deux verres d'absinthe. Depuis quelque temps, il ne fait plus d'excès, faute d'argent.
Première atteinte de grippe respiratoire au commencement de novembre 1890. Le jeune homme, mouillé plusieurs fois, contracte une bronchite avec un peu de pleurésie à gauche ; on le soigne à Nanterre. A peine guéri, il cherche du travail et se fatigue beaucoup.
Deuxième atteinte de grippe respiratoire à la fin de décembre : toux, fièvre, point de côté à gauche. Des ventouses scarifiées le soulagent momentanément. Mais le malade ne veut pas s'aliter; il cherche de l'ouvrage, frappant à toutes les portes.
Troisième atteinte de grippe, intestinale cette fois. Le 27 janvier, après une longue course, le malade arrive épuisé à l'asile de nuit du Champ-de-Mars. Il lui fut impossible, tant sa prostration était grande, de prendre sa gamelle de soupe.
Il éprouve un malaise extrême avec du vertige et des nausées.
Puis il se traîne au cabinet et, là, il a des vomissements et une diarrhée très abondante, accompagnée de coliques vives et d'une violente douleur à l'épigastre.
Dans la nuit du 27 au 28 janvier, il eut de nouveau trois on quatre évacuations très liquides, puis des envies infructueuses d'aller à la selle.
La journée du 28, il eut encore quelques vomissemenls, un peu de diarrhée, toujours des douleurs h. l'épigaslre et dans le ventre.
A son entrée dans mon service, le 29 janvier, il est pâle, très affaibli, répond paresseusement aux questions qu'on lui pose ; il est presque défaillant.
La langue est étalée, blanchâtre, trémulante. Le malade a encore des nausées, mais ne vomit plus. 11 se plaint vivement de sa douleur abdominale, qui a deux foyers : épigastre et région ombilicale. Mais il n'a plus de diarrhée et la constipation a succédé à celle-ci. Le foie est normal.
Les voies respiratoires sont intactes. Les grippes antérieures n'ont laissé aucune trace. Le phrénique gauche est plus douloureux que le droit. Le malade se plaint aussi de crampes douloureuses dans les jambes et dans les bras.
Traitement: sinapismes au creux épigastrique, repos absolu, alimentation lactée mitigée.
Les jours suivants, l'amélioration survient progressivement ; les douleurs abdominales s'effacent; il n'y a plus de nausées, ni de vomissements, plus de crampes.
Le 3 février, le malade peut être considéré comme franchement convalescent.
Remarquez, je vous prie, les douleurs àl'épigastre par offense au plexus solaire, et les crampes par réflexe de ce plexus sur les nerfs moteurs des membres inférieurs, ainsi qu'il est habituel dans le choléra.
Voici un autre cas : une femme, âgée de dix-sept ans, blanchisseuse, entre, le 29 janvier 1891 , salle Trousseau, lit n° 24.
Scarlatine au mois d'août dernier, qui Ta laissée débilitée ; de plus, surmenage habituel, se levant à six heures du malin, pour se coucher à onze heures du soir.
Une quinzaine de jours avant son entrée à l'hôpital, cette jeune fille, en portant un paquet de linge, a un élourdissement et tombe dans un escalier ; les jours suivants, plusieurs frissons avec sueurs et claquements de dents ; un coryza apparaît pendant trois jours.
GRIPPE ET SYMPATHIQUE VASO-MOTEUU. :t11
Tous ces accidents se calment assez rapidement, et la malade revient à son état normal, quoique toujours bien faible.
Le 23 janvier, en lavant du linge, cette jeune fille prend froid ; elle frissonne, elle ne peut se réchauffer devant le feu. Le lendemain, il lui est impossible de s'habiller, elle est prise d'étourdùsemenls et ne peut se tenir debout. Elle ressent également un violent mal de tête, et, en outre, une douleur vive dans le côté gauche. A ce moment, elle tousse beaucoup, mais sans cracher.
Le 26, elle voitiit à la suite de quintes de toux.
Le 28, crampes dans la jambe gauche et la cuisse, durant dix minutes, pendant lesquelles la malade ne peut remuer sa jambe tellement elle souffre. Douleur du côté gauche.
Dans la nuit du mercredi au jeudi, nouvelle crampe la réveillant en sursaut et durant environ un quart d'heure. Diarrhée abondante. La malade ne peut se retenir.
Le 29, la température axillaire est de 39 degrés. Il y a de la douleur à l'estomac, des douleurs dans les jambes et une diarrhée des plus abondantes. Rien dans la poitrine.
Le 30, la température redevient normale, la diarrhée cesse un peu, grâce au sous-nitrate de bismuth, au laudanum et aux badigeonnages à la teinture d'iode sur le ventre.
La guérison a lieu au bout de quatre jours, mais la faiblesse persiste plus de deux semaines.
Voici enfin un cas où le grand sympathique vaso-moteur fut nettement offensé ; il s'agit de grippe sudorale.
Un médecin célèbre, mais fort âgé, prit froid dans un atelier de sculpteur, et ce lui fut un prétexte, dans cette épidémie actuelle de grippe (février 1891), de la contracter sous forme bronchitique. Le plexus pulmonaire est d'abord touché : toux, oppression et flux bronchique excessif; la révulsion et les cordiaux Unissent par triompher de cette parésie des bronches ; mais elle est bientôt remplacée par une parésie des vaso-moteurs de la peau : sensation de chaleur périphérique intense, avec intolérance au contact de l'air, qui semble glacial au malade ; et à chaque instant, mais surtout la nuit, ilux sudoral tel qu'il faut éponger le patient. Ces sueurs excessives ne sont pas seulement
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une cause d'épuisoment, elles entraînent une diminution parallèle dans la sécrétion urinaire, il y a oligurio, le malade pisse à peine de 150 à 300 grammes d'urine par jour. La langue est sèche et rougo, la soif vive; mais il n'y a pas de symptômes d'urémie.
Cependant la fièvre a cessé ; il y a tout au plus 31",^ le soir. Ce qui domine, c'est une extrême faiblesse causée par cette spoliation sudorale quotidienne, sorte de diarrhée de la peau, et une anorexie absolue.
Tous les diurétiques échouèrent, ce qui se conçoit, puisque la diminution de la sécrétion urinaire était la conséquence de l'hypersécrétion sudorale. Et cela durait depuis plus de deux mois quand, grâce au tellurate de soude à la dose de 5 centigrammes par jour, on parvint à diminuer la sueur sans jamais la tarir; et alors, h l'aide de 50 grammes de lactose par jour, on réussit à obtenir de 500 à 800 grammes d'urine. Mais la sensibilité morbide au contact de l'air persiste ; le malade ne peut vivre que calfeutré dans son lit et sous ses couvertures. Un autre fait d'hyperesthésie sensorielle s'est produit : ce malade a une cataracte ; or, de même qu'il y a cette perversion de la sensibilité cutanée, ainsi il y a hyperestliésie de la sensibilité rétinienne, et la moindre lumière, le plus petit reflet lumineux cause au malade une douleur des plus vives, de sorte qu'il est contraint de séjourner dans l'obscurité la plus profonde.
Les fonctions digestives se sont à peu près rétablies, c'oslà-dire que ce vieillard se nourrit d'un peu moins d'un litre de lait par jour et d'un à deux œufs ; tout autre aliment tend à provoquer une lipothymie.
Au milieu de tout cela, le cerveau reste intact, et ce médecin assiste intellectuellement à sa propre décadence organique et en analyse tous les phénomènes.
Voilà maintenant cinq mois que cela dure, et comme la nutrition est suffisante à cet homme qui, ne bougeant pas, ne fait aucune dépense, il n'y a pas de raison pour que cet état végc^ tatif — la vie au minimum — ne persiste longtemps encore, ainsi que nous en voyons dans nos salles un exemple remarquable.
Ce qu'il y a de plus saillant dans ce fait, c'est que l'atteinte