‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 122 sur 287 · GRIPPE ET SYSTÈME NERVEUX TOUT ENTIER · texte numérisé non relu

GRIPPE ET SYSTÈME NERVEUX TOUT ENTIER

portée à la vitalité par l'infection grippale a été si profonde, que ce vieillard qui, à quatre-vingt-deux ans, étonnait le monde par son esprit alerte et la vivacité de ses allures, de sorte qu'il paraissait avoir à peine soixante ans, est actuellement plus que nonagénaire ; il a vieilli de vingt ans en quelques mois.

J'ai observé un autre fait de grippe sudorale, où les sueurs . profuses se sont manifestées vers la fm de la maladie, comme ici. Elles ont duré près d'un mois, et étaient accompagnées d'un tel sentiment de faiblesse que le malade, qui, lui aussi, était médecin, se croyait atteint de tuberculisation aiguë. Mais il était jeune, et guérit, ne gardant de son aifection qu'une débilité qui persista plusieurs semaines.

La grippe sudorale confine ainsi à la suette.

Je termine en vous signalant le fait de cet homme âgé — mais vigoureux malgré son âge — et qui ne guérit de la grippe que pour tomber brusquement dans la cachexie sénile la plus irrémédiable. Je ne sais pas de maladie infectieuse qui porte à la vie végétative une atteinte aussi profonde.

Voici le fait très résumé :

Le 16 janvier 1890, en pleine épidémie de grippe, entra à l'hôpital Necker, salle Laënnec, n° 28, un vieillard de soixante-dix ans, exerçant la dure profession de jardinier (ce qui prouve qu'il avait conservé sa vigueur malgré cet âge avancé).

Il ne nous fut pas malaisé de diagnostiquer sa maladie ; c'était l'influenza, qui sévissait alors avec la violence que vous savez. La maladie se manifestait chez lui par un affaissement nerveux voisin du coma et par une broncho-pneumonie très étendue, accompagnée d'une fièvre assez vive. La langue était sèche, couverte de fuliginosités. Je pensai que cet homme était perdu, et en raison de son âge (il était manifestement athéromateux), et en raison de la gravité des lésions pulmonaires. Pendant les jours qui suivirent l'entrée du malade à l'hôpital, les événements semblèrent justifier mes prévisions pessimistes, La fièvre restait toujours vive, l'adynamie était profonde ; le malade avait de l'incontinence des matières fécales, les lésions pulmonaires étaient très marquées. Nous avions couvert la poitrine de ven-

LES OlUl'l'ÉS.

louscs sèches, et, pour prévenir la déiaillance du cœur, nous avions l'ait des injections sous-cutanéos d'éther et de caféine.

Or, voici qu'une semaine après son entrée, le malade s'améliore, la fièvre tombe, les lésions pulmonaires se résolvent. Mais le système nerveux tout entier reste profondément atteint ; le malade est immobile dans son lit, le regard vague; il a toujours de l'incontinence des matières, il semble ne pas entendre ce qu'on lui dit, il ne parle jamais.

Et depuis bientôt deux ans, nous le voyons tous les matins, couché dans le môme lit, immobile et muet, ne se plaignant de rien. Il ne se lève pas ; il mange assez bien ce qu'on lui offre, et qu'il ne demande pas ; il n'a même pas l'instinct de l'huître — au niveau de laquelle s'est abaissée sa vitalité — et qui, elle au moins, appète la nourriture ; il a toujours de l'incontinence des matières fécales.

11 présente, à un haut degré, les attributs de la sénilité ; outre qu'il est gâteux, sa peau est sèche et ridée, son corps est d'une maigreur extrême.

Notez que, s'il ne se lève pas, ce n'est pas qu'il soit paralysé ; il ne présente aucune trace de paralysie. C'est l'adynamie nerveuse qui seule empêche cet homme de se lever et de marcher.

Vous voyez ici les effets du poison grippal sur la totalité du système nerveux d'un vieillard alhéromateux ; la grippe l'a jeté dans un état d'adynamie profonde, et comme figé dans l'immobilité et le mutisme.

LES DIPHTHERISÉS

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