‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 125 sur 287 · ANGINE CATARRHALE PUIS DIPHTHÉRIOUE · texte numérisé non relu

ANGINE CATARRHALE PUIS DIPHTHÉRIOUE

Le mari de cette femme, employé h la Compagnie de l'Ouest, homme solide de trente et un ans, est entré dans notre service le 26 février pour une angine diphthérique assez sévère.

11 nous raconta, que huit jours auparavant, il avaitporté un de ses enfants à l'hôpital pour une angine. L'enfant avait été observé deux ou trois jours, puis rendu à ses parents. Mais la veille de son entrée à l'hôpital, l'enfant a été de nouveau repris de phénomènes laryngés; conduit à l'hôpital des Enfants, il présenta une diphthérie toxique et mourut. La maladie diphthérique avait été pendant une semaine simplement catarrhale. Un autre de ses enfants, âgé de six ans, fut pris deux jours après de diphthérie, et mourut également à l'hôpital.

Or, voici la marche de l'angine chez notre malade : le 24 février, il fut pris de gêne considérable et de douleur pharyngée ; le médecin appelé constata une angine catarrhale intense, mais redouta avec raison la diphthérie, ayant soigné l'enfant atteint quelques jours auparavant. Le 23 février, maux de tête, courbature, angine toujours douloureuse sans fausses membranes.

Le 26 février, le médecin trouve sur l'amygdale droite une légère plaque blanche, et envoie le malade à l'hôpital.

A son entrée, on constate une vive injection de tout le fond de la gorge. Une fausse membrane blanche, épaisse, recouvre l'amygdale droite, empiétant un peu sur le pilier antérieur du voile du palais et sur la luette.

A gauche également fausse membrane sur l'amygdale, le pilier antérieur du voile du palais et sur la luette.

Le 27 février, même état local ; fièvre intense, 38°, 5 le matin ; 40 degrés le soir. Abattement, on trouve un petit ganglion dur, roulant sous le doigt, sous le maxillaire adroite; les urines sont légèrement albumineuses.

Les jours suivants, les fausses membranes se reproduisent moins rapidement. La fièvre tombe, l'albuminurie disparaît. L'état général s'améliore et le malade demande à manger. La convalescence est rapide. Le malade sort complètement guéri, une dizaine de jours après son entrée à l'hôpital.

Voici encore un cas de diphthérie toxique mortelle, qui donne naissance à une diphthérie de moyenne intensité. Vous vous ran-

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pelea ceUe femme cie cinquanLo ans, concierge, couchée au n" 24 de la salle Trousseau. Elle soignait un jeune homme qui mourut en deux jours de diphthérie hyperloxique non croupale. Le troisième jour après la contagion, cette femme fut prise de difficulté de la déglutition, de douleur pharyngée ; on ne constatait qu'une vive rougeur du voije du palais et des amygdales, sans fausses membranes; mais cette malade était abattue, avait perdu l'appétit, était courbatue, et le médecin, qui j^vait soigné le jeune homme, le docteur Lahusquière, redoutant la diphthérie, la fit rester au lit. Le surlendemain, une plaque diphthérique apparut sur l'amygdale gauche, empiétant sur le voile du palais.

A l'entrée de cette femme à l'hôpital, nous constations une angine diphthérique non douteuse, mais il n'y avait pas d'engorgement ganglionnaire, pas de fièvre, pas d'albumine dans les urines; la voix n'était pas altérée, et la maladie s'annonçait bénigne. La malade guérit en quelques jours.

C'est là encore un exemple de « série morbide décroissante m dans la diphthérie. Ce n'est pas la qualité du germe, mais la résistance de l'organisme, qui fait la légèreté ou la gravité de la maladie.

Cette loi des séries morbides, tantôt « à progression croissante », tantôt « à progression décroissante », je l'ai constatée dès 18S8, alors que j'étais interne à l'hôpital des Enfants, et à l'occasion des cas si probants que je vais vous rapporter. Dans un premier ordre de faits, on voit la série morbide à progression décroissante : il y a apparition successive d'angines diphthériques, puis d'angines simples dans une même maison; la maladie se développant d'autant plus tard et ayant d'autant moins de gravité que les rapports ont été moins fréquents, ou la consanguinité plus éloignée. Et d'abord inoculation possible d'un nourrisson à sa nourrice.

lo La petite G..., âgée de deux mois, est prise d'angine diphthérique le 17 mai de cette année, et elle succombe dans la journée du 22.

2° Dans la soirée du 21, la mère, âgée de vingt-deux ans, éprouve du malaise avec fièvre ; il y a un peu d'angine. Vingt-

SÉRIE MORBIDE DIPHTHÉRIQUE. 86i

quatre heupes après, apparition d'un point blanchâtre sur l'amygdale droite.

Le!23, fausses membranes sur les deux amygdales et dans les crevasses qui existaient sur le sein, autour du mamelon ; engorgement des ganglions sous-maxillaires des deux côtés.

Aggravation, les jours suivants, des symptômes locaux et généraux, puis amélioration lente et graduelle.

Disparition totale des fausses membranes, au commencement de juin, abcès de l'amygdale droite. Guérison complète le H juin.

3° La bonne de la petite fllle, âgée de trente-trois ans, est atteinte d'une angine grave, mais sans complication de fausses membranes. Tombée malade le 23 mai, elle est complètement guérie le 4 juin.

4° Le père de la petite fille, âgé de trente-cinq ?ns, a une angine simple, de moyenne intensité, et qui a duré du 25 au 29 juin. Ce malade n'a été alité que deux jours.

5° Le grand-père et la grand'mère, qui sont venus journellement voir leurs enfants, la grand'mère surtout qui les a soignés, ont eu des angines simples et très bénignes.

6° Une dame du voisinage, amie de la famille, et qui était venue souvent visiter les malades, a été atteinte de laryngite.

7° La cuisinière de la maison, âgée de quarante et quelques années, n'a eu aucun symptôme de mal de gorge.

Dans cette petite épidémie, nous voyons d'abord la même in^ fluence morbide se manifester différemment chez divers individus.

La consanguinité, la fréquence des rapports hâtent le déve-? loppement de la maladie et la font ressembler davantage à celle qui fut l'origine de l'épidémie.

L'âge paraît aussi avoir eu quelque action sur l'époque de l'éclosion et la forme de la maladie.

Eu égard h la fo7me, nous voyons que la maladie fut pseudoinembraneuse chez la ûUe et chez la mère.

La bonne de l'enfant, qui avait avec elle des rapports fréf

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quenls, mais moins intimes toutefois que la mère qui l'allaitait, la bonne eut, deux jours seulement après la mère, une angine qui, bien que grave, ne devint pas couenneuse.

Puis successivement, et beaucoup plus tard, l'affection se manifeste, sous sa forme la plus bénigne, chez les individus les moins sédentaires ; chez le père, que ses occupations appelaient fréquemment au dehors, chez les grands-parents, qui ne demeuraient pas dans la maison infectée, et chez une voisine qui était venue fréquemment visiter la malade, il n'y eut qu'une angine des plus simples et des plus bénignes.

Quant à la cuisinière, que la nature de ses fonctions mettait peu en rapport avec les malades, elle n'eut rien (1).

Des faits semblables ont été observés par le docteur Guérard, médecin de l'Hôtel-Dieu, qui les communiqua à la Société médicale des hôpitaux le 25 août 1838. Il vit, dans une famille, un jeune enfant succomber au croup, l'autre enfant avoir une angine érythémateuse légère, et le père être atteint d'angine violente avec couenne, mais dont il guérit. Ici encore, le même germe s'est développé différemment suivant l'organisme où il a été déposé.

De même que nous voyons, en temps d'épidémie de rougeole, des fièvres sans la signature cutanée, mais que nous n'hésitons pas à rattacher à la fièvre éruptive régnante, de même nous ob-. servons, dans les milieux où règne la diphthérie, des angines diphthériques sans fausse membrane, angines où la diphthérie s'arrête à la période catarrhale.La maladie, diphthérique dans son origine, est restée inflammatoire dans son évolution.

Voici encore un exemple de série morbide à progression décroissante des plus nettes ; nous l'avons observé avec mon collègue Jules Simon. Dans un château somptueux, dans les conditions du plus grand confortable et de l'hygiène la plus parfaite, une jeune fille meurt de diphthérie toxique. Pendant une semaine, jour et nuit, elle est soignée par sa mère, qui la tient dans ses bras la dernière journée de sa vie. On ne peut rêver des

(1) Ces faits ont été consignés dans un Mémoire sur la diphthérie qui eut le prix Montyon en 1859 (p. 54, 55 et 56 de ce Mémoire).

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