‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 126 sur 287 · SÉRIE DIPHTHÉRIOUK A PROGRESSION CROISSANTE · texte numérisé non relu

SÉRIE DIPHTHÉRIOUK A PROGRESSION CROISSANTE

conditions de contagion plus parfaite. Vingt-quatre heures après la mort de l'enfant, la mère est prise d'angine violente ; elle accourt à Paris et me fait appeler. Je constatai une angine simple extrêmement intense, avec vive injection de la totalité du fond de la gorge. Eh bien, ce fut tout. Cette dame n'eut qu'une angine érylhémateuse trûs douloureuse, mais qui persista à l'état inflammatoire, sans qu'il y eût jamais d'cxsudat (et Dieu sait avec quel soin Jules Simon et moi nous examinions la gorge chaque jour). Mais cette angine se prolongea trois semaines ; puis il survint de la laryngite avec toux coqueluchoïde, et je constatai de l'adénopathie trachéo-bronchique. Les ganglions restèrent hypertrophiés plusieurs mois, malgré une saison au Mont-Dore et un^ traitement énergique. 11 y avait eu infection diphlhérique sans exsudât pseudo-membraneux.

Voici maintenant une série morbide à progression croissante.

i° Et d'abord, il s'agit d'un cas à' angine couenneiise des plus douteuses, a frigore, et qui guérit rapidement.

Le 8 septembre 1839, un douanier, âgé de trente ans environ, qui, la nuit précédente, avait été outrageusement mouillé, est pris de fièvre avec anorexie, courbature très grande et mal de gorge ; il est aussitôt forcé de s'aliter.

Dès le soir même, les mouvements de rotation du cou étaient pénibles, et la déglutition s'accomplissait avec difficulté et douleur. L'haleine était très fétide.

Cet homme garde le lit pendant trois jours, au bout desquels il peut reprendre ses occupations.

Il n'a été vu par aucun médecin, et le traitement a consisté en gargarismes et en boissons rafraîchissantes.

2» Sa femme, Ma'rguerite N..., âgée de vingt-huit ans, bonne chez M. B..., est robuste et bien portante. Le jeudi 8 septembre, elle était à peine revenue d'Étretat avec ses maîtres que, fatiguée du voyage, elle fait, à une heure très avancée de la soirée, à pied, plus d'une lieue, pour aller voir son mari, qu'elle trouve malade. Elle le soigne et partage son lit.

Peter. — Clin. méd. ,,, a.

354 LES DIPHTHÉUISÉS.

Le 9, son ouvrage terminé, elle retourne encore le soir auprès de son mari, et passe de nouveau la nuit auprès de lui.

Il en fut de même de la nuit suivante, celle du 40 au 11.

Le malin du dimanche 11, cette femme présente, à son arrivée chez ses maîtres, une notable altération des traits ; elle éprouve une fatigue générale, a de la Dôvre dans la journée et est obligée de s'aliter.

Le 12, B... examine l'arrière-gorge de sa bonne, et constate que le fond de la gorge est tapissé d'une couenne grisâtre et épaisse. L'haleine est d'une repoussante fétidité, comme il en était du mari.

Un médecin, appelé auprès de la malade, porte un pronostic favorable, et refuse à la maladie toute propriété contagieuse.

Le traitement consiste en applications topiques d'alun, en gargarismes et en boissons délayantes.

La fièvre continue et l'état général reste mauvais jusqu'au jeudi 15.

Le 16, la femme N..., convalescente, descend dans l'appartement, et reste quelques heures auprès du jeune Paul B...

La santé se rétablit assez vite ; cependant la faiblesse persiste pendant près de huit jours.

3° Le petit Paul B..., âgé de vingt-six mois, enfant délicat, est pris, le jeudi 26 septembre, six jours après avoir été en rapport avec la femme N..., convalescente d'angine couenneuse, d'un léger mouvement fébrile.

Le lendemain, il se plaint de mal de gorge.

Le 26 seulement, on examine la gorge, et l'on constate la rougeur de l'angine simple.

Le 27, plaques couenneuses sur les amygdales.

Le 28, la fausse membrane a envahi l'isthme du gosier. L'enfant, vu pour la première fois par M. Gillette, est ramené par ce médecin d'Eaubonne à Paris.

Du 29 septembre au 3 octobre, l'angine couenneuse persiste, sans toutefois faire de progrès manifestes ; malheureusement, le petit malade refuse toute nourriture, pâlit et s'affaiblit visiblement.

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