‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 127 sur 287 · SÉRIE DIPHTHÉRIQUE A PROGRESSION CROISSANTE · texte numérisé non relu

SÉRIE DIPHTHÉRIQUE A PROGRESSION CROISSANTE

Le 4, le larynx commence à se prendre dans la journée.

Le S, consultation de M. Trousseau. La voix, très légèrement altérée, est éraillée ; on est encore loin de supposer la trachéotomie nécessaire ; cependant, M. Trousseau ne voit de contreindication à l'opération, ni dans l'état général, ni dans l'âge du petit malade.

La voix s'éteint dans la journée ; de la dyspnée se manifeste qui s'aggrave d'heure en heure, et devient rapidement telle, qu'à onze heures et demie du soir, la trachéotomie urgente est pratiquée par moi en présence de Gillette.

Il n'y a pas de rejet de fausse membrane.

Le 6, amélioration, mais pâleur. Dans la soirée, coryza, qui est bientôt des plus abondants.

Nuit très mauvaise, une fausse membrane est rejetée par la canule; la diphthérie envahit la trachée.

Le 1, la canule est déjà sulfurée à sa partie convexe.

Autour de la plaie d'opération, gonflement léger, qui augmente rapidement dans la journée.

L'écoulement nasal devient très abondant et répand une odeur fétide.

La dyspnée reparaît, pas d'expulsion de fausse membrane, respiration serratique. La nuit se passe dans l'anxiété la plus grande.

Mort le 8, à midi, après huit heures de l'agonie la plus affreuse.

4" Le docteur Gillette, enrhumé depuis quelques jours, va, le 28 septembre soir, à Eaubonne prendre le petit B..., et le ramène à Paris en voiture soigneusement fermée. Très fatigué le soir, il mange à peine, et n'en va pas moins visiter son petit malade dans la soirée.

Chaque jour, il le voit deux fois, lui touche la gorge avec une solution de tannin, et reste assez longtemps en rapport avec lui.

Le 3 octobre, l'état catarrhal augmente, la voix est très enrouée.

Le 5, la maladie s'aggrave ; Gillette n'en continue pas moins à visiter ses malades en ville ; il vient trois fois voir le jeune Paul

35G LES DIPHTIIÉRISÉS.

B..., assiste à la trachéotomie, et, quoique très souffrant, reste plusieurs heures auprès de ce petit malade.

Le 7, apparition d'une plaque très blanche sur l'amygdale gauche, rougeur vive de l'isthme du gosier.

Le soir, malaise extrême et faiblesse considérable.

Le 8, Gillette garde le lit; dysphagie; le voile du palais et la luette sont considérablement tuméfiés.

lia couenne qui tapisse l'isthme du gosier, enlevée par des irrigations, ne tarde pas à se reproduire. Aphonie dans la nuit du 8 au 9.

Le 9, l'état général devient très grave ; il y a tous les symptômes du croup confirmé ; aphonie et dyspnée considérables.

Le 10, M. Gillette rend un vrai paquet de fausses membranes à la suite d'un vomitif ; mais sans qu'il en résulte d'amélioration sensible.

Le 11, aggravation croissante ; dysphagie telle que le malade n'avale qu'au prix des plus grands efforts et des plus vives douleurs; dyspnée pleine d'angoisses, thoracique autant que laryngée.

Rejet de nombreux fragments de fausses membranes venant pour la plupart des bronches, toutes très épaisses, et dont quelques-unes n'ont pas moins de 5 millimètres d'épaisseur.

Le 12, dyspnée aggravée encore ; paralysie du voile du palais et du pharynx ; plusieurs accès de suffocation dans le cours de la journée.

Mort dans la nuit du 12 au 13, au milieu d'un épouvantable accès de suffocation.

Dans cette série morbide, à progression si nettement croissante, nous voyons deux individus robustes avoir une angine bénigne, et deux sujets faibles l'avoir mortelle. Et, fait considérable, chez celui qui fut le point de départ de la série, la maladie fut nettement a frigore (1) : si la gorge enflammée de cet homme fournit au bacille de Lœffler un terrain de culture favorable, il faut reconnaître qu'il colonise tout autrement chez l'enfant délicat ou la vieillard affaibli que chez l'adulte vigoureux ; à

(1) Voir plus haut, leçon xcvii, p. 200, le cas d'angine diphthérique également a frigore et suivi de paralysie!

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