‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 128 sur 287 · BACILLE DIPHTHÉRIQUE ET TOXINE · texte numérisé non relu

BACILLE DIPHTHÉRIQUE ET TOXINE

organisme différent, maladie dissemblable, « c'est le malade qui fait sa maladie ».

Voici, d'autre part, un cas de diphlhérie spontanée et toxique, qui s'est développé dans des conditions toutes particulières d'isolement, de richesse et d'hygiène absolue. Dans une maison ot il n'y avait eu aucun cas de diphthcrie, une dame, habitant les Champs-Elysées, était atteinte d'un épithélioma de la racine delà cuisse. M. Gosselin fit l'opération, et quarante-huit heures après, nous constatâmes une fausse membrane sur la plaie, puis la malade fut prise d'angine, et succomba au croup. Or, celte dame n'était pas sortie depuis de longs mois, à cause de la maladie de sa cuisse, et Gosselin ni moi ne soignions de diphthérie ! Quelle était l'origine de ce mal ? Si c'est un microbe qui l'a engendré, d'oîi venait-il? et comment sur la plaie? et comment de la plaie à la gorge ?

Puisque normalement, au milieu des innombrables microbes que nous portons en nous, nous avons aussi le bacille de Lœffler ou de Klebs dans la gorge, sans que nous ayons pour cela la diphlhérie, comment comprendre que tout à coup ce bacille devienne pathogène? Évidemment, ce microbe ne devient tel que parce que celui qui le porte est doué de pathogénie. Évidemment encore, c'est le porteur du bacille qui fait la puissance pathogène de celui-ci, lequel reste saprogène tant que nous nous portons bien, et ne devient pathogène que le jour oîi nous-mômes devenons malades.

Ainsi, on peut avoir le microbe de la diphthérie dans la gorge, sans être atteint d'angine diphthérique; d'autre part, ce microbe peut, chez l'individu diphthérisé, devenir tellementvirulent, qu'il sécrète des alcaloïdes capables de déterminer une intoxication générale et une paralysie diphthérique. Et c'est bien l'alcaloïde, la toxine, qui provoque celte paralysie, ainsi que l'ont nettement démontré MM. Roux et Yersin, car les cultures de ce bacille, pris chez un individu diphihérisé, ayant été filtrées et n'ayant laissé passer aucun microbe, ont provoqué, par inoculation à des animaux, la paralysie diphthérique.

En résumé, suivant l'état de santé de l'individu, il peut avoir :

■'SS ■ LES DIPHTHÉIUSBS.

1° Lo bacille de Klebs dans la gorge sans la diphlhérie;

2» Le bacille de Klebs avec angine diphlliérique légère;

3° Ce bacille créant une toxine, et délerminant une diphlkérie mortelle on une paralysie des plus graves.

En réalité donc, les recherches expérimentales contemporaines confirment mes doctrines de 1838; le microbe n'y arien changé: très virulent au sortir d'un organisme humain atteint de diphthérie toxique, il donne une diphthérie bénigne si l'organisme contaminé est en élat de résistance (série morbide à progression décroissante) ; peu virulent sortant d'un organisme faiblement atteint, il peut engendrer une diphthérie mortelle si l'organisme qu'il contamine est en état de faiblesse (série morbide à progression croissante) ; il perd ou gagne sa virulence, suivant l'état actuel du milieu humain vivant.

Dans leurs belles études sur le bacille diphthérique atténué, MM. Roux et Tersin ont cherché comment on pouvait obtenir le « retour de ce bacille à la virulence » ; et ils arrivent à ce résultat par l'association du bacille diphthérique à d'autres microbes (une association de malfaiteurs!) : «On obtient, disent-ils, un renforcement, en associant ce virus non mortel, mais encore pathogène à celui de l'érysipèle, et en inoculant le mélange au cobaye. Séparés, le coccus de l'érysipèle et le microbe diphthérique atténué étaient incapables de donner la mort aux cobayes ; ossociés, ils les tuent rapidement avec les lésions de la diphthérie. Après ce passage sur le cobaye, le bacille affaibli a 7'ecoMî;résa virui lence,et celle-ci s'est maintenue dans les cultures successives. »

Et ces auteurs terminent ainsi : « D'autres microbes, sans doute, pourraient, comme celui de l'érysipèle, servir à exalter la virulence du bacille diphthérique affaibli. Les organismes microscopiques de la bouche et ceux des fausses membranes devraient .être étudiés à ce point de vue. La scarlatine, la rougeole sont souvent compliquées de diphthérie; les angines, qui marquent le début de ces fièvres éruptives, préparent la muqueuse pour le développementdu bacille diphthérique. On peut aussi penserque, DANS CERTAINS CAS, les diphlkéries qui compliquent la rougeole et la scarlatine, ont peut-être pour origine les ^aci/Zm sans virulence si souvent présents dans la bouche. Sous l'influence de la maladie

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