‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 129 sur 287 · BACILLE DIPHTHÉRIQUE ET TOXINE · texte numérisé non relu

BACILLE DIPHTHÉRIQUE ET TOXINE

éruptive ou de quelque association microbienne inconnue, ils TREiNDRAiENT de la vb'ulence et deviendraient virus diphlhérique actif. C'est là une hypothèse; mais comme nous avons prouvé que le bacille virulent de la diphthérie peut être atténué au point de ne pouvoir être distingué du pseudo-diphthérique, il n'est pas déraisonnable de supposer que ce bacille pseudo-diphthérique joue un rôle dans l'étiologie de la diphthérie. Il est encore bien difficile de prévoir ce rôle. La plupart des cas de diphthérie sont assurément dus à la contagion directe, soit au moyen du virus frais, soit au moyen du virus desséché ; mais à côté de ces diphthéries venant directement d'un bacille virulent, il en existe probablement qui ont pour origine ce bacille pseudo-diphthérique, hôte de beaucoup de bouches. Devenu virulent à des conditions que nous ne pouvons que soupçonner , il peut être le point de départ de contagions nouvelles (1). »

Dans certains cas — peut-être — des bacilles sans virulence PRENDRAIENT de la virulcnce ! Remarquez cette accumulation d'hypothèses qui aboutit à confesser la spontanéité morbide. . En fait :

1° Le bacille de Lœffler existe normalement dans la bouche d'individus bien portants ;

2° Ce bacille, venant d'un individu bien portant, ne donne pas la diphthérie ;

(Ne doit-on pas en conclure, logiquement, que ce n'est pas lui qui fait la diphthérie ; puisqu'il ne la donne pas venant d'un organisme sain ; qu'il est sain venant d'un individu sain ?)

3° Ce bacille, recueilli dans les fausses membranes d'une diphthérie à son déclin, est très peu virulent, et sa virulence décroît à mesure qu'on s'éloigne du début de la maladie et qu'on approche de la guérison (cela résulte des expériences de Roux et Yersin).

(Mais la «maladie», c'est l'ensemble des phénomènes réactionnels; donc l'ensemble donne ou retire sa virulence au bacille.)

4" D'après les expériences de Roux et Yersin, dans les diphthéries très graves, les cultures du bacille sont très virulentes ; elles le sont moins dans les diphthéries anodines.

(1) Contribution à l'étude de la diphthérie, pir Roux ot Yersin, in Annales de l'Institut Pasteur, juillet 1890.

3CÛ LES DIPHTHÉUISÉS.

(Donc encore, c'est la maladie du macroorganisme qui confère au microorganisme sa virulence, laquelle est maxima ou minima suivant la gravité ou la bénignité de Venscmble morbide, suivant la réaction du grand organisme vivant.)

Mais ce qui est vrai de la « culture du bacille » dans un milieu inerte et incapable de réagir (« bouillon de culture ») cesse de l'ôtre quand il s'agit d'un milieu vivant et réagissant (organisme humain) ; à preuve, le fait de la dame des Champs-Éiysées, infectée dans sa gorge par la fausse membrane de sa plaie chirurgicale. Y a-t-il eu là association des microbes de la bouche, devenant malfaiteurs de complicité, et transformant une fausse membrane inoffensive en une diphthérie toxique, comme dans les expériences de Roux et Yersin??

D'un autre côté, dans la séance de la Société médicale des hôpitaux du 26 juin 1891, voici que M. Chantemesse nous dit: « Quand on sectionne les amygdales, il se forme toujours au niveau de la section un dépôt couenneux qui ressemble à celui de l'angine du même nom ; en examinant ce dépôt, j'ai trouvé des staphylocoques, des streptocoques, et, en plus petit nombre, des bacilles présentant tous les caractères morphologiques des bacilles de la diphthérie ; mais les cultures de ces bacilles n'étaient douées d'aucune virulence. Je crois donc que le bacille de Lœffler peut exister à l'état normal dans la bouche, comme le staphylocoque et le streptocoque, mais qu'il ne devient virulent que dans certaines conditions (1) ».

La conclusion logique, que tire de ce fait un bactériologue sincère, est tout simplement la justification de ma doctrine, à

(1) Semaine médicale du 1" juillet 1891 ; compte rendu sténographiqueparu cinq jours après la séance.

De son côté, le Progrès médical du 4 juillet a publié dans les mêmes termes, les paroles du docteur Chantemesse. Voici le passage : « Quand on sectionne les amygdales, il se forme, sur la section, un dépôt couenneux dans lequel on trouve le streptocoque, le staphylocoque et te bacille de Lœffler, mais les cultures de ce dernier, dans ces cas, ne sont douées d'aucune virulence, ce qui donne à penser qu'il ne devient virulent que dans certaines conditions. »

Je cite ces journaux, aussi concordants que désintéressés dans la question, parce que cette communication, importante au point de vue doctrinal, a été un peu modifiée dans le Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, qui paraît quelques jours plus lard.

NATURE DK LA DIPHTHÉRIE. 361

savoir que le bacille n'est pas virulent par Lui-même, puisque : 1» ses cultures, lorsqu'il provient de fausses membranes recueillies dans une gorge saine, mais traumatisée « ne sont douées d'aucune virulence » ; 2» tandis qu'elles sont virulentes lorsque le bacille qui les fournit sort d'une gorge atteinte de diphthérie; c'est-à-dire qu'il n^wEm vhndent dans ces conditions ; c'est-à-dire enfin que c'est l'organisme malade qui le doue de virulence. Ce qui revient à proclamer que la virulence est créée par et dans l'organisme, et en raison de conditions multiples qui se résument dans ces simples mots : « mauvais état général. » Voilà pour le bacille de Lœffler et sa malfaisance. Quelques mots maintenant sur ]a.7iature de la diphthérie. A une période inédicale, désormais historique, où toutes les maladies reconnaissaient une même origine, V irritation (comme actuellement, en 1891, le microbe), et oti le mot spécifique était rayé du vocabulaire nosologique, Bretonneau, discutant avec autant d'audace que de raison la nature de la maladie qu'il décrivait, professa que la diphthéinle est une inflammation spécifique.

Et, en effet, elle est une inflammation, car elle a des maladies inflammatoires les caractères anatomiques.

Elle est une maladie spécifique, car elle a de ces maladies la propriété d'être contagieuse et de régner épidémiquement.

Mais cette affection hybride ne devait pas rester longtemps à cheval, pour ainsi dire, sur deux cadres nosologiques et, suivant la tendance d'esprit des nosographes, les uns devaient la faire passer dans le cadre des phlegmasies, parce qu'ils envisageaient exclusivement ses caractères anatomiques ; tandis que les autres, s'autorisant de ses propriétés spécifiques, la placèrent volontiers dans celui des pyrexies.

Cette dernière doctrine est celle d'aujourd'hui, et la dipethé- RiTE est devenue la diphtuérie.

Ladiphlhérie, c'est la maladie de toute la substance, la maladie toxique qui a la fausse membrane pour expression anatomique, comme la variole a la pustule ; l'état général est mauvais, la fièvre peu marquée et, avec l'angine, il y a le plus souvent engorgement des ganglions cervicaux ; quant au pronostic, il est celui des affections malignes.

362 LES niPUTHÉRISÉS.

A côté de cette maladie générale, viendrait se placer une maladie toute locale et n'ayant que la fausse membrane do commun avec la diphthérie.

Dans la maladie locale, angine couenneuse commune, la fausse membrane est un pur accident anatomique, sous lequel ne se cacherait pas la spécificité. Dans celte maladie, «il y a tuméfaction de l'une des tonsilles, au centre de laquelle existe une dépression ulcéreuse blanc jaunâtre, coloration qui est due à une exsudation plastique; la fièvre est intense, la langue saburrale; souvent une éruption herpétique apparaît dans le voisinage des lèvres ; les ganglions cervicaux sont médiocrement douloureux et peu tuméfiés ; la durée est rarement de plus de sept jours » ; telle est à peu près la description que donne dé la maladie le célèbre médecin de Tours. Après lui, Gubler a voulu voir sur la muqueuse la même éruption que sur la peau ; de part et d'autre, on a dit qu'il y avait des vésicules ; seulement ces vésicules, qui se couvrent de croûtes sur la peau, se couvrent de couenne sur la muqueuse ; et la différence du tissu suffit pour expliquer la différence du produit ; de la sorte, Vangine couenneuse commune est devenue Vangine uerpétique.

C'est là une doctrine erronée ; les faits démontrent qu"il n'existe qu'une seule affection couenneuse, la diphthérie ; affection spécifique, tantôt bénigne et tantôt grave, tantôt discrète et tantôt confluente, selon les individus et selon les circonstances.

Dans cette maladie, d'ailleurs, la bénignité et la malignité ne se mesurent pas à l'étendue de la fausse membrane; caria diphthérie peut être tout à la fois maligne et discrète, ou bénigne et confluente.

Ne voyons-nous pas, en effet (et ne vous l'ai-je pas montré?), dans un même moment, dans un même lieu et — ce qui est plus encore — dans une môme famille, la maladie couenneuse présenter chez les uns la forme diphthérique pure, tandis qu'elle avait, chez les autres, la forme dite herpétique?

Ne voit-on pas encore la maladie qui ressemblait le plus à l'angine couenneuse la plus bénigne, qui paraissait, à son début, le plus dépourvue de spécificité, et dans laquelle il n'y avait qu'une très légère exsudation pseudo-membraneuse, prendre

Page 1