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FRÉQUENCE CROISSANTE DE LA DIPHTHÉRIE

célèbre par sa salubrité el par l'absence presque complète de maladies épidémiques ou contagieuses. Lorsque les autorités locales, pour suivre les tendances du jour, voulurent le doter d'un système d'égout des mieux entendus, elles durent constater, avec la plus désagréable surprise, que la diphthérie avait fait dans ce centre de villégiature sa première apparition.

Le docteur Donkin et le docteur Thorne-Thorne, qui ont constaté des faits analogues, ne seraient pas éloignés d'incriminer les travaux du drainage du sol, ramenant à la surface des germes pathogènes (I).

Les conclusions de M. Seaton peuvent se formuler ainsi :

r La fréquence de la maladie est extrêmement variable aussi bien dans les pays de même latitude, et avec des climats semblables, que dans des contrées rapprochées l'une de l'autre ;

2° Les améliorations et mesures sanitaires qui ont eu pour effet de réduire la mortalité générale sont restées sans influence aucune sur la fréquence de la diphthérie.

M. J. Bergeron, de Paris, a présenté des tableaux qui prouvent que dans les cinq grandes villes de France, Paris, Lyon, Marseille, Lille et Bordeaux, la diphthérie est devenue endémique, depuis un tiers de siècle au moins, et n'a cessé d'y faire des progrès.

Au début de la carrière de cet érainent médecin à l'hôpital des Enfants, les cas de diphthérie étaient relativement rares. Lorsque, à l'âge de la retraite, il a quitté son service d'hôpital, ces cas avaient acquis une fréquence désespérante.

(A ce propos, je ferai observer qu'il y a plus d'un demi-siècle, la diphthérie était si peu fréquente en France, que Guersant, le père, était obligé, dans ses leçons cliniques de l'hôpital des Enfants, d'attendre qu'un cas de croup se présentât pour pouvoir faire une leçon sur cette maladie. Aujourd'hui, il en entre presque chaque jour un à deux cas.)

(1) Ace sujet, le docteur do Pielra Santa fait très judicieusement observer qu'à Paris les travaux exécutés pour le percement de la rue Rambnteau avaient amené l'apparition de fièvres intermittentes rebelles, et parfois môme pernicieuses, jusqu'alors inconnues pour les praticiens de ce quartier populeux, [Journal d'Iiygiène, 3 septembre 1891.)

36C LKS D1PHTHÉRI8ÉS.

Il suflit, d'autre part, de jeter un coup d'œil sur la statistique sanitaire des villes de France et d'Algérie, pour se convaincre que, depuis quelques années, la diphthérie fait, par an, plus de ' 3000 victimes en France.

A Lille, pendant que le chlIFre de la population reste stationnaire, le taux de léthalité par diphthérie s'élève d'année en année.

Gomment atténuer les ravages de cette maladie? continue M. Bergeron. Les recherches de Klebs, de Lœffler, de Houx et Yersin, quant à la nature parasitaire et infectieuse de la diphthérie, ne nous ont rien appris sur son origine, de sorte que, pour en restreindre les ravages, nous en sommes réduits à l'emploi de deux mesures, applicables d'ailleurs à toutes les maladies ! transmissibles, à savoir la désinfection et V isolement.

La pratique de la désinfection ne présente rien de spécial pour la diphthérie, pas plus qu'elle n'exige d'autres agents de désinfection que ceux qui sont partout en usage ; mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'il n'est peut-être pas de germes contagieux dont elle puisse aussi bien assurer la destruction que ceux de la diphthérie, parce que c'est dans les fausses membranes qu'on est sûr de lès trouver et de pouvoir les atteindre. i

On a beaucoup discuté sur le mode le plus probable de trans- ! mission de la diphthérie, mais M. Bergeron croit, presque i exclusivement, à la contagion directe, soit par les fausses mera- j branes rejetées par les diphthériques et portées directement sur | les muqueuses des personnes saines, soit par le liquide du je- '< tage, soit par des débris pseudo-membraneux frais ou même i desséchés, tant parait être longue, hors de l'organisme, la per- i sistance de la vitalité du bacille, débris qui ont pu rester dans ' les linges, la literie, les vêtements, les jouets mômes, enfin sur i les parois des logements, où une désinfection mal faite aura été impuissante à les détruire. i

En résumé, destruction des fausses membranes in situ, désin- > fection énergique et persévérante de tous les objets qui ont pu être souillés par les produits morbides de la diphthérie, voilà [ l'indication qui s'impose et qu'il sera toujours assez facile de i remplir, au moins dans les villes.

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Lorsque, au contraire, il s'agit de pratiquer l'isolement, l'hygiène se heurte à bien des inconnues. Qui pourrait, en effet, dire aujourd'hui, avec une certitude absolue, à quelle période du début la diphthérie est déjà transmissible, pendant combien de temps les malades convalescents peuvent encore transmettre la maladie, et enfin quelle doit être là durée de la quarantaine imposée aux enfants, avec raison réputés suspects, parce qu'ils ont été en contact plus ou moins prolongé avec des diphthériques?

M. Hewitt, du Minnesota, a étudié l'évolution delà diphthérie dans ce pays neuf, qui, il y a trente ans, ne comptait que 30000 habitants, et qui en a 1 million et demi actuellement.

La diphthérie a fait son apparition au Minnesota en 1860, et elle est la maladie qui cause le plus de décès, après la tuberculose et la diarrhée infantile. La diphthérie s'est déclarée d'abord dans les familles qui habitaient au bord des grands fleuves. Elle est restée localisée pendant quelque temps, par suite de l'isolement de ces familles. Plus tard, cependant, elle s'est propagée aux plaines supérieures.

Entre vingt et trente ans, les femmes sont plus exposées que les hommes à prendre la diphthérie, ce qui s'explique par le fait que la maladie est très contagieuse, et que ce sont généralement des femmes qui soignent les malades. 44 pour 100 de la totalité des cas s'observent chez des enfants âgés de moins de cinq ans.

Pour M. Abbott, la diphthérie est une maladie très contagieuse et infectieuse, mais principalement par des moyens indirects, en particulier par les vêtements ou les linges de malades ; le caractère infectieux de la diphthérie n'est pas aussi grand que celui de quelques autres maladies, notamment de la variole et de la scarlatine. (Cela est absolument exact.) L'encombrement, l'aération défectueuse et la malpropreté des habitations favorisent sa propagation ; quant à l'influence d'une canalisation défectueuse de l'eau, elle n'est rien moins que prouvée (1). A plus forte raison, la transmission par l'eau des puits et des rivières est-elle très discutable ; mais la propagation de la ma-

(1) That ihe influence of defective plumbing is not proved ; tliat Us iransmission Ihrough public and private water-supplies is not proved.

3t)8 LES DIPHTHÉniSÉS,

ladie est certainement favorisée par l'humidité du sol, des caves et des maisons. Enfin, il est certain que le poison diphthérique peut rester inerte, sans perdre sa virulence, dans une maison, pendant un laps de temps indéterminé.

Voici le chiffre de la mortalité par la diphthérie et le croup suivant les âges :

Ages. Diphthérie. Croup.

Au-dessous de 5 ans 3G,87 27,86

De S il 10 19,80 4,03

Du 10 !l 15 5,38 0,29

De 1o îi 20 1,66 0,05

Mortalité par diphthérie selon la densité de population des districts :

Denses 1000

Moyens 80:{

Épars GOO

M. John W. Tripe, médecin sanitaire du district de Hackney depuis trente-cinq ans, estime que de bonnes conditions d'assainissement urbain n'ont qu'une influence contestable pour prévenir et arrêter la propagation de la maladie.

La meilleure méthode, c'est sans contredit le feu, destruction des vêtements, hardes, linge et objets de literie infectés par les sécrétions.

M.Thursfîeld, de Shrewsbury, conteste, d'après son expérience personnelle, les idées généralement reçues sur l'étiologie de la diphthérie.

Le facteur le plus essentiel dans l'éclosion de la maladie, c'est la susceptibilité individuelle.

(Je suis absolument de son avis, et toute cette leçon actuelle est pour prouver le rôle de l'organisme dans l'éclosion, l'évolution et la gravité delà diphthérie.)

LKS PARALYSIES DlPHTHÉniQUES.

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