TRAITEMENT DU CHOLÉRA INFANTILE
laga pour soutenir ses forces. (Les injections hypodermiques d'éther n'avaient pas encore été inventées — elles sont souveraines en pareil cas, un quart de seringue de Pravaz pour un enfant d'un à deux ans). L'estomac de cet enfant resta très longtemps « délicat » , et ce n'est qu'à sa puberté qu'il prit désormais ledessus, et put tolérer toute espèce d'aliments. Ce qui démontre bien que, dans le choléra infantile, l'estomac est le premier et le plus fortement intéressé ; qu'il y a hyperémie stomacale, puis gastrite, puis gastro-entérite. La diarrhée verte n'est telle que par hypercrinie hypérémique du foie.
Le bacille qu'on y trouve parfois, non toujours (1), n'est qu'un témoin, il n'est pas même complice.
Ainsi, révulsion sanglante ou vésicante, commencez par là ; puis décoction blanche si vous voulez; de plus, il n'est pas indifférent de combattre quelques-uns des autres phénomènes, tels que l'hyperesthésie de la muqueuse gastrique. Pour cela, l'opium agit merveilleusement : deux gouttes de laudanum dans deux grandes cuillerées d'eau glacée, à prendre par cuillerées à café, n'en donnez pas davantage, de deux heures en deux heures. Vous arrivez ainsi à faire une opération thérapeutique extrêmement sagace. Ne faites pas autre chose. Si l'enfant est refroidi, plongez-le, pendant cinq à dix minutes, pour rappeler la chaleur h la périphérie, dans un bain chaud, auquel vous ajouterez 1 kilogramme de sel ou une forte poignée de moutarde.
J'ai toujours employé ce traitement, parce que je l'ai vu réussir, et non parce que je l'avais expérimenté sur le chien ou le lapin.
« Bains de moutarde de douze à quinze minutes, dit Trousseau, vomitifs : ipécacuanha à la dose de 30, 40 centigrammes en deux ou trois prises, pour un enfant d'un à deux ans. (J'avoue n'avoir pas le courage, malgré mon grand respect pour ce maître, d'appliquer la méthode substitutive dans ces cas de profonde dépression de l'organisme.) Stimulants diffusibles, purgatifs mercuriels : mercure éteint dans la craie, à la dose de S à 10 centigrammes. Çe médicament fait ordinairement cesser
(1) Voir plus loin, p. 388 et 389.
Peter. — Clin, méd.
les vomissements, modifie les garde-robes el les rend plus abondantes. (J'ai moins de répugnance à cette forme moins brutale de la médication substitutive.) Tels sont les moyens de traitement à opposer au choléra infantile dans la période algide. Grâce à ces moyens, on obtient un véritable succès ; et lorsqu'on n'arrête pas les progrès du mal, du moins prolonge-t-on la vie du malade, et lui permet-on d'arriver lentement et sans encombre à la seconde période, pendant laquelle on voit alors s'augmenter les chances de guérison.
« Dans cette seconde période, les indications sont de continuer les boissons albumineuses ou féculentes ou de recourir aux laxatifs légers, aux sels neutres, mais principalement au calorael à doses fractionnées. Puis, quand les vomissements ont cessé, que la diarrhée s'est franchement établie, on administre la craie lavée, le sous-nitrate de bismuth, l'eau de chaux. Pour modérer les accidents nerveux, les bains frais sont d'une grande utilité.
« Lorsque la diarrhée persiste, on a recours au nitrate d'argent : en potion à la dose de 1 centigramme, en lavements à la dose de S, 10, 15, 20, 25 centigrammes dissous dans 60, 80 et iOO grammes d'eau distillée. »
L'enfant est-il guéri tout à fait? Non. Il peut mourir par intolérance, par impotence gastrique ; à peine a-t-il pris quelque aliment qu'il survient du hoquet, une éructation et la régurgitation de ce qu'il avait ingéré. Il faut alors donner du lait; et, comme le lait de vache est trop fort pour être facilement supporté, recourez au lait d'ânesse, qui se rapproche beaucoup du lait de femme. Ne le donnez pas par bol, mais par cuillerée à café, une à trois toutes les dix minut.es, et donnez-le chaud. Ce lait est digéré, il empêche l'enfant de mourir; mais cela est insuffisant. Ne craignez pas, en outre, de faire prendre un peu de vin d'Espagne, de Malaga, d'AIicante, par cuillerée à café, cinq à six fois dans les vingt-quatre heures.
La convalescence, traînante, réclame donc une intervention sagace, attentive et de tous les instants, sous peine de récidive.
Voici, maintenant, le traitement qu'a conseillé M. Ilayem (1)
(l) Académie de médecine) 17 mai 1887.