TRAITEMENT DU CHOLÉRA INFANTILE
contre la dyspepsie du premier âge et particulièrement de la diarrhée verte, que je considère comme le premier stade du choléra infantile.
Il donne l'acide lactique sous forme de solution à 2 pour 100, à la dose d'une cuillerée à café un quart d'heure après la tetée (cinq à huit cuillerées, à peu près 40 à 60 centigrammes dans les vingt-quatre heures) ; cet acide, dit-il, fait cesser les vomissements, diminue le nombre des garde-robes et leur fait perdre leur coloration verte.
Cependant, quelques-uns des enfants en apparence guéris par l'usage de l'acide lactique sont repris dès que l'on suspend l'administration du médicament. Quelquefois même l'acide, après avoir produit de très heureux effets, devient impuissant. Cela tiendrait, suivant M. Hayem, à ce que la maladie est éminemment contagieuse et que, pour en prévenir le retour, il est nécessaire de ne rien négliger du traitement prophylactique (désinfection rapide des linges souillés par les vomissements et surtout par les selles).
Dans le choléra infantile, l'observation semble démontrer — non moins que l'analogie {botulisme, moruismé) (1) — que l'alimentation mauvaise irrite l'estomac et l'intestin par le développement et la présence d'alcaloïdes ; et l'on comprend l'utilité et l'efflcacité d'un acide, l'acide lactique, par exemple, pour neutraliser ces alcaloïdes.
Deux mots encore de pathogénie : la synonymie anglaise du choléra infantile me semble assez bien l'indiquer : summer diseuse ou « maladie de l'été » , — feeding bottWs disease ou « maladie du biberon ». L'été déprime l'organisme de l'enfant, d'une part, et provoque l'altération du lait, d'autre part. Celte altération est bien autrement facilitée par le fait d'un biberon mal tenu.
Ici, il y a plus que des mots, il y a une doctrine, celle du choléra infantile par « l'alimentation mauvaise ». Cependant, quelques-uns, tels que Hénoch, Wiedcrhofer,
(1) Voir plus loin, leçons cxiii et cxv.
Emerson, admeltenl, dans certains cas, quelque chose d'infectieux « qui est inconnu » ; pour moi, c'est Valcaloïde (ptomaïne ou leucomaïne) ; pour d'autres, c'est un parasite.
Or, le docteur Lesage, partisan des doctrines parasitaires, a, dans un très bon travail (1), résumé la question en ces termes :
« 1° Dans la majorité des cas, le choléra infantile est dû à l'intoxication d'origine alimentaire, que l'aliment soit altéré avant ou après son ingestion ;
« 2° Dans quelques cas, dont on ne peut encore préciser le nombre par rapport aux premiers, il semble exister une origine parasitaire, dont nous avons pu trouver l'agent morphologique dans les évacuations alvines. »
Dans une note sur la diarrhée verte (2) des enfants du premier âge, voici ce que dit le docteur Lesage :
(! Chez les enfants du premier âge, il existe deux variétés de diarrhées dites vertes :
« La première est essentiellement d'origine biliaire et c'est aux pigments de la bile qu'est due la coloration verte des selles. Dans la seconde variété, la coloration des selles est due à un bacille pathogène et chromogène, qui se cultive sur la gélatine en donnant une coloration verte et qui, injecté dans le tube digestif d'animaux, peut, dans certaines conditions (alcalinisation de ce tube), reproduire la diarrhée verte.
« La contagion de la deuxième forme de diarrhée s'effectue par l'air, n
« Par l'air » ? Qu'en sait-il ? Et ce bacille n'a-t-il pas contracté ses propriétés dans l'intestin du petit malade (3) ?
D'après les propres observations du docteur Lesage, « le microbe pathogène n'existe pas, quand la diarrhée est légère et les vomissements intenses. Le microbe pathogène existe, au contraire, quand la diarrhée est très marquée et les vomissements peu abondants.
(1) Élude clinique SU)' le choléra infantile. Paris, 1SS9, p. 24.
(2) Académie de fnédecine,^^ ociohve 1887.
(3) Voir leçon suivante, p. 405, la Note addilioimclle,