SPONTANÉITÉ ET CONTAGIOSITÉ
Plusieurs cas, également spontanés, se sont produits à l'hôpilal de la Charité; les deux premiers malades entrés dans mes salles venaient du service de M. Bernuts!. Le premier, un homme de vingt-huit ans, était dans mon service depuis le mois de septembre. Atteint d'une pleurésie chronique tuberculeuse, il fut évacué, le matin du 9 novembre, dans le service de M. Bernutz, pour faire place aux cholériques auxquels mes salles allaient Être affectées. Après avoir passé la journée sans rien présenter d'anormal, il fut pris tout à coup, dans la nuit du 9 au 10 novembre, d'une diarrhée incessante avec vomissements. Cet homme avait dû, pour quitter mon service, descendre un escalier où, quelques heures auparavant, était montée une femme atteinte de choléra et entrée, à S heures du matin, dans mon service. Si l'on veut invoquer le microbe et la contagion, il faut admettre qu'en descendant l'escalier cet homme a rencontré le microbe et qu'il en est tombé malade, si malade même qu'il en est mort, car il a été enlevé en dix heures.
Le deuxième cas du service de Bernutz est également un homme, âgé de quarante-six ans et soigné pour une gangrène pulmonaire. A coup sûr, il n'a pu, ne quittant pas son lit, aller au-devant du microbe. Et, cependant, il est tombé malade deux heures après le précédent, et est mort au bout de quatorze heures. Comment aussi expliquer les cas qui se sont développés dans le service de chirurgie de M. Desprès ?
Deux malades ont été, en effet, atteints dans ses salles : un amputé de cuisse, soigné pour une nécrose de l'os avec abcès du moignon, et un vieillard ayant de l'hypertrophie de la prostate, de la rétention urinaire avec fièvre urineuse. Tous deux, cloués sur leur lit de misère, n'ont pu être en contact avec des cholériques. Dira-t-on que les internes communiquant entre eux portent le microbe dans les plis de leur vêtement ?
N'est-il pas plus simple d'admettre qu'il peut se développer des foyers de choléra spontané? Il y a empoisonnement de l'individu par lui-même, s'il n'élimine pas les parcelles cadavérisées accumulées en lui. Rien ne ressemble plus à un empoisonné qu'un cholérique. Ce n'est pas sans une grande part de vérité qu'on a donné l'expression de choléra slibié h l'empoi-
424 LKS CHOLI^RIQUES.
sonncment causé par celle substance. On y trouve les mômes phénomènes que dans le choléra vrai : douleur épigaslrique, crampes, contracture musculaire, disparition du pouls, tous réflexes du plexus solaire. Que ce dernier soit irrité par le tartre slibié ou par les ptomaïnes, le résultat est le môme.