‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 145 sur 287 · CENT QUATORZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CENT QUATORZIÈME LEÇON

Le choléra indien.

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Lésions anatoraiques. — Nids à cholôva. — Contagiosité relative. — Choléra et microbes. — La mission Pasteur en Egypte.

Messieurs,

Je vous présente aujourd'hui les pièces anatomiques qui proviennent de l'autopsie d'un cholérique mort dans mon service, autopsie faite quatre heures après la mort.

D'une façon générale, ce qui domine, c'est une congestion intense de tous les organes digestifs. Le système veineux est gorgé de sang. L'estomac présente ce caractère à un haut degré ; témoin cette couleur pourpre et de larges taches ecchymotiques, qu'il est aisé de constater. Cet organe était vide, et on n'a trouvé à sa surface que quelques viscosités verdâtres très adhérentes, se détachant difficilement sous l'action d'un filet d'eau prolongé. Le gros intestin présente les mêmes caractères; vous y voyez une rougeur intense, une arborisation très marquée des vaisseaux sanguins, et, par places mêmes, des points ecchymotiques. Il contenait un liquide jaunâtre, clair et abondant. Même état de l'intestin grêle, mais moins marqué. Le foie est gorgé de sang, et la vésicule biliaire distendue contient de la bile épaisse et d'une couleur foncée. La rate est petite, rouge, non ramollie; bien différente, par conséquent, de l'état qu'elle présente dans les maladies infectieuses. Les reins, volumineux, sont rouges, congestionnés, dans leur portion tubuleuse ; pâles, au contraire, et anémiés dans leur portion corticale. Les poumons sont également congestionnés à l'extrême et, dans le lobe inférieur du poumon gauche, existent plusieurs foyers héroorrhagiques. Le cœur, en systole, est vide de caillots. La moelle

et le cei'veau sont les seuls organes dont la pâleur et l'anémie apparente tranchent nettement avec la congestion si intense des autres organes.

Je n'insisterai pas davantage sur ces lésions du choléra ; j'y reviendrai longuement plus tard, quand je vous exposerai l'anatomie pathologique de cette maladie.

Dans ma dernière leçon, je vous ai déjà parlé de plusieurs points des plus intéressants et des plus controversés, à propos du choléra, à savoir des foyers indépendants, des cas isolés, de la contagion possible et discutable et, enfin, de l'identité de nature de cas de formes les plus diverses. Permettez-moi d'ajouter quelques mots à ce que je vous ai déjà dit sur ce sujet.

Tout d'abord, prenons les cas isolés; je vous présenterai, comme type, une jeune femme de mon service. Vous savez que, depuis la réorganisation des services d'accouchement des hôpitaux, les femmes qui y sont reçues sont, pendant tout leur séjour, complètement séquestrées du reste des humains. Elles sont soumises à un régime de quarantaine que ne peuvent enfreindre ni leurs parents, ni les étudiants, ni même les internes des services voisins. Seuls, le chef de service et son personnel peuvent pénétrer dans les lazarets où sont parquées les accouchées, et encore prend-on toutes les précautions que réclame une antisepsie absolue : vêtements spéciaux, solutions de sublimé coulant sur les mains et le visage du personnel infirmier et médical, comme dans le vagin des accouchées, etc. Eh bien ! une jeune nourrice sédentaire, âgée de vingt-trois ans, et vivant, depuis deux mois dans ce milieu antimicrobien, a été subitement prise de choléra. Entrée dans mon service, elle a guéri et part aujourd'hui en convalescence. Peut-être même puis-je croire que je suis pour quelque chose dans son prompt rétablissement, car l'application du traitement auquel je l'ai soumise a été suivie d'cfl"ets immédiats. Quoi qu'il en soit, voici un cas bien isolé et incontestable.

Les exemples do ce genre sont nombreux. J'ai eu, dans mon service, un homme et sa femme; tous deux sont morts. Aucun cas nouveau, ni antérieur, n'a été constate dans la même maison.

Une bonne fortune a voulu que je reçoive, ce matin même,

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