‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 146 sur 287 · NIDS A CHOLÉRA · texte numérisé non relu

NIDS A CHOLÉRA

une lettre de mon savant ami le professeur Leudet père (do Rouen), lettre pleine d'enseignements et dont je veux vous donner lecture.

« Il y a, dit le professeur Leudet, des nids à choléra comme il y a des nids à fièvre intermittente.

a On a pu, par l'hygiène bien observée, faire de Rochefort, d'une ville oû la mortalité par paludisme était énorme, une villo presque saine.

« Il faut, en appliquant rigoureusement les règles de l'hygiène, annuler les nids à choléra. »

Retenez bien cette expression : « des nids à choléra»; elle est heureuse et digne d'être conservée, car elle est tout à fait d'accord avec les faits observés.

Je suis très flatté de constater que le professeur Leudet père, médecin des plus éminents, partage ma manière de voir.

Le professeur Bonnafont, médecin de la marine, a proposé, il y a déjà longtemps, d'appliquer l'hygiène bien comprise contre le développement du choléra. Au lieu de ces quarantaines souvent illusoires, il demandait qu'une expédition eût lieu, chargée de modifier la situation, le genre de vie des peuplades qui, par leur mépris de toute hygiène, créent sur les bords du Gange, ou pendant leur pèlerinage à la Mecque, de véritables foyers de choléra.

Ce que l'on n'a pas voulu faire dans ces pays a été fait en France, à Paris particulièrement. J'ose dire que Haussmann et Alphand sont des bienfaiteurs par leurs travaux d'assainissement. La gravité des épidémies de choléra est, en effet, en rapport avec le plus ou moins de salubrité des lieux où elles apparaissent. A Paris, par exemple, l'épidémie de 1832 a été épouvantable ; il en fut de môme de celle de 1849 ; celle de 1863 fut déjà moins meurtrière ; celle de 1873 se réduisit à un petit nombre de décès, et, enfin, celle que nous subissons actuellement (1884) est presque insignifiante, quand on la compare à celles qui l'ont précédée. Ce qui est vrai pour Paris l'est aussi pour les autres villes atteintes cotte année. Rapprochez ce qu'a été le choléra à Nantes, ville riche, salubre, de la gravité qu'il a présentée à Toulon, dont les rues étroites, sales, mal aérées, en font une ville insalubre au premier chef. De même à Marseille,

ce ne sont point les habitants des quartiers riches qui ont été atteints par le fléau, mais bien ceux qui, mal logés, mal nourris, « vivaient habituellement de misère», suivant l'expression pittoresque des Marseillais. On peut établir, en règle absolue, que le choléra cause une grande mortalité quand il sévit sur une population misérable et dans de mauvaises conditions hygiéniques, tandis qu'il est relativement bénin quand il apparaît dans une ville salubre.

Le professeur Leudet nous donne encore des renseignements très intéressants au point de vue de la contagiosité du choléra. Dans une communication faite à l'Académie de médecine, le 16 octobre 4H66, ce célèbre médecin nous dit : « Il n'y a pas eu un seul cas développé dans l'intérieur de l'hôpital, bien que l'isolement des cholériques n'eût pas été pratiqué. » Dans le Bulletin de la Société médicale des hôpitaux de 1874, M. Leudet dit encore : « La propagation du choléra n'a pas été plus marquée en 1873 que dans les épidémies antérieures. Pendant l'année dernière (1873), l'administration hospitalière n'a pas isolé les cholériques ; ils sont restés dans les salles communes, couchés à côté d'individus atteints d'affections les plus diverses. En 1866, l'Hôtel-Dieu avait présenté un seul cas intérieur; la maladie avait frappé un infirmier de la salle d'hommes adultes de ma division. En 1873, une femme atteinte d'hystérie, et entrée pour cette maladie nerveuse, a été atteinte à l'Hôtel-Dieu ; elle a guéri. »

Ainsi, vous le voyez, la contagion n'est pas aussi fatale, aussi bien marquée qu'on le dit souvent. Un seul cas dans un service oii les cholériques étaient mêlés aux autres malades !

La lettre de M. Leudet contient encore un détail curieux: « Le choléra de 1849, dit-il, a commencé ses ravages en France, si je ne me trompe, par le petit port de la Manche nommé Yport, qui ne compte guère que 300 habitants. C'était à la fin de novembre 1848; en peu de jours, on a compté, dans le village, 58 décès sur 164 cas. En 1884, le môme village d'Yportest déjà pris. » Cette année, comme dans l'épidémie de 1819, l'apparition du choléra à Paris a eu lieu huit jours après les cas signalés à Yport.

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