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CONTAGIOSITÉ RELATIVE

Vous voyez que l'observation des faits n'est pas d'accord avec la doctrine de la contagiosité du choléra, telle qu'on a voulu rétablir dans ces derniers temps. Celte contagion semble ôtre bien faible, puisque les cas bien constatés en sont si rares. Inversement, on voit se produire fréquemment des cas spontanés, dans les endroits où toute contagion semble impossible, ainsi dans ces services complètement fermés des accoucheurs des hôpitaux.

D'ailleurs, d'une façon générale, il faut établir des distinctions au point de vue du degré de contagion des maladies certainement contagieuses. Dans un premier groupe, j e rangerai les fièvres éruptives : rougeole, scarlatine, variole, dont la contagiosité est absolue. Un individu n'ayant jamais eu la scarlatine ou la rougeole, et se trouvant en contact avec un malade atteint de l'une ou de l'autre de ces affections, a neuf chances sur dix de contracter la même maladie. C'est un fait avéré et indiscutable.

11 en est bien autrement pour d'autres affections, la diphthérie, par exemple. Ici, la contagion est relaLwe\ elle a été très discutée, niée même pendant longtemps. 11 me fallut presque de l'audace, en 1860, pour affirmer, dans ma thèse inaugurale, que la diphlhérie était contagieuse; la réaction s'est opérée depuis; elle a même été un peu loin. Chaque année, on assiste au tableau dramatique de la mort d'un interne de nos hôpitaux d'enfants, qui a contracté la terrible maladie au chevet de ses petits malades. Mais seul, cet interne a été atteint, tandis ■que tout le personnel médical et infirmier est resté indemne. C'est que, pour contracter la diphthérie, il faut se trouver dans des conditions de réceptivité spéciale, due à la débilité ou à de mauvaises conditions hygiéniques (1). Tout récemment, pendant un concours dont j'étais juge, un candidat, le regretté Clozel de Boyer, mourut de diphthérie contractée dans le service du professeur Parrot, dont il était chef de clinique. Lui aussi était depuislongtemps fatigué par un surcroit de travail, auquel venaient s'ajouter les soucis du concours actuel.

Je suis convaincu qu'il en est de môme pour le choléra ; là

(1) Voir plus haut, leçon cix, p. 355, le cas du docteur Gillette.

480 LES GHOLÉHIQUËS.

aussi, la contagiosité est toute relative el a fait hésiter beaucoup de médecins. Il est curieux de voir que tous ceux qui ont observé, pendant les épidémies les plus redoutables, celles de 1832, 1849, n'ont jamais cru à la contagion. J'ai actuellement, à la tête de mon service de femmes, une vieille religieuse, qui a assisté à toutes les épidémies de choléra à Paris ; celte femme, d'un esprit absolument supérieur, qui a suivi un grand nombre de cas, avec son bon sens et sans'préoccupation scientifique ni idée préconçue, me disait, à propos de cette petite épidémie de 1884.J qu'elle n'avait jamais pensé que ce pût être contagieux.

La division complète que l'on a voulu établir entre le choléra dit asiatique et le choléra dit européen ou « nostras », doit être revisée, tout comme l'idée que l'on se fait de la contagion. Le choléra est un, mais il peut se manifester sous des formes diverses ; il faut savoir reconnaître dans ces dernières leur identité de nature. En voici plusieursexemples que vous pouvez voir dans mon service : au numéro 10 de la salle Saint-Jean-de-Dieu, est couché un jeune [garçon qui a présenté le complexus symptomatique de ce qu'on est convenu d'appeler « cholérine » . Un degré d'intensité de plus dans le mal et l'on aurait étiqueté « choléra nostras » ; si d'autres cas s'étaient en grand nombre montrés en même temps, on aurait dit «choléra indien ». La maladie est la même ; ce serait donc le nombre des malades qui ferait la nature de la maladie. Quoi de moins rationnel? Ce n'est pas tout : le même malade a présenté des selles riziformes, données comme caractéristiques du choléra indien, tandis qu'un autre malade," couché à côté du premier, véritable type du choléra bleu, n'a jamais eu que des selles bilieuses, verdâtres, analogues à celles des enfants athrepsiques. (cependant, cette distinction tout artificielle du choléra, a porté certains pathologistes, comme Grisolle, dans sa Pathologie interne, à classer le choléra asiatique dans les maladies avec sécrétions séreuses, et le choléra morbusdans les maladies avec flux bilieux. Les cas que j'ai observés à nouveau cette année, et que je vous ai présentés, sont loin d'être d'accord avec celte division. C'est que la nature se rit des catégories que nous établissons. 11 y a un trait d'union de l'un à l'autre cas jmorbide, et il faut bien vous garder de prendre pour

LA MISSION PASTEUR. *8i

des réalités Jes abstractions schématiques que nous sommes obligés de l'aire pour votre enseignement.

Maintenant, je reviens aux doch^ines parasitaires. Je veux vous montrer la naissance de la microbie, sa généralisation, et enfin sa réfutation par les microbiens eux-mêmes.

La microbie commence avec Davaine. Ce savant consciencieux découvrit, dans le sang des animaux charbonneux, des bactéries, qu'il regarda comme la cause de l'empoisonnement. Pasteur, s'iuspirant des recherches de Davaine, rechercha de quelle nature pouvait être ce parasite. C'est alors qu'il signala deux espèces de microbes : les uns dits aérobies, parce qu'ils vivent dans l'air et aux dépens de l'oxygène de l'air ; les autres dits anaérobies, parce qu'ils vivent en dehors de l'air et empruntent l'oxygène à leurs voisins. La bactéridie charbonneuse est anaérobie. Se trouvant en présence d'un globule rouge, une lutte formidable s'engage, la bactéridie voulant prendre l'oxygène du globule, qui se défend. De l'issue du combat résulte l'issue de la maladie. Si la mort s'ensuit, c'est que la bactéridie a étranglé et réduit à néant l'hématie. C'est tout un petit drame; et cependant, il existe des cas, pustule maligne, maladie charbonneuse, où l'on n'a pu trouver la bactéridie. L'homme est mort néanmoins, et cependant, il n'avait pas le droit d'avoir une pustule maligne sans bactéridie!

De ce que le charbon, maladie infectieuse au premier chef, est une maladie microbienne, toutes les autres maladies infectieuses doivent être également microbiennes. Tel est le point de départ, l'idée préconçue. Voyons ce qu'il en est advenu pour le choléra, qui nous occupe en ce moment. Vous vous rappelez l'organisaiion de la mission destinée à aller étudier le choléra, lors de son apparition en Egypte. Cette mission, portant le nom démission Paslew\ était composée d'élèvesdecesavant:MM. le docteur Straus, iloux, Thuilier etNocard. Vous savez l'émoi que causa certaine dépêche adressée d'Arbois par M. Pasleur et conçue en ces termes : « Grand résultat constaté, d'accord avec ma doctrine. » Lue à toutes les académies, imprimée dans tous les journaux, la dépêche causa une vive sensation. On vécut heureux pendant quelques jours, car on était convaincu que la mission

Pasteur avait découvert le microbe et que de sa découverte découlerait la prophylaxie du choléra. Hélas! c'était une fausse joie, il s'agissait d'un faux microbe. Koch, qui dirigeait la mission allemande, poursuivant ses travaux parallèlement à la mission française, Koch montra à nos compatriotes, qui reconnurent d'ailleurs loyalement leur erreur, qu'ils avaient pris des plaquettes du sang pour un microbe. A peu de temps de là, Koch crut découvrir le véritable microbe du choléra, le fameux « bacille-virgule ». Mais, voici qu'à son tour il est réfuté par M. Straus, et je veux vous faire assister, texte en main, à cette réfutation. Voici le travail que la mission française a présenté à l'Académie de médecine, le 5 août 1884. Je vous engage à le méditer et à en peser tous les termes, car vous y verrez le microbe du choléra réduit à néant par les microbiens euxmêmes.

(e Dans les nombreuses coupes (d'intestin), nous avions constaté que, dans un certain nombre de cas, la partie superficielle de la muqueuse, les conduits des glandes tubulées, la charpente des villosités et, par places, la sous-muqueuse, renfermaient des microorganismes divers et en nomh'e variable, selon la portion d'intestin et selon la durée de la maladie. Les plus nombreux de ces organismes étaient des bacilles, d'aspect et de dimensions variables ; les uns longs et grêles, d'autres cou7-ts et d'assez fort diamètre ; une des formes les plus fréquentes était un bacille rappelant assez l'aspect du bacille de la tuberculose.

(A l'époque où écrivait M. Straus, le bacLerium coli commune, hôte habituel de la cavité intestinale, était inconnu. Mais il a fait son chemin, et aujourd'hui il est célèbre. Vraisemblablement, parmi les bacilles indéterminés que signale M. Straus, le bacterium coli devait occuper une place prépondérante, car ce bacille paraît intervenir dans toutes les affections intestinales et y jouer un rôle que les uns font petit, que les autres font grand ; peutêtre, pour le choléra, détrônera-t-il le bacille-virgule de Koch? Les résultats des recherches bactériologiques sont changeants ; ils se succèdent et se contredisent.)

« Dans certains points, continue M. Straus, cette variété de bacilles prédominait manifestement et envahissait jusqu'à la

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