KOCH RÉFUTÉ PAR STRAUS
que le choléra. Poui' qu'une seuiblable constatation ait de la valeur, il faudrait qu'elle portât sur un très grand nombre do cas, car il suffirait que Torganisme de M. Koch fût trouvé une seule fois en dehors d'un cas de choléra] asiatique pour tout mettre en question.
« La forme en virgule ne peut, du reste, ù. elle seule caractériser l'organisme du choléra ; on trouve, en effet, des bacilles recourbés et de forme tout à fait semblable à celle de l'organisme de M. Koch dans des produits qui n'ont rien à voir avec le choléra. Le docteur Maddox, de Londres, a photographié un microbe en virgule qu'il a rencontré dans un réservoir d'eau. M. Malassez nous a montré dans une préparation de selles de dysenterie, au milieu de beaucoup d'autres organismes, quelques bacilles en forme de virgule bien caractérisée. Dans du mucus vaginal de femmes atteintes de leucorrhée, dans la sécrétion utérine muqueuse d'une femme ayant un épithélioma naissant du col, nous avons trouvé des formes de bacilles en virgule semblables à celles du choléra.
« La forme en virgule n'est donc pas caractéristique par ellemême. 11 est très important d'essayer, dans des cas analogues à ceux que nous venons de citer, d'isoler par la culture les microbes qui présentent une forme semblable à celle de l'organisme de Koch, et de voir comment ils se comportent dans les différents milieux de culture. »
(Voyez, messieurs, ce qui reste du bacille en virgule cholérique : on le rencontre partout, dans les affections les plus diverses ; il n'a donc rien de spécial au choléra. Quant à la méthode des cultures, elle ne prouve qu'une chose, c'est que les microbes qui pullulent dans les bouillons ont le pouvoir de se reproduire. Il ne s'ensuit pas qu'ils préexistaient à la maladie chez l'être d'où ils sortent ; et s'ils reproduisent la maladie par inoculation, ils le font comme toute autre particule émanée de l'être malade; en un mot et pour tout dire, ce sont des vecteurs et non des facteurs.)
« Si le bacille en virgule, dit encore M. Straus, est la vraie cause du choléra, comme il ne réside que dans le contenu de l'intestin ut que, dans les cas rapides, du moins, il n'envahit
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môme pus d'une façon appréciable la muqueuse inlesUnale, il faut admettre que, pour produire des effets aussi rapides et aussi intenses, il sécrète un ferment soluble, une ptomaïne, un poison quelconque, extrêmement énergique, qui, absorbé, provoque les symptômes du choléra. »
(Pour cette fois, cela dépasse la mesure. Les microbistes ne reculent devant aucune supposition, si invraisemblable qu'elle puisse être. Un microbe, qu'on ne connaît pas, sécrète des ptomaïnes, qu'on ne connaît pas davantage, et voilà comment le choléra est une affection infectieuse microbienne! La lin de la communication de M. Straus vous ménage une surprise bien inattendue.)
« Dans notre rapport sur le choléra d'Egypte, nous avons signalé la présence, dans le sang des cholériques, de particules extrêmement fines affectant l'aspect d'organismes. Toutefois, nous faisions toutes nos réserves, vu l'insuccès de nos tentatives de culture et de coloration. A Toulon, la môme altération du sang s'est présentée à nous dans beaucoup de cas ; mais elle a fait défaut dans quelques-uns. Nous pensons que ces corpuscules sont dus à une altération spéciale de l'hémoglobine ; c'est aussi l'opinion à laquelle paraît se ranger notre ami Malassez qui, avec sa compétence si grande en hématologie, a examiné des échantillons du sang des cholériques d'Égypte et de Toulon. »
Ainsi donc, voilà à quoi aboutissent tous ces travaux : à la découverte d'une altération de l'hémoglobine. C'est le retour à Bordeu, qui parlait de « sang dissous » dans les maladies graves. Je ne puis qu'admirer le courage de Koch, de Straus, de Roux, de Thuilier, qui se sont livrés à ces recherches consciencieuses. Je ne puis que rendre hommage à Thuilier, qui a payé de la vie son amour pour la science. Mais je ne puis non plus m'empêcher de constater l'inanité des résultats acquis. Car, d'une part, négation des travaux français par la mission berlinoise; d'autre part, négation des travaux de la mission berlinoise par la mission française; négation partout, telle est la conclusion de ces recherches qui devaient fixer à jamais l'étiologie microbienne du choléra.
Un dernier mot au sujet du danger social que crée, en ce mo-