‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 151 sur 287 · CENT QUINZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CENT QUINZIÈME LEÇON

Le choléra indieu.

( SUITE

Les microbes ne sont pas les coupables ; ce serait les alcaloïdes qu'ils sécrètent. — Nocivité des matières organiques. — Choléra sans bacille-virgule, et bacille-virgule sans choléra. — Accidents cholériformes par la morue altérée. — Rêveries à propos d'un hôpital antiseptique. — Rôle du l'encombrement et de la putréfaction dans le développement du choléra.

Messieurs,

Il me sera facile de démontrer que le bacille n'est ni rationnellement, ni cliniquement, l'agent qui fait le choléra. Et, pour cela, j'invoquerai et les travaux de laboratoire et l'observation clinique.

Il y a (comme pour la fièvre typhoïde) une théorie aquatique du choléra. Le bacille-virgule aime l'eau, et c'est par son intermédiaire qu'il pénètre dans notre organisme, -\ussi l'idéal serait de nous faire boire de l'eau garantie pure et sans microbes. Le filtre bienfaiteur qui peut nous permettre d'atteindre ce résultat est trouvé: c'est le «filtre Chamberland, système Pasteur » (1).

Le principe est-il vrai que le degré d'infectiosité d'une eau est en rapport direct avec la plus ou moins grande quantité de bactéries qu'elle contient ? Non ; l'infectiosité de l'eau est due à d'autres causes qu'à la présence de microbes.

(1) Dans le prospectus destiné à la vente des filtres, on lit : « Les caui jouent un rôle considérable dans la propagation des maladies conlagieiiscs comme le choléra, la fièvre typhoïde, etc. Aussi conseille-t-on, en temps d'épidémie, de faire usage, pour la boisson, d'eaux minérales naturelles ou d'eau bouillie. On évite ainsi les germes des microbes, cause de ces maladies.

< M. Ch. Chamberland, faisant l'application au.^ usages domestiques d'un procédé rigoureux employé par lui, dans les laboratoires de M. Pasteur; pour séparer les microbes de leurs milieux de culture, est parvenu îi construire un filtre qui dépouille les eaux, même les plus impures, de tous les germes ou microbes qu'elles contiennent. »

LES MICROBES NE SONT PAS LlîS COUPABLES. 'r.\0

Dans uno communication faite à l'Académie de médecine, le 31 octobre 1884, MM. Proust et Pauvel ont exposé le résultat de leurs recherches au sujet des organismes parasites contenus dans les eaux distribuées à la population parisienne.

La méthode que ces expérimentateurs ont employée « repose sur la double propriété que possède la gélatine d'ôtre un milieu de culture excellent pour les bactéries, et d'être liquéliée par les bactéries des matières animales en putréfaction. »

(( Pour une eau très pure, la liquéfaction se déclare le dixième ou le douzièmejour ; pour une eau pure, le huitième jour ; pour une eau mauvaise, le quatrième jour; pour une eau infecte, le deuxième ou troisième jour. »

MM. Proust et Fauvel divisent les eaux de Paris en trois catégories, suivant l'époque à laquelle la liquéfaction est apparue : eau pure, eaux mauvaises, eaux infectes.

La liquéfaction s'est déclarée le

Eau pure Eau de la Vanne directe 18° jour.

— — du réservoir.. . 18° jour. Eaux mauvaises.. Eau de l'hôpital Lariboisière 4° et 5» jour.

— Eau du canal de rOurcq 4° et S» jour.

Eaux infectes. . .. Eau de la Seine h Ciicliy, en

aniont du collecteur 3^ jour.

— Eau de la Seine à Saint-Denis, en

amont de la prise d'eau 3" jour.

— Eau' de la Seine îi Clicliy, en aval

du grand collecteur 2"! jour.

— Eau de la Seine h Saint-Denis, en

aval de l'égout départemental.. 2^ jour.

« Il est à remarquer, disent les expérimentateurs, que l'eau de l'hôpital Lariboisière et l'eau de l'Ourcq renferment moins fle colonies que l'eau de la Vanne, et cependant ces colonies liquéfient plus rapidement la gélatine. »

Ainsi, d'une part, la rapidité de la liquéfaction dépend du nombre des bactéries; d'autre part, ces savants nous apprennent que ce sont précisément les eaux qui renferment le moins grand nombre de ces bactéries qui amènent la liquéfaction la plus tapide.

On a le droit de s'étonner un peu, et il n'y a qu'une conclusion à tirer de ces recherches : c'est que la liquéfaction n'est

pas due i\ la présence des bactéries, mais bien à quelque chose autre que celles-ci, à des matières organiques putréfiées, analogues aux ptomaïnes, par exemple, ces alcaloïdes chimiques et vénéneux que Selmi et Gautier nous ont montrés se développant spontanément dans nos tissus.

Toute autre cependant est la conclusion à laquelle arrivent MM. Proust et Fauvel : « Gela tient probablement, disent-ils, à ce que les bactéries contenues dans ces eaux sont bien plus actives et détruisent plus rapidement la gélatine. »

Voici donc qu'après avoir d'abord mis en avant la quantité, on invoque la qualité. Il y a contradiction flagrante entre la doctrine préconisée et l'expérience : on explique l'impureté d'une eau par la quantité des bactéries qu'elle renferme ; et quand l'expérience a démontré que l'eau la plus impure est celle qui contient moins de bactéries, on dit que, probablement, ces bactéries jouissaient de qualités spéciales qui les rendaient plus actives. Ce sont là de pures hj'pothèses.

D'ailleurs, des recherches ont été faites à Marseille dans le môme]ordre d'idées, pendant l'épidémie de choléra. L'eau delà source de la Rose a été analysée, et l'on a constaté qu'elle contenait 230000 bacilles en virgule par litre. Comme une grande partie de la ville est alimentée par cette eau, on en a conclu que c'était là la cause du choléra. Le triomphe fut complet et facile, mais, hélas ! de courte durée. L'épidémie a cessé, une nouvelle analyse a été faite, et les 230 000 bacilles en virgule ont toujours été constatés. Et cependant les Marseillais n'ont plus le choléra. Mais ils n'en ont pas le droit! A moins d'admettre que les bactéries de la source de la Rose ont, elles aussi, changé de qualités !

Malgré les résultats obtenus avec'l'eau de la Vanne, MM. Proust et Fauvel concluent ainsi : « L'eau de la Vanne peut donc ôtre prise comme le type de l'eau pure ; car bien qu'elle développe un plus grand nombre de colonies que l'eau de l'Ourcq, par exemple, les colonies ne liquéfient la gélatine que le dixième ou douzième jour après l'ensemencement. »

Mais alors, c'est reconnaître que ce ne sont pas les bactéries qui rendent l'eau mauvaise, puisqu'on regarde comme type d'eau pure celle qui donne le plus grand nombre de colonies.

LES ALCALOÏDES SONT LES COUPABLES. '<''l

C'est là, en effet, qu'est la vérité; il y a évidemment dans l'eau inrecte quelque chose qui la rend telle. Mais ce quelque chose, qu'est-il? Des bactéries ou organismes vivants quelconques? Non ; ce sont probablement des « déchets organiques », des « ptomaïnes » , si l'on veut, des alcaloïdes ou d'autres matières chimiques. Eu tout cas, ce qui est avéré, c'est que l'infectiosité de l'eau n'est pas en rapport avec la présence et le nombre des bactéries.

L'épidémie que nous traversons (1884), et qui est sur son déclin, a montré que ce n'est pas dans les quartiers où l'eau est la plus mauvaise que les cas de choléra oni été les plus nombreux. Le Bullelin statistique municipal du 7 au 13 novembre nous fait assister au début de l'épidémie dans le deuxième arrondissement. Le dix-huitième arrondissement, qui reçoit de l'eau de Seine souillée, infecte, est resté indemne pendant le laps de six jours. Et cependant la population de ces quartiers devait absorber chaque jour une quantité considérable de bactéries de toute nature. De plus, des renseignements très précis, qui m'ont été fournis par le docteur Dubroca, confirment cette presque immunité d'une population abreuvée de la plus mauvaise eau de Paris. Ce médecin, attaché à l'état civil, n'a pas eu de décès cholériques à constater, et un de ses collègues n'en a eu que deux.

J'ai pensé qu'il serait intéressant de visiter l'asile de Breteuil, tenu parles Petites Sœurs des pauvres, et qui a eu beaucoup à souffrir de l'épidémie. Cet asile renfermait deux cent quinze vieillards; l'épidémie commença le 10 ou le H novembre et s'arrêta le 16 pour les hommes et le 18 pour les femmes. Du côté des hommes, quarante-sept atteints, quarante-sept décès ; du côté des femmes, vingt décès, dont dix-huit pensionnaires et deux religieuses. Un premier point frappe tout d'abord, c'est l'écart considérable entre le nombre des hommes et celui des femmes, quarante-sept d'une part, dix-huit seulement de l'autre, et cependant même âge et mêmes conditions de vie. Mais la population masculine était composée d'anciens ouvriers, de cochers, de domestiques, tous plus ou moins alcooliques de Yieille date et se livrant souvent encore pendant les jours de

44« IKS CIIOLÉniQUlîS.

sortie à des excès bachiques. Le premier vieillard atteint lut pris brusquement un soir, après une journée consacrée, au faubourg Saint-Antoine, à de copieuses libations.

Les partisans do la théorie aquatique sont encore ici mal servis parles faits, car l'établissement reçoit de l'eau de la Vanne pour les besoins de la cuisine et de l'alimentation, et de l'eau de rOurcq pour la buanderie et le lavage.

Au point de vue de l'eau, voici mieux encore : le docteur Tisné, médecin d'un pensionnat de jeunes filles, me fait savoir qu'il n'a observé aucun cas de choléra dans cette maison, qui n'est cependant alimentée que par l'eau de l'Ourcq.

Ainsi d'un côté, eau de la Vanne avec choléra, d'un autre côté, eau de l'Ourcq sans choléra. Vous voyez à quelle conclusion on arriverait si l'on voulait regarder l'eau comme l'agent de propagation du choléra. La théorie aquatique est donc en contradiction avec les faits.

Celte épidémie, heureusement bénigne et de courte durée, nous aura permis de pouvoir analyser, avec soin et dans tous leurs détails, les cas peu nombreux qui se sont produits. Elle nous aura permis, par exemple, de réduire à néant cette histoire du bacille qui, vivant dans l'eau, transporté avec l'eau, avalé avec l'eau et introduit ainsi dans l'organisme, finit par s'y développer et donner naissance au choléra. L'erreur vient de ce que l'on veut toujours trouver une cause extérieure, en dehors de l'organisme, tandis que c'est dans cet organisme même qu'il faut chercher la cause vraie. Ce sont les organismes débilités comme ceux de ces vieillards de soixante-cinq à quatre-vingt* douze ans de l'asile de Breteuil, ce sont ceux-là qui sont atteints.

En réalité, il est mauvais d'introduire dans son organisme soit par l'eau bue, soit par l'air respiré, les émanations d'un cholérique, les bacilles provenant de lui et rendus malfaisants par lui ; mais qui a jamais bu de telle eau provenant de telle source ?

Voici maintenant bien autre chose :

Dans ma dernière leçon, je vous ai présenté les pièces nnatomiques provenant de l'autopsie d'une femme cholérique,

LES ALCALOÏDES SONT LES COUPABLES. 'l'iS

morte dans mou service. J'insistais tout particulièrement sur l'état de l'estomac qui était d'une couleur pourpre et présentait des taches ecchymotiques, état analogue à celui que présente le môme organe dans tous les cas où il a été en contact avec une substance très irritante, et je vous montrais les analogies que l'on pouvait établir avec l'empoisonnement par le tartre stibié. Pour expliquer cette irritation, les partisans des doctrines parasitaires pourraient dire que ce sont des microbes qui ont causé le dpgat.

Mais il y a disproportion entre les faits et la cause supposée, car il faudrait admettre des myriades de myriades de microbes pour expliquer de tels désordres.

Soit! je veux bien vous les accorder. Je me trouve alors devant une nouvelle difficulté. Koch, le père du bacille en virgule, nous dit que son bacille « meurt quand il est soumis à Taction d'un acide ». Vous voyez le sort qui lui est réservé en présence de l'acide du suc gastrique. Ainsi tandis qu'une goutte d'acide tue le bacille dans un verre de montre, dans l'estomac, au contraire, il prospère en dépit des acides qui le touchent, et c'est lui qui tue l'estomac ! Il y a ainsi contradiction absolue entre les faits cliniques et l'expérimentationjm vilro.

■ Ainsi toujours des non-sens. Il faut donc chercher ailleurs que dans le bacille la cause du mal.

En résumé, on peut avoir le choléra sans bacille et le bacille sans choléra. Témoin les cas foudroyants oîi Straus et Roux n'ont pu trouver de bacille. Témoin l'analyse de la source de la Rose, qui dénote, après comme pendant l'épidémie, le même chiffre de bacilles. Ce n'est donc pas le bacille qui est le producteur du mal.

La conclusion est forcée, nécessaire, absolue. En est- il le propagateur? Peut-être, mais c'est un point à discuter,

■ La doctrine parasitaire suppose la préexistence de microbes ou de germes visibles ou invisibles, qui, vivant sur les bords du Gange ou sur la route de la Mecque, assaillent le passant et s'y accrochent.

La doctrine que je défends est toute autre : le poison cholérique peut naître dans l'organisme, placé dans des conditions

444 LES CnOLÉniQUES.

particulières de débilité ou de malpropreté, dues à la misère, à l'âge avancé, au mépris des lois de l'hygiène. Aussi, quand on pourra améliorer les conditions de la vie, assainir complètement les villes, on s'opposera de la façon la plus efficace au développement du poison, qu'il s'appelle ptomaïne ou non, peu importe.

D'une part , avec les microbiens, le poison préexiste, poison contre lequel nous ne pouvons rien. Il ne nous reste plus qu'à nous laisser aller au fatalisme des mahométans.

D'autre part, avec les cliniciens, le poison est engendré de toutes pièces dans notre organisme. Supprimons les conditions extrinsèques qui favorisent son développement et nous verrons disparaître le choléra, ou tout au moins nous en obtiendrons l'atténuation ; je n'en veux pour preuve que la bénignité de l'épidémie cholérique, à Paris, en 1884, comparée à la gravité de l'épidémie en 1856 : entre ces deux dates, il y a le Paris transformé et assaini.

Relativement au développement spontané, autochtkone, du choléra dit « indien », par opposition à la doctrine exclusive de V importation^ qui présuppose la contagion et, nécessairement, le microbe, on peut citer l'épidémie de Toulon en 1884 (où il a été impossible de découvrir la « fissure » d'importation) et l'épidémie de l'Espagne en 1890.

« Le choléra est apparu, ou a reparu, en Espagne, dit mon savant ami le professeur Arnould, de Lille, au mois de mai 1890, sans quil ait été possible de savoir d'où il venait.

(( C'est la seconde fois, au moins, que l'étiologie par l'importation est mise en défaut, et que le choléra européen ne vient pas de l'Inde, ni de l'Arabie, fût-ce en passant par l'Egypte.

« Pour le choléra qui a éclaté à Toulon, en juin 1884, des hygiénistes éminenls ont cherché en vain « la fisswen par où le fléau aurait pu passer. »

Et à propos du choléra qui a éclaté au Hedjaz en juillet et août 1890, au milieu des fêtes de la Mecque avec une violence extraordinaire, le professeur Arnould ajoute :

« Dans tous les cas, c'est le choléra d'Europe qui a précédé

LES alcaloïdes SONT LES COUPABLES. 445

celui d'Asie. Et il faut encore une fois oublier les formules fameuses de la nécessité du réveil probable des épidémies asiatiques, et du rapport de la rapidité du choléra hors de son foyer indien avec la vitesse des communications humaines. »

Je rappellerai ici ce que j'ai dit à l'occasion de la spontanéité du choléra «indien», à savoir que nous avons, dans certaines villes d'Europe, peu soucieuses de^l'hygiène, nos « Ganges intérieurs » ; et je terminais ma communication à l'Académie par une invocation à l'hygiène pour neutraliser le mal cholérique ou en empêcher l'apparition.

L'idée préconçue régnante est que là où il y a quelque chose de malfaisant, les coupables doivent être des microbes. Une eau est malsaine^ elle doit contenir des microorganismes. C'est toujours en se basant sur cette donnée que l'on a entrepris, en Italie, des recherches dont je vais vous entretenir maintenant. Voici textuellement un passage d'un article de M. Vallin, sur l'analyse biologique des eaux potables (1). « En 1882, le professeur Maggi, de Pavie, a exposé à l'Institut i lombardo- vénitien le résultat de recherches microscopiques, t entreprises pour vérifier la potabilité des eaux du lac Majeur, qu'une compagnie voulait amener à Milan. En appliquant le procédé de M. Certes, il a reconnu que dans les eaux très pures, on découvrait un certain nombre de microbes inoffensifs, dits par lui afaneri, parce qu'ils ne se coloraient pas avec les couleurs d'aniUne; tandis que, dans les eaux souillées, il existerait des microbes infectieux, pathogènes, très nettement visibles avec des grossissements de 400 diamètres et qui se coloraient facilement par l'aniline.

« Cette aeromasie ou inaptitude à se colorer serait la caractéristique de l'innocuité des microbes. Ces assertions auraient besoin de nouvelles confirmations» (jele crois bien !); «mais nous paraissent ouvrir un jour sur l'utilité de ces études. Il ne faut pas craindre de le dire : les hygiénistes sont fort embarrassés aujourd'hui pour déclarer que l'air d'une chambre est impur et souillé, qu'une eau destinée aux besoins est réellement bonne

(l) Revue dliygiùne, 20 novembre 1884, p. 935.

44e LES CHOLÉHIQUëS.

et potable. Les caractères adoptés jusqu'ici ont une valeur contestable et contestée. Une telle incertitude , humiliante pour la science, ne peut se prolonger, il est du devoir de tous de contribuer à la faire cesser, et l'analyse biologique de l'eau nous paraît le meilleur moyen pour atteindre ce but. »

«Analyse», soit, je le veux bien; «biologique», mais nous la faisons tous les jours. Quand nous buvons de l'eau mauvaise, nous sommes pris d'accidents divers, dont la diarrhée est le phénomène le plus évident. Il nous suffit de suspendre la boisson viciée pour voir disparaître ces légers troubles.

Nous retrouvons ainsi partout la môme erreur pivoiale, voire môme, en Italie , la confusion du microbe et de Vinfeciieux.

Je ne saurais trop le répéter, les documents empruntés aux hygiénistes les plus distingués nous prouvent que la pureté ou l'impureté n'est point due à l'absence ou à la présence de bactéries, mais bien à l'existence ou non de matières organiques en putréfaction.

Ce n'est pas à dire que je me pose en défenseur de l'eau de rOurcq ou de Seine polluée; mais je disque leur impureté n'est point due aux colonies de microbes que ces eaux contiennent, pli^s ou moins actifs ou plus ou moins colorables par l'aniline. Si l'on veut s'en servir pour l'alimentation, on devra d'abord les épurer, par le filtre terrestre, par exemple, comme cela se fait déjà à Gennevilliers, et comme on doit le faire bientôt à Achères.

Ce n'est pas des microbes qu'il faut les débarrasser, mais bien des matières organiques ; quand celles-ci sont solubles, et par suite diffusibles, les filtres les plus perfectionnés et mêmerébullition prolongée ne pourront les faire disparaître. En effet, faites filtrer ou bouillir une solution de strychnine; après comme avant, vous trouverez la strychnine dans le liquide filtré ou bouilli. Quand on dit qu'un filtre purifie l'eau, on joue sur les mots, il ne peut que la clarifier ; il empêche les matières solides de passer, mais il est sans action sur les substances solubles. Le fameux filtre système Pasteur, lui-même, laisse passer les microbes, en moins grand nombre seulement ; à plus forte raison les alcaloïdes dissous.

Page 1