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LES ALCALOÏDES SONT LES COUPABLES

De môme l'ébullilion ne peut débarrasser l'eau de ses bacl6ries, les microbes résisLauL à une température qui dépasse 100 degrés. L'ébullilion ne nous défend pas davantage contre les substances organiques.

Si ces dernières étaient vénéneuses, le bouillon de culture le sera également. Et cependant, je ne rejette pas l'eau bouillie, car il est certain que l'ébullition neutralise un certain nombre d'éléments végétaux. Dans les pays palustres, on voit la fièvre paludéenne diminuer par l'usage de l'eau bouillie.

Les accidents qu'on a décrits sous le nom de « botulisme » prouvent que la cuisson ne met pas à l'abri des poisons que contiennent les viandes putréfiées, soumises à une haute température. Ces accidents ont été observés à la suite de l'ingestion de saucisses pourries.

Eh bien, une véritable épidémie de môme nature a sévi dernièrement à Lorient ; deux cent vingt-deux marins ont été atteints, la plupart en même temps. Ils présentaient les symptômes suivants : « diarrhée, vomissements, douleurs épigastriques, soif intense, refroidissements périphériques, alternative d'agitation et d'abattement. » En présence de ces phénomènes cholériforme.s, M. le docteur Bérenger-Féraud, médecin des plus éminents de la marine, reconnut les signes d'un empoisonnement, et l'enquête a montré qu'il était le résultat de l'ingestion de morue altérée.

Tous les individus ont guéri après trois à douze jours de maladie. Le traitement fut celui des indications : toniques, révulsifs épigastriques, frictions pour réchauffer les malades, etc.

Cette morue salée avait pourtant été cuite et même portée à une température au-dessus de 100 degrés, puisqu'elle était imprégnée de sel depuis longtemps; et néanmoins, les particules putréfiées qu'elle contenait n'ont pas été annihilées, puisqu'elles ont déterminé un véritable empoisonnement simulant le choléra.

Ainsi donc, c'est une erreur de croire que le filtre ou l'ébullition peut nous défendre contre les microbes ou les substances organiques.

Cette question de l'intoxication par les substances alimen-

mentaires a été soulevée au Congrès d'hygiène de Londres de 1891, et, naturellement, quelques-uns ont fait intervenir les microbes, quelques autres non.

"Voici d'abord l'opinion d'un microbien :

« M. Ballard (1) a eu plusieurs l'ois, par suite de sa situation dans le Local Government board, l'occasion d'étudier des empoisonnements à la suite d'ingestion d'aliments, empoisonnements qui, quelquefois, par suite du nombre des personnes atteintes, prenaient le caractère d'une petite épidémie. C'est ainsi qu'en France on peut rappeler l'épidémie de Lille, en 1 890, où soixantedix personnes furent atteintes, et trois succombèrent, à la suite de l'ingestion d'un hachis de veau et de jambon.

« Pendant longtemps, la cause de l'empoisonnement échappa complètement aux recherches entreprises, et ce n'est qu'à la suite des découvertes récentes sur les leucomaïnes et surtout sur les toxalbumines produites par les microorganismes, que l'on put établir une théorie acceptable de ces intoxications aux aspects si dissemblables non seulement dans les différentes épidémies, mais aussi suivant les individus qui ont absorbé la même nourriture incriminée. M. Ballard, après avoir passé en revue les diverses épidémies anglaises qu'il a observées récemment, conclut nettement à l'origine infectieuse de ces empoisonnements, contrairement à l'opinion encore soutenue jusqu'ici, parce que la période d'incubation semble manquer, et qu'elles ne paraissent pas être transmissibles d'un individu à un autre. Mais ses observations poursuivies avec attention, l'ont conduit à admettre l'incubation, et les expériences de Middlesbourg en 1888 font penser que la bactérie pathogène se transmettait alternativement par l'atmosphère et par la nourriture infectée.

« Dans les viandes infectieuses, capables de déterminer chez les consommateurs des symptômes qui, pour être variables dans leur intensité et leur évolution, n'en constituent pas moins un syndrome complet et caractéristique d'une maladie bien déterminée, on trouve deux agents morbigènes : un organisme

(1) Congi'ès inlernalional d'hygiène eL de démograpliie de Londres, 1S91 ^septième session).

LES alcaloïdes SONT LES COUPABLES.

microscopique vivant, un poison chimique organique d'une virulence plus ou moins grande.

« De ces deux facteurs, celui qui agit immédiatement pour faire naître les phénomènes morbides, c'est le poison chimique, qui est sans doute une base, et qui est le résultat des processus vitaux du microbe.

« Des bactéries différentes peuvent produire des poisons chimiques qui déterminent, chez l'homme ou les animaux, des phénomènes pathologiques si ressemblants entre eux qu'on ne saurait aujourd'hui les distinguer.

« Étant donnés la bactérie et un milieu favorable, la bactérie se développera, se multipliera et produira son poison chimique; mais si /a température du corps n'est pas favorable, le microbe ne se développera pas et on n'observera que Vinfluence de l agent chimique introduit dans l'organisme par la nourriture.

« La bactérie produit le poison chimique, et le poison chimique lui-même /3e««f cesser d'être actif, soit que le microbe soit tué par son propre poison, soit que ce deimier éprouve des altérations qui modifient sa virulence. On conçoit ainsi que le même produit alimentaire peut être toxique à un moment et cesser de Vêtre en-

« L'évolution des symptômes est essentiellement variable, et c'est même ces différences qui avaient conduit les auteurs à rejeter l'idée de la nature infectieuse de la maladie. Gomment admettre l'action d'un microorganisme qui agirait sur l'organisme immédiatement après son introduction? Or, si dans quelques cas on a pu observer un laps de temps suffisant pour expliquer l'évolution du microbe, dans d'autres cas l'apparition des symptômes a été presque foudroyante.

« Ces différences s'expliquent par le rôle des deux agents. Si la nourriture infectée ne renferme que des microbes et peu de poison soluble, il faudra un certain temps pour que l'organisme se multiplie dans l'individu empoisonné et sécrète ses produits toxiques, d'où une incubation d'une certaine durée. S'il existe,

(i) Il m'a paru que la seule critique à faire de ces hypothèses était de les souligner.

PiîTER. — Clin, médé ju. — 29

au contraire, une quantité suffisante du poison dans la nourriture au moment de l'ingestion, les symptômes apparaîtront immédiatement.

« Dans l'épidémie de Whilechiirch, les individus qui mangèrent les derniers de la viande de porc infectée furent plus rapidement et plus gravement affectés que ceux qui avaient ingéré cette viande avant eux. Cette difl'érence peut s'expliquer par le développement pris par le microbe dans la viande, et une production plus abondante du poison pendant cet intervalle.

« En ce qui concerne les espèces animales qui ont donné lieu à des empoisonnements, dans quinze cas observés on a noté : cochon, neuf fois; veau, une fois ; bœuf, une fois ; viande de boucherie (espèce non définie), deux fois, saumon; deux fois. Voici pourquoi le porc se présente si fréquemment dans les épidémies : il est à SUPPOSER que le mic7'oorganisme n'a pénétré dans la nourriture qu après la préparation culinaire. C'est presque toujours quand la viande n'est consommée que quelque temps après la cuisson que les accidents se produisent; enfin, les gélatines qui accompagnent les viandes froides paraissent être une des parties alimentaires les plus dangereuses ; on sait, du reste, que la gélatine constitue un excellent milieu de culture pour les microbes en général. La richesse en gélatine des produits de charcuterie et de la viande de veau expliquent alors la fréquence des cas observés avec cette alimentation.

« Si la. viande est cuite peu de temps après l'abatage et bien cuite, les microbes sont détruits et il est peu probable qu'ils aient déjà produit des poisons chimiques en quantité dangereuse. Mais il paraît, surtout d'après les observations citées, que l'Infection de la viande a dû se produire après la cuisson.

« Ce qu'il importe avant tout, c'est de veiller à la plus grande propreté dans tous les établissements où l'on prépare des aliments destinés à être consommés au bout d'un certain temps» Une charcuterie, un office devraient Être aseptiques (i); c'est peut-être beaucoup exiger (!), mais on peut au moins demander

(1) Voir, page suivante, Yhôpital antiseptique et aseptique.

LES MOLÉCULRS PUTRÉFIÉES SONT LES COUPABLES. /i5t

une propreté cxcess'wc, l'éloignement et la destruction de toutes les causes d'infection. »

Au contraire, RaphaOl Blanchard fait remarquer que « dans les intoxications alimentaires, les microorganismes et leurs produits ne doivent pas toujours être seuls mis en cause. La chair de certains animaux et surtout de quelques poissons est toxique par elle-môme ; mais ici il ne s'agit pas de ptomaïnes, de produits de décomposition; le poison est sécrété du vivant de l'organisme, ce sont des leucomaïnes d'origine physiologique qui saturent la chair du poisson et lui donnent ses propriétés toxiques. »

Cette assertion me semble la vraie.

J'arrive maintenant à r«air impur»! De même qu'on a dit qu'une eau était impure, parce qu'elle contenait des microbes, de même on a dit que c'était la présence de ces mêmes microbes, toujours incriminés, qui causait l'impureté de l'air.

M. Miquel a fait de longues et patientes recherches sur les organismes de l'air, poussé de ce côté par sa foi ardente dans les théories microbiennes. Il a analysé l'air du parc de Montsouris, l'air des salles les mieux aérées de l'Hôtel-Dieu, et enfin l'air du grand collecteur à la hauteur du boulevard Sébastopol.

C'est dans l'air de Montsouris qu'il a rencontré le moins de microbes ; mais, par contre , il en a trouvé le même nombre à l'Hôlel-Dieu et dans Tégout. Aussi en est-il arrivé à se poser èette question aussi étrange que bizarre : «Si l'air des salles de l'Hôtel-Dieu renferme autant de microbes, ceux-ci ne viennentils pas de l'extérieur? N'est-ce pas l'air du dehors qui pollue l'air des salles? Ces microbes ne sont-ils pas ceux de l'air extérieur introduit dans les salles par la ventilation? »

En réalité, si les microbes sont aussi nombreux dans l'air d'une salle d'hôpital que dans celui de l'égout collecteur, c'est qu'ils viennent des malades de l'hôpital comme ils viennent des matières putréfiées de l'égout — or, ici ils ne sont pas pour donner la fièvre typhoïde ou l'érysipèle à ces matières pourries.

L'idéal désiré serait, pour les microbiens, un hôpital sans microbes, car alors plus de germes et plus d'infection purulente ni d'érysipèle. Cet idéal serait réalisé si l'on voulait suivre les

conseils donnés par un médecin de Saint-Pétersbourg, le docteur Jaslreboir (1).

(1) Ikvue d'hygiène, 8 novembre 1884, p. 9b4. Voici ce document en entier; il montre à quelle absurdité peut entraîner la doctrine microbienne appliquée logiquement et à l'extrême,

n Le docteur JaslrebolT est un partisan convaincu des idées de Lister, et il a voulu on faire l'application sur une plus large échelle que l'inventeur. Lister se borne à agir sur le théâtre de l'opération, sur les chirurgiens et le patient, puis à envelopper la partie dans un pansement qui lui procure une atmosphère antiseptique (1). iM.Gastreboff va plus loia et veut étendre cette action à l'hôpital tout entier.

« Voici comment il propose d'installer ces établissements basés sur de nouveaux principes. Chaque section de l'hôpital est séparée de tout le reste, et devient un vase clos dont toutes les parois sont imperméables, dont les fenêtres ne s'ouvrent jamais (!) et sont hermétiquement closes (!!), dont les portes sont disposées comme celles des appareils Cabarié.

« L'air n'y pénètre qu'après avoir subi les préparations suivantes : il traverse d'abord un grand entonnoir dont l'orifice évasé est garni d'un filtre en ouate stérilisée, puis il passe par un appareil dans la première partie duquel il se débarrasse de son acide carbonique, tandis que, dans la seconde, il se charge de principes antiseptiques, d'ozone et de vapeur d'eau. Il çircule alors dans un tube qui plonge dans un cylindre rempli d'eau chaude et y acquiert le degré de température nécessaire, et c'est alors qu'il pénètre dans la salle des malades, filtré, déoarbonaté, rendu humide et aseptique, chauffé et ozonisé. Il y est appelé par une machine pneumatique placée à l'extérieur et qui aspire l'air vicié dont il vient prendre la place. Cette aération par appel est disposée de façon à ce que l'air se renouvelle en quatre minutes.

« Les salles de malades, les couloirs, les cabinets occupés par le personnel de santé, tout est aéré de la même manière. Il y a même des cabinets intermédiaires aux couloirs et aux salles, et dont l'atmosphère est soumise à une pression inférieure à la leur. L'air s'y engoufi're aussitôt qu'on ouvre une porte, de façon à empêcher toute communication d'un compartiment avec l'autre.

« Les chirurgiens, les infirmiers, les malades sont désinfectés avant île pénétrer dans l'hôpital. A cet effet, ils se déshabillent dans un premier cabinet, prennent, dans un second, un bain antiseptique, et se couvrent, dans le troisième, de vêtements purifiés. Le linge de corps est lavé dans un liquide désinfectant et conservé dans un air sec et aseptique.

« La cuisine est installée d'après le même système. L'air doit y être pur de tout miasme, et les aliments, aseptiquement préparés, sont portés dans les salles par des tuyaux qui le sont également.

« La pharmacie, les lieux d'aisances sont disposés en vertu des mêmes principes. »

Comme vous le voyez, la foi dans les microbes mène à une sorte de folie; la conception d'un semblable hôpital est tellement invraisemblable que j'ai tenu à ne pas vous faire grâce d'une ligne. Tout s'y pasSb en lavages et en soins antiseptiques. On dirait du Jules Verne, moins l'esprit.

(I) On aail quo Lisler a dû nbnndonncr son syslcmo; voir plusbaul, Icjon lxxxv, p. I2i

LES MOLÉCULES PUTRÉPIÉKS SONT LES COUPABLES. 'i^'-i

Ce ne sont point les microbes qui vicient l'air de nos salles d'hôpital, ce sont les particules émanées des malades euxmêmes : typhiques, érysipélateux, etc. Ce sont toujours les matières organiques qu'il faut invoquer pour expliquer l'impureté de l'air aussi bien que de l'eau.

Un jour, M. Pasteur, gravissant une colline en Suisse, se fil une légère écorchure ; dans la crainte du microbe , il lava de suite la plaie îi une source voisine; la guérison arriva comme elle survient toujours en pareil cas. — Ce fait fut communiqué au congrès de Genève ! M. Pasteur attribuait la guérison et l'absence de complications de sa petite plaie au lavage qu'il avait fait dans l'eau de source, exempte de tout microbe. J'ajoute volontiers que nette eau était pure parce qu'elle était exempte de toute souillure organique.

Comment maintenant doit-on comprendre la genèse du choléra? La mission française a démontré que le bacille- virgule n'existait pas dans les cas foudroyants; de plus, l'analyse de la source de la Rose, à Marseille, a fait voir que le bacillevirgule pouvait exister sans choléra. La question est donc tranchée et il faut chercher ailleurs la cause du développement du choléra , qui se produit à l'état endémique dans certaines contrées.

Il y a deux ordres de poisons (le mot « poison » étant pris ici dans son acception la plus large ) : ceux qui proviennent d'organismes végétaux en putréfaction , ceux qui résultent da la décomposition d'organismes animaux. Les premiers donnent naissance aux affections palustres, les seconds aux affections typhiques. Les poisons d'origine végétale déterminent des affections qui ne sont pas contagieuses et ne se propagent pas. On n'a jamais entendu dire qu'un individu atteint de maladie palustre ait transmis sa maladie à son voisin. Il en est tout autrement des maladies typhiques, engendrées par les poisons d'origine animale ; elles sont incontestablement contagieuses.

Gomme toute affection typhique , le choléra indien peut naître sur place , quand des conditions favorables se trouvent réunies. Transportons-nous un instant sur les bords â^ Gange

U4 ' LliS CHOLÉRIQUES*

et à la Mecque, ces deux foyers du choléra asiatique, et voyons comment cette redoutable maladie fait son apparition.

Sur les bords du Gange, une foule innombrable d'Indiens, les uns riches, les autres, et ce sont les plus nombreux, des plus misérables, mais tous animés du môme fanatisme religieux, sont campés sur les bords du fleuve sacré. Venus des pays les plus divers, soutenus dans leur long et pénible voyage par l'excitation religieuse, soumis à un jeûne rigoureux, ces malheureux deviennent ensuite les acteurs de fêtes qui rappellent les saturnales de l'ancienne Rome. Quelle réunion de causes dépressives : fanatisme religieux, voyages pénibles, mauvaise nourriture, débauches sans nombre, ajoutez-y l'action d'un soleil torride, tel que l'Européen ne peut sans péril se risquer dans ces climats !

Tous ces détails, je les emprunte, non pas aux pathologistes, mais aux récits des voyageurs qui racontent ce qu'ils ont observé sans souci d'apporter ou d'enlever un appui à une doctrine médicale quelconque; leur jugement n'en est que plus impartial.

Les fêtes terminées, toute cette multitude se remet en marche, regagnant les pays souvent fort lointains d'où elle est accourue, C'est alors, disent nos voyageurs, que l'on voit les caravanes semer sur leur passage des cadavres de cholériques qui pourrissent en plein air. Mais d'où est-il venu, ce choléra? Lorsque ces hordes sauvages se sont réunies, le choléra n'existait pas au milieu d'elles. Il est donc né spontanément dans l'organisme de ces malheureux, déprimés d'abord par des privations, puis par des excès, et vivant agglomérés dans un miUeu où les. règles les plus élémentaires de la propreté et de l'hygiène sont méconnues. — Tout cela ce n'est pas de la doctrine, c'est du boa sens; ou plutôt c'est la doctrine du bon sens.

Nous retrouvons à la Mecque les mêmes conditions de débilité et d'épuisement : voyage et jeûnes, puis festins pantagruéliques où tous se gorgent de victuailles ; les malheureux ne se nourrissant que des restes abandonnés par les riches et déjà altérés par la putréfaction. Ce sont ces derniers qui sont les premiers atteints; un grand nombre meurent sur place. Les

PÈLEHlNÂGliS liT CHOLÉRA. '|55

autres sèment sur leur passage le poison, qui germe ou non, suivant le degré de salubrité des localités qu'ils traversent.

Voici des détails officiels et sur Vencomùrement et sur la putréfaction. Il faudrait être aveugle pour ne pas y voir un rapport de causalité avec V épidémie [Hl o-?iiJ.oç) cholérique, la chaleur aidant.

« Dans l'Hedjaz, à l'occasion du pèlerinage de la Mecque, le chiffre des victimes du choléra a atteint ou dépassé dix mille.

« fj'aflluence des pèlerins a été aussi considérable que les années précédentes.

« Le grand shérif n'a pas paru à la Mecque , à l'Arafot ni à Minah. Son absence a produit le plus mauvais elfet. C'est la première fois que la peur empêche le chef de la religion de présider au pèlerinage.

« Les mesures d'hygiène ont beaucoup laissé à désirer; dans un grand bassin servant à alimenter d'eau les pèlerins, plus d'un millier d'individusy prenaient leur bain.

a Le nombre des moutons sacrifiés a atteint le chiffre de cent quatre-vingt mille têtes. Au troisième jour, àMouna,lapuTBÉ- FACïioN était considérable.

« A la descente de Mouna, les pèlerins tombaient par tas en plein désert, frappés de choléra foudroyant [i). »

(I) Communication du professeur Proust au Comité consultatif d'hygiône, 7 septembre 1891. — Le 10 septembre, le Standard annonce que uplus de onze mille cas de décès dus au choléra se sont produits cet été parmi les pèlerins de la Mecque ».

Le correspondant du journal le Temps confirme le fait par les détails suivants : (( Arabie, — On mande de Djeddah, le 24 août, que l'épidémie cholérique de cet été a été d'une virulence extraordinaire, surtout à la Mecque, où, pendant les premiers jours, le nombre des victimes a été absolument sans précédent. Les autorités estiment le total des décès dus au choléra scmZ pendant cette saison d'été îi onze mille et au-dessus. La maladie a pour le moment disparu presque complètement. »

Plus de onze mi/ie disparus! voilà qui diminue l'encombrement. De ces onze Baille, la plupart étaient les moins résistants. D'où la cessation pj'esçwe complète de l'épidémie.

Comme tous les cholériques ne sont pas morts, on peut évaluer îi une vingtaine de mille le nombre des cas de choléra qui se sont développés parmi ces cent mille fous qui vont à la Mecque, et qui, chaque année, nous menacent d'une nouvelle invasion d'épidémie cholérique.

Le tableau clinique d'une épidémie de dysenterie n'est pas sans analogie avec celui d'une épidémie cholérique. Que voit-on, en eflcl? D'abord une diarrhée dysentériforme qui n'est pas contagieuse, puis la dysenterie franche qui ne paraît pas l'être non plus, enfin la dysenterie épidémique el contagieuse. Elle n'est devenue contagieuse que parce qu'il y a eu un grand nombre d'individus frappés. Le poison contagieux est né de toutes pièces dans l'organisme, et sa diffusion a créé le foyer épidémique.

Il n'est pas douteux que, chaque année, il ne se produise spontanément , à Paris , des cas de choléra , qu'on pourrait appeler indien , chez des individus qui , se trouvant dans les mômes conditions que les Indiens du Gange, fabriquent le poison cholérigène et s'empoisonnent eux-mêmes.

Il n'y a pas en effet de différence symptomatique entre le choléra de l'Inde et le choléra dit nostras.

Si nous ne voyons pas surgir chez nous des épidémies de choléra, si ce mal n'est pas à l'état endémique dans noire pays, nous le devons à l'absence de ces conditions déplorables extrinsèques et intrinsèques au milieu desquelles vivent les populations sur les bords du Gange ou à la Mecque.

C'est la même raison qui fait que nous ne voyons pas , malgré la production de cas sporadiques , s'acclimater chez nous le typhus récurrent d'Irlande (1).

Aussi peut-on prévoir la disparition du choléra, le jour où l'on aura modifié, au point de vue de la salubrité, les lieux ou ce mal sévit à l'état endémique.

(1) Voir plus haut, le(;on xciv, pages 110, 142, loi et 151.

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